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Le cinéma au regard de la banlieue
La banlieue fait irruption dans le cinéma
Chapeau : Les «films de banlieue» qui ont suivi «La Haine» dans les années quatre-vingt-dix, ont imprimé la marque d'une génération. Une histoire urbaine, économique et sociale: en fait-elle la trame d'un cinéma d'auteur réaliste?
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 12
Naly GERARD rédacteur
Texte : «Le banlieue-film existe t-il ?» s'interrogeait une fameuse revue de cinéma voici quelques années. Difficile de réduire à un genre le cinéma qui s'empare de l'univers banlieusard. Des interrogations de Godard à l'intransigeant État des Lieux, en passant par la chronique nostalgique de Dominique Cabrera, l'ambition idéologique et esthétique des films varie. Ils se caractérisent cependant par l'emprise du cadre de vie des personnages ou des sujets sur le récit. Le rendu d'une image réaliste et l'expression du point de vue de l'auteur en sont quelques-uns des enjeux essentiels.
Le cinéma des origines, occupé davantage à distraire qu'à développer une thèse sociale, fait de la banlieue le cadre pittoresque des mélodrames, des films «noirs» et de la marginalité. C'est plus tard qu'apparaît sur les écrans une banlieue à part entière, principalement parisienne. Au fil des époques, on retrouve ses différentes facettes, comme autant d'identités d'un paysage urbain mémorisées par le cinéma. Dans les années quarante la banlieue est un enjeu religieux et politique que reflète le film Notre-Dame-de-la-Mouise, «mélodrame saint-sulpicien» qui relate la conversion d'un jeune zonard militant communiste à la prêtrise. Le contexte est celui d'une concurrence entre l'Église et le Parti communiste pour la conquête d'un territoire, vu comme un univers de misère et de perdition. Quinze ans plus tard, les pavillons modernes font irruption, épinglés par Tati dans Mon Oncle, qui oppose la banlieue conviviale du vieux Saint-Maur à une modernité mécanique et froide. Les maisonnettes individuelles incarnent vite une vie étriquée et égoïste, à laquelle tente d'échapper par le crime l'anti-héros de Série Noire. Les premiers grands ensembles condamnent des quartiers pavillonnaires à la disparition que filme Pierre Granier-Defferre dans Le Chat: la mort du couple Signoret-Gabin, sur fond des travaux du quartier de La Défense s'accompagne du bruit constant des marteaux piqueurs, chant funèbre d'un ancien monde. Alors les bidonvilles hantent la banlieue, comme en témoigne Vivre au Paradis: une grande vague d'immigration algérienne souffre à Nanterre dans une indifférence généralisée et une incroyable euphorie économique (entre 1960 et 1972). À partir de cette mutation urbaine, Godard réalise Deux ou trois choses que je sais d'elle. «Elle» désignant tout autant la Cité des 4000 à la Courneuve, que la jeune mère qui se prostitue. Le grand ensemble moderne est devenu vingt ans plus tard, avec le film de Jean-Patrick Lebel, une ruine que l'on va écrouler, victime de dégradation, dans Notes pour Debussy. Enfin, l'architecture de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise rythme le récit rohmerien de L'Ami de mon amie, illustrant l'ambition affichée de ces communes artificielles: renouer avec un âge d'or villageois.
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : banlieue, société, urbanisme, réel, architecture, télévision
Inséré le : 21/03/2001 00:00
Thèmes : cinéma,