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le chant des gestes indomptés

«Dispositifs 3.1»

Chapeau : Dans «Dispositifs 3.1» d'Alain Buffard trois générations de femmes et un homme sont réunis dans la figure de Little girl, allégorie du dressage et de ses aléas; expérience subversive d'un érotisme non disciplinaire.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 31
Rubrique : 12

Alain BUFFARD chorégraphe
Sabine Prokhoris rédacteur
Laurence Louppe danseur
Claudia TRIOZZI danseur
Anne LAURENT danseur

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Texte : Un plateau. Répartie de part et d'autre de ce plateau, la masse du public, qui borde ainsi l'espace de ce qui va avoir lieu. De ce qui va avoir lieu non pas devant ce public, mais à côté de lui, et en somme entre lui. Et d'emblée nous voici - nous, c'est-à-dire vous, moi, n'importe quel pôle de ce «nous» - disposés comme l'une des strates du dispositif scénique imaginé par Alain Buffard et ses interprètes. Une strate en effet, car c'est bien de strates, et d'interstices entre elles, où bat et palpite quelque chose d'oublié, qui tient, et tout à la fois menace, l'ordre que dessine leur tracé, qu'il est question dans cette pièce: les strates dont sont faits nos gestes apparemment les plus simples, les plus élémentaires, les moins troublés. Les couches, lissées, d'apprentissages saturés d'histoires pleines de bruit et de fureur qui nous font advenir comme un corps. Le corps, celui qu'on connaît et reconnaît sans vaciller, avec une tête, un tronc, deux bras, deux jambes, correctement identifié comme corps d'homme ou de femme, ni trop vieux, ni trop jeune, tout cela bien en place et convenablement agencé. C'est en somme la dramaturgie oubliée de ce devenir-corps à partir d'une chair offerte à toutes les emprises, et pourtant imprévisiblement rétive, tant cette surface de circulation d'intensités sensorielles et de liens mutuels est apte à frémir et à s'élancer dans une infinité de directions, que déploient Dispositifs 3.1. Une dramaturgie qui rend visible le jeu des dispositifs qui nous dressent et qui nous disciplinent. Jeu ambigu, car le système de contraintes réglées - en quoi consiste un dispositif - vise non pas tant à ranger chaque chose à sa place qu'à produire - et à maîtriser - certains effets, c'est-à-dire certains événements. Dès lors, naissent des situations, se profilent des accidents, interviennent des incidents, au sein d'un univers composé d'actions et de mouvements. Si rigidement agencées en soient les figures, si étroitement surveillées, elles n'en sont pas moins susceptibles d'échapper, par quelque biais d'altération, au scénario que prétend ordonner le dispositif; l'altération maximale surgissant de l'usure du dispositif lorsque celui-ci, poussé à son paroxysme par l'insistance d'une répétition qui est au principe de son fonctionnement, révèlera, en implosant, le jeu de forces indompté qui l'a organisé. Little girl: c'est la figure, démultipliée en quatre présences - Alain Buffard, Anne Laurent, Laurence Louppe, Claudia Triozzi -, longs cheveux en guise de visages, de cette fiction du dressage et de ses aléas. Little girl: quatre femmes dont un homme, trois générations de femmes et un homme. Une même histoire, dépliée en parcours parallèles, décalés, voués à s'intertraduire, à s'altérer, dans un voisinage qui, loin de réduire la puissante étrangeté de chacune des présences singulières qui font être little girl, l'exacerbent au contraire. Et chacun de ces quatre corps, de ces corps si visiblement modelés en little girl, mais pourtant reconduits, à travers les liens entrelacés qui auront fabriqué little girl, vers la chair commune à tous, puisque pareillement exposée, est intensément émouvant et vivant. Chacun à sa façon, imprévisible, imaginatif, insiste, insiste encore, dans son effort pour exister avec et contre ce qui veut le contraindre. Et la danse qui se tisse et se détisse sur le plateau, à quiconque assiste à ses mouvements, à tout témoin de cette aventure commune, rend accès à cet arc, fragile, puissant, frémissant, qui se tend dans toute histoire entre chair et corps, entre chair et mouvement, entre chair et mots. Comment cela a-t-il pu arriver, à quel prix, de désirer marcher ? Et parler ? Entendre, qu'est-ce que cela ? Absorber, digérer, prendre en soi, mais aussi refuser, transformer, détourner, des mots, des gestes, des aliments, comment est-ce advenu ? Histoire de l'incorporation, en somme.

Date de publication : 01/04/2001


Mots-clés : dispositif, apprentissage, identité, geste, performance
Inséré le : 21/03/2001 00:00
Thèmes : danse,