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Beaux-Arts de Nîmes : l'impasse ?
Chapeau : A quelques jours de la rentrée des étudiants (15 octobre), le Maire de Nîmes ne revient pas sur la nouvelle orientation donnée à l'Ecole des Beaux-Arts, malgré une protestation du Réseau des écoles d'arts du sud, mais avec l'apparente bénédiction du ministère de la Culture.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Texte : Dans un courrier en date du 9 septembre à Jean-Marc Ferrari, président de l'Age d'Or, Réseau des écoles d'art du sud, René Denizot, le directeur « remercié » en plein été (en même temps que plusieurs enseignants) de l'Ecole des Beaux-Arts de Nîmes, me mâchait pas ses mots : «
Les écoles des Beaux arts sont des produits jetables, si l'on en juge par la trivialité avec laquelle la ville de Nîmes, en la personne de son Maire Jean-Paul Fournier et de son adjoint à la culture Jean-Daniel Valade, a décidé péremptoirement, entre fin juillet et début août, du sort de son école. À la rentrée prochaine, le 18 octobre, quelque 140 élèves, un effectif prévu en augmentation de 40 %, vont découvrir qu'à leur insu l'école à laquelle ils ont concouru n'existe plus, à moins qu'on leur fasse croire le contraire. La mise à mort est dans les moeurs d'une mairie qui associe "culture et tauromachie", une manière exclusive et radicale de traiter les affaires publiques et de couper court à l'intérêt général. Sous couvert de tradition et d'identité nîmoise, le leurre, la feinte, la dérision politique sont sans doute la façon qu'ont les élus de prétendre à un art qui leur ressemble et le seul moyen d'imposer une école à leur image. Le recours à un alibi administratif ne peut cacher la mascarade politique et l'imposture culturelle».(...)
«
Dès le 28 août 2002», ajoute René Denizot, «
paraissait dans Télérama
, un avis de recrutement de la ville pour son école de Beaux-Arts, par voie statutaire ou contractuelle, de deux postes à plein temps, en peinture et en photographie, et de six postes à mi-temps en technique de la peinture, en histoire de l'art jusqu'au XIXe siècle, en culture générale, en anglais, en dessin (cours du soir) et un plasticien polyvalent. Administrativement les apparences sont sauves ! Dominique Gutherz, peintre figuratif nîmois, professeur de dessin aux cours du soir et en 1ère-2ème année, est chargé par détachement d'assurer la direction, avec mission de substituer à l'ouverture contemporaine de l'école un retour académique à la peinture et, à la pédagogie collégiale et productive, un retour anachronique et scolastique à la tradition. Le bon ordre est assuré par la nomination d'un directeur administratif, Laurent Maffre, issu du service des sports. À l'école des Beaux Arts de Nîmes, le diktat régit désormais l'enseignement. Il affirme le mépris des élèves, des professeurs et des artistes. Il nie les valeurs mêmes de l'enseignement. Il tourne en dérision la culture et son ministère. Il discrédite l'art en France et anéantit l'effort considérable de la formation dont les écoles relèvent l'exigence et assument la mission».
Par la voix de son président, le Réseau des Ecoles d'Art du Sud a adressé le 24 septembre dernier une « lettre ouverte » au Maire de Nîmes : «
René Denizot nous a fait part de la décision quelque peu abrupte que vous avez prise à son égard ainsi qu'à l'égard de quatre enseignants contractuels. Cette décision de non-renouvellement de contrat, transmise par courrier pendant les vacances scolaires, nous apparaît comme une complète dénégation du travail constructif entrepris depuis la reprise des activités de l'école par Nadine Descendre.
En effet, au-delà du problème humain posé par cette situation, il nous paraît grave que vous mettiez fin, d'une manière unilatérale à une programmation pédagogique sur laquelle se sont engagés des étudiants sans qu'aucun dialogue n'ait été mis en place. Ni avec les responsables de la pédagogie de l'école, ni avec l'Inspection Générale des Enseignements Artistiques du ministère de la Culture qui assure la tutelle pédagogique sur les écoles d'art en France.
Nous tenons par cette lettre à affirmer publiquement notre désapprobation face à cette situation. En solidarité en premier lieu avec des personnes qui n'ont pas démérité de leur engagement et qui se trouvent aujourd'hui remerciées sans avoir été prévenues suffisamment à l'avance. En second lieu pour l'École d'art et ses étudiants qui commencent une année scolaire par une rupture de contrat moral avec la programmation promise.
Nous tenions, Monsieur le Maire, à vous faire part de notre inquiétude face à cette pratique d'un autre âge en totale rupture avec les méthodes démocratiques qui, nous l'espérons, sont celles qui nous gouvernent. »
Ce courrier du Réseau des écoles d'art du Sud a été simultanément adressé au ministère de la Culture, où il restait, ce mercredi 9 octobre, sans réponse. Jean-Jacques Aillagon craindrait-il de désavouer le maire UMP de Nîmes, un proche de Jacques Chirac. Ou bien anticipe-t-il sur cette « recommandation » qui figurait dans le projet culturel du RPR (Forum du RPR : La culture à la croisée des chemins ; pour un vrai partage des responsabilités, 6 novembre 2001) : «
Les communes doivent désormais pouvoir exercer leurs compétences en matière d'écoles de musique et d'art, de bibliothèques et de musées, et gérer leurs établissements culturels de toute nature, en échappant à la tutelle de l'Etat, qui "monnaye" actuellement son aide financière (...) et un label "national", en leur imposant des programmes, des contrôles de qualité à la fois tatillons et d'une efficacité illusoire, et jusqu'au mode de recrutement des personnalités de ces services. Il serait plus efficace de procéder à un partage clair de compétences qui laisserait aux collectivités la pleine responsabilité de leurs services publics culturels». Où l'on voit que les Beaux-Arts de Nîmes fournissent un intéressant « cas d'école » et que le maire de Nîmes n'est finalement qu'un vaillant pionnier de la « décentralisation culturelle » que Jean-Jacques Aillagon ne devrait pas tarder à mettre en œuvre.
Dernière minuteLes enseignants toujours en poste à l'Ecole des Beaux-Arts de Nîmes viennent d'apprendre, ce mardi 8 octobre, qu'une inspection de la Délégation des Arts Plastiques du ministère de la Culture, a été reportée sine die. Le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, semble avoir personnellement refusé la tenue de cette inspection et aurait directement pris rendez-vous avec Jean-Jacques Aillagon, pour le 22 octobre. Cette information confirme le caractère éminemment politique de ce qui se joue à Nîmes : en rejetant l'inspection de la Délégation des Arts Plastiques, le maire de Nîmes entend bien affranchir l'Ecole des Beaux Arts de la tutelle pédagogique de l'Etat.
Date de publication : 09/10/2002
Mots-clés : enseignement
Inséré le : 08/10/2002 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,