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La France est grande, Jacques Toubon sera son prophète
La chronique de Tzotzil Trema
Notre agitateur clandestin croit savoir que Jacques Toubon sera le prochain directeur de l'Association française d'action artistique, en remplacement d'Olivier Poivre d'Arvor, lui-même nommé au festival d'Avignon. Revue de détail et revue de presse. Et en prime, les prix de la semaine.
C'est une information de première main (dussé-je vous surprendre, j'ai quelques amis au cabinet de Dominique de Villepin, qui m'ont par inadvertance mis au parfum) : je suis en mesure de vous livrer, en absolue exclusivité, le nom du prochain directeur de l'Association française d'action artistique, association-loi 1901 rattachée au ministère des Affaires étrangères qui œuvre à la diffusion de la culture française à l'étranger. Malgré une lecture assidue de Mouvement, je ne suis pas un familier du labyrinthe des institutions culturelles, et j'ignorais que la direction de cette Association française d'action artistique était à pourvoir. D'ailleurs, elle ne l'est pas encore, mais ça ne saurait tarder.
Je m'explique : le ministère de la Culture semble avoir annoncé cet été que Bernard Faivre d'Arcier ne serait pas reconduit à la direction du Festival d'Avignon. Il faut donc lui trouver un successeur ; mission délicate car le milieu culturel est par nature chatouilleux quand on touche à ses icônes ; tâche difficile car il faudra donner l'impression d'un peu d'audace sans effrayer Madame la Maire d'Avignon, Marie-Josée Roig, dont la gestion municipale tient plus de l'épicerie populiste que de l'exigence de qualité. Bref, ce dossier épineux tient sa solution. Jean-Jacques Aillagon devrait annoncer sous peu la nomination du futur directeur du festival d'Avignon : il s'agit d'Olivier Poivre d'Arvor, présentement directeur de l'Association française d'action artistique. Vous me suivez ?
Je ne connais pas personnellement Olivier Poivre d'Arvor, frère du présentateur de chez Bouygues. Je connaissais autrefois l'écrivain qu'il fut, avais remarqué une très belle préface qu'il donna à un ouvrage de Jean-Noël Pancrazi sur le Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durrell, mais j'ignorais que l'écrivain était devenu diplomate, qu'il fut directeur des Instituts culturels français de Prague puis de Londres. D'après les renseignements que j'ai pu glaner auprès d'amis mieux introduits que moi dans les milieux culturels, Olivier Poivre d'Arvor n'est pas un mauvais bougre, et certains saluent même très honorablement son action à la tête de l'Association française d'action artistique. Il semble donc, aux dire de ces amis, tout à fait apte à présider aux destinées du Festival d'Avignon. Mais l'essentiel n'est pas dans sa compétence.
Car si Olivier Poivre d'Arvor est déjà virtuellement directeur du festival d'Avignon, il le doit... à l'insistance de Jacques Chirac ! Le président de la République s'intéresserait-il à ce point à l'art du théâtre et au plus fameux de ses festivals ? Vous n'y êtes pas du tout. La seule chose qui préoccupe Jacques Chirac est de récupérer la direction de l'Association française d'action artistique, dont l'orientation a pris, ces dernières années, un tour beaucoup trop « gauchiste » à ses yeux et à ceux de nombreux ambassadeurs de la France à l'étranger, privilégiant la création contemporaine au détriment de la francophonie, et rechignant trop à accompagner d'opérations prestigieuses (genre Comédie-Française ou Ballet de l'Opéra de Paris) les actions de conquête de nouveaux marchés commerciaux à l'international. L'information n'est pas nouvelle : elle figurait en toutes lettres dans le programme du candidat Chirac à l'élection présidentielle, ainsi que le rapportait Le Monde du 26 avril dernier : «Dernier aspect de la redéfinition du rôle de l'Etat, la présence culturelle de la France à l'étranger, critiquée récemment par de nombreux rapports et études. Jacques Chirac souhaite que l'Hexagone redevienne « un espace de formation » par le biais de bourses et de visas d'étude accordés à des étudiants étrangers. Il envisage également la création d'une agence culturelle, sur le mode du Goethe Institut ou du British Council, qui se substituerait aux administrations et aux associations existantes».
Il importe donc, pour liquider l'Association française d'action artistique et la remplacer par une nouvelle « agence culturelle », de mettre à sa tête un spécialiste de l'avalage de couleuvres (ce que ne semble pas être Olivier Poivre d'Arvor) qui procèdera à son enterrement. Oui mais qui ? L'homme de la situation est trouvé : haut responsable politique, mais sèchement recalé aux derniers examens électoraux, actuellement donc quasiment sans emploi, prêt à presque tout accepter pour ne pas finir à la rue, vous aurez reconnu sans peine le dévoué Jacques Toubon, vaillant soldat de la Chiraquie et de la Francophonie réunies. Poivre d'Arvor au Festival d'Avignon, Toubon à l'Association française d'action artistique, et moi qui attends toujours un poste de vacataire dans l'Education nationale ! Vraiment, le monde est mal fichu...
Comme je dois, par les temps qui courent, avec un découvert bancaire qui n'a pourtant rien à voir avec la chute des Bourses, auquel s'ajoute une panne inopinée de ma machine à laver qui m'oblige à de fastidieux séjours en lavomatique (car je tiens, dans l'épreuve, à garder des chaussettes propres), mon cousin qui débarque chez moi et que je dois héberger une semaine, et mes ennuis de santé liés à une absorption inconsidérée de café dont l'aspect coup-faim dissimule de terribles effets tardifs sur l'immunité nerveuse, je suis incapable cette semaine de continuer à plaindre l'impuissance de Nicolas Sarkozy qu'il tente de maquiller sous un délire sécuritaire et liberticide, et la tristesse bonhomme de Jean-Pierre Raffarin, égal à lui-même, c'est-à-dire définitivement terne ; n'ai pas le temps de me réjouir du vote du Congrès américain, qui a heureusement adopté une résolution empêchant la Banque Mondiale et le FMI d'imposer le paiement de droits aux usagers des services publics de santé ou d'éducation primaire (ouf !), ou encore du « désamour » dans lequel sombre peu à peu Silvio Berlusconi (2) en Italie, sévèrement jugé par 69% des Italiens (Libération, 30 septembre 2002) ; à peine le temps de vous signaler que la ville de Marseille va enfin se doter de caméras de surveillance pour épier son centre-ville, qu'un agriculteur du Gard organisateur d'une rave-party sans autorisation préalable en Ardèche a été condamné à un mois de prison avec sursis ; ni d'ironiser sur les noms de baptême que se choisissent certaines formations politiques (La Maison Bleue, pour les copains de Juppé, un nom de bordel ; Nouveau Monde, pour les pseudo-gauchistes du PS, une marque déposée par une maison de retraite !) ; ni d'épiloguer sur le partage du gâteau pétrolier qu'opèrent en ce moments Etats-Unis et Russie sur fond de bruit de guerre en Irak et en Tchétchénie, et au grand dam du reste de la planète.
N'ayant guère le temps d'être au four et au moulin, donc, je me contenterai ici d'une brève revue de presse.
Quoique ! Mon humilité proverbiale m'amène à faire chapeau bas devant les textes hebdomadaires, dans Charlie-Hebdo, de Philippe Val, de loin le meilleur éditorialiste actuel de la presse française. Le dernier en date, « Sarkozy remplace la peine de mort par l'interdiction de vivre », est une perle. Bien que plus rugueuses, les perles également hebdomadaires de Denis Robert dans Politis sont également fort recommandables, sous l'intitulé « Chroniques irrégulières ».
Nettement plus « people », je salue bien bas l'inénarrable Christine Angot qui a réussi, pour Paris-Match, à coucher les « confidences intimes » d'Alain Delon. L'intimité d'Alain Delon ne m'intéresse guère, je n'ai pas sacrifié à l'achat de Paris-Match. J'espère que c'est intéressant et que dame Angot n'a pas hésité à questionner le Delon sur l'affaire Marcovic, où peut-être que c'est trop intime ?
Enfin, à tout seigneur tout honneur, le grand Philippe Soleil Sollers cite dans Le Journal du Dimanche (29 septembre 2002) quelques lignes du dernier ouvrage de Raoul Vaneighem (3) : «Dans un monde qui se détruit, la création est la seule façon de ne pas se détruire avec lui. Seule la puissance imaginative, privilégiée par un absolu parti pris de la vie, réussira à proscrire à jamais le parti de la mort, dont l'arrogance fascine les résignés».
«Si je ne parle pas du dernier livre de Raooul Vaneighem, qui le fera ?», forfante Sollers. Eh bien voilà, moi aussi, j'en parle.
Et, pour finir tout à fait : les prix de la semaine. Je ne parle pas du prix de la cigarette, qui ne va pas tarder à augmenter. Non, je parle du prix Sakharov pour la liberté d'expression, qui sera décerné en décembre par le Parlement européen. Les candidatures retenues sont celles du dissident cubain Oswaldo Paya, de la Tunisienne Sihem Ben Sedrine, porte-parole du comité national pour les libertés en Tunisie, de l'Egyptien Saad Eddin Ibrahim, militant des droits de l'homme condamné à sept ans de prison par la justice égyptienne, et de Morgan Tsvangirai, l'ancien candidat à la présidentielle au Zimbabwe. Je parle du prix Kadhafi pour les droits de l'Homme, réparti entre 13 candidats, parmi lesquels l'écrivain désormais négationniste Roger Garaudy, le député suisse Jean Ziegler (habitué des pages du Monde Diplomatique), l'écrivain libanais Nadim Bitar ou encore le poète libyo-soudanais Mohammad al-Faytouri : cherchez l'erreur ! Je parle enfin du prix Tzotzil Trema, décerné à l'unanimité du jury (moi tout seul) au cinéaste finlandais Aki Kaurismaeki qui, par solidarité avec l'iranien Abbas Kiarostami dont le visa a été refusé par les autorités américaines, a décidé de ne pas se rendre au festival du cinéma de New York. «Si l'actuel gouvernement américain ne veut pas d'un Iranien, il n'a pas non plus l'utilité d'un Finlandais. On n'a même pas de pétrole», a déclaré Kaurismaeki. Et toc ! Au fait, qu'en pense Jacques Toubon ?
Publié le 2002-10-02
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : politique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Tzotzil TREMA (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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