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Un territoire sans lieu
La banlieue fait irruption dans le cinéma
Chapeau : La banlieue, territoire «mineur» en quête d'un «cinéma mineur» ? Pour déjouer les attentes du genre, encore faut-il trouver la syntaxe d'un cinéma «périphérique» où pourrait circuler un sens qui échapperait aux représentations dominantes. . .
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 12
Sébastien Juy rédacteur
Texte : La polémique déclenchée par l'entrée en vigueur des cartes d'abonnement UGC-MK2, donne à chacun l'occasion de peindre à nouveau l'apocalypse du cinématographe. La cinéphilie se verrait dépossédée de son territoire par l'irruption en masse d'un nouveau spectateur, le jeune-de-banlieue-zappant-de-salle-en-salle, gardant la salle de projection comme il garde les murs de la cité. Au même moment se multiplient sur les écrans les films témoignant de l'univers de la banlieue (La Squale, Samia, Comme un aimant. . .). La chose n'est pas nouvelle si l'on songe que le geste inaugural du cinéma fut la projection de la sortie des ouvriers de l'usine Lumière à un public dont l'origine sociale et l'«indiscipline» devaient, à bien des égards, ressembler à ce «nouveau public». La banlieue, la fiction d'ouvriers jouant réellement des ouvriers, l'effet réel d'un plan-séquence, les premiers gestes du cinématographe trouvent une étrange résonance au travers de ce qui semble devenir un véritable genre, le film de et sur la banlieue. Des images nettes, pour paraphraser Godard, dont il convient aujourd'hui d'interroger le flou des intentions.
La rencontre n'est pas neutre, a fortiori s'il s'agit de la rencontre des marges. D'un côté, chacun s'accorde à voir dans la banlieue et ses corollaires convenus (violence, cités, racismes. . .) le lieu d'interpellation de la modernité politique, en ce sens le film de et sur la banlieue crée une angoisse liée au fantasme du passage à l'acte. De l'autre, le cinéma fort de sa position périphérique dans l'histoire de l'art, serait si l'on suit Rancière, à l'avant-garde d'une redéfinition contemporaine de l'art et de la politique de son spectateur.
Reste encore à s'accorder sur les termes du débat. Le «périphérique» est, pour tout automobiliste déprimé à l'idée de croiser dans la capitale, cette marge à partir de laquelle la circulation s'accélère.
Le «sauvageon» quant à lui, est pour les botanistes, une espèce d'arbre non greffée, et pour les plus raffinés d'entre eux, un sujet destiné à être greffé. . .
Au commencement était le ban. Véritable armée de réserve avant l'heure, le ban constitue la zone d'extension (à une lieue) de la puissance seigneuriale dans laquelle il convient en cas de besoin de puiser la partie la plus valide de la population. Le lien avec le centre est mû par le rapport de dépendance et de soumission mais aussi, d'une certaine façon, de nécessité réciproque. Puis peu à peu, avec l'ère industrielle, la banlieue devient le lieu d'exclusion mis à l'amende (le ban), et mis à distance par la ville hausmanienne qui en fait le réceptacle de toutes ses évictions (la classes ouvrière) et de ses déjections (le monde de l'usine). Symboliquement entre les deux, s'érige la «zone», un espace de non-droit dans lequel G.Lacombe filme en 1929 les chiffonniers des Puces (La zone). Avec la désindustrialisation, ce continent désarrimé confine à l'indistinct. Le banal, en somme, en quête d'une quelconque identité, la plus reconnaissable et la plus manifeste aux yeux du centre, donc la plus violente et la plus traçante à l'image.
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : banlieue, social, urbanisme
Inséré le : 21/03/2001 00:00
Thèmes : cinéma,