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Rétrofuturismes
Onze ans après son dernier passage en France, Kraftwerk était à Paris pour trois concerts dans le cadre du festival Villette Numérique. Tous complets, bien sûr. Des concerts dont la qualité musicale ne masquait pas l'évidence: le légendaire groupe allemand, aujourd'hui, n'a plus grand chose à dire.
Le rideau se lève sur quatre pupitres surmontés d'ordinateurs portables, derrière lesquels les musiciens vont opérer, avec une économie de geste qui a fait la réputation du groupe. Plus tard, quand on s'ennuiera et qu'on tentera de deviner ce que jouent les musiciens, on remarquera que chacun dispose d'une pédale lui permettant de déclencher des sons, des boucles, des effets ou d'en modifier le volume.
Le concert s'ouvre sur The Robots (on subodore que c'est ainsi depuis au moins dix ans). Les morceaux défilent dans l'ordre de l'album The Mix (1991), à quelques écarts près (Expo 2000, Tour de France, un morceau inédit dont l'introduction évoque celle d'Airwaves). Les orchestrations sont quasiment identiques à celles du disque. On a beau n'avoir jamais vu Kraftwerk sur scène, on est donc en terrain connu. C'est ici que le bât blesse une première fois, puisque au-delà de l'événement que constitue cette prestation, rien ne le distingue de l'idée qu'on s'en était fait. Au fil des morceaux s'installe le sentiment que pour ce groupe, un concert s'apparente avant tout à une expérience scientifique. Un acte dont chaque exécution doit être l'occasion de prouver son caractère reproductible. Le public, pas totalement au diapason, ne semble apprécier que modérément.
Pour accompagner sa musique, le groupe fait projeter derrière lui des films et des dessins générés par ordinateur. Bientôt, on s'aperçoit que ces images empruntent exclusivement à des archives des années 50 à 70 (Tour de France, The Model, Autobahn) ou reproduisent un graphisme rudimentaire renvoyant aux débuts de l'informatique (Man Machine, Numbers, Pocket Calculator). Cruelle découverte : le futur n'a plus la cote chez Kraftwerk. Alors que les Allemands avaient réussi, il y a 20-30 ans, à mettre en musique la vision optimiste de la technologie et du futur qui avait alors cours, le groupe est aujourd'hui sans imagination, sans audace, et semble tellement apeuré par le monde d'aujourd'hui qu'il préfère se réfugier dans le passé. Symptôme criant de cette évolution : les paroles de Radioactivity, totalement neutres à leur création, clairement anti-nucléaires aujourd'hui. Il nous aura fallu ce concert pour nous rendre à l'évidence : loin d'être un groupe visionnaire, Kraftwerk n'aura été, de tout temps, qu'un simple miroir de notre société, optimiste quand il fait beau, apeuré quand le temps se couvre. On ne sait pas encore, de la découverte de cette faillibilité ou de la déception qu'elle suscite, ce qui sera le plus dur à accepter.
Krafwerk en concert, le 25 septembre dernier à Paris, Cité de la Musique, 20h
Vincent LAUFER,
Publié le 2002-10-02
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : KRAFTWERK (groupe de musique), Vincent LAUFER (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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