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quelles «violences urbaines» ?
«Mépris»
Chapeau : Dans un petit ouvrage pertinent, parce que mal pensant, Emmanuel Renault interroge les fondements de la pensée dominante qui tendent à rendre aujourd'hui impossible une réelle opposition politique à la «banalisation de l'injustice sociale» des violences urbaines.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 12
Jean-Marc LACHAUD rédacteur
Emmanuel Renault auteur
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Texte : Au sein du nouvel ordre qui se dessine en ce début de troisième millénaire, les marges périphériques sont examinées (et contrôlées) du point de vue du centre (et donc des dominants qui le dirigent). Il est ainsi de bon ton de gloser (et de mettre en exergue) les violences urbaines qui, si elles ne rythment pas tous les instants de la vie quotidienne des banlieues, sont une réalité aujourd'hui incontournable. Face à ce phénomène, qui est évidemment, et notamment par les plus pauvres, mal vécu, diverses approches sont repérables. Les uns, réveillant le spectre des classes dangereuses, rêvent d'une politique sécuritaire, capable de réprimer et de tenir à l'écart ces barbares des temps nouveaux (parfois, faisant appel au sentiment de peur vis à vis de l'Autre, cette attitude recourt sans états d'âme à la stratégie du bouc-émissaire, à savoir l'Étranger). Les autres, déployant une affectation moralisante et culpabilisatrice, dissertent sur la disparition de toute responsabilité individuelle, cause fondamentale des exactions observées au coeur de ces no man's land dépourvus de valeur(s). D'autres encore n'hésitent pas à esthétiser cette violence rampante, idéologiquement (en en appelant, au nom du vertige postmoderne, au surgissement d'un primitivisme néo-tribal inéluctablement brutal ou à l'expression d'une différenciation absolue), ou artistiquement (en mettant en scène maints clichés aussi exotiques que. . . rentables). Rares sont ceux qui posent un regard politique sur cette réalité, aussi vraie que tragique (en rappelant, par exemple, le rôle joué par la soumission de l'être humain à une marchandisation globalisée outrancière, par la démission de l'État face aux injonctions des décideurs financiers, par l'affaiblissement des instances républicaines qui valorise les tenants du laisser faire. . .).
Dans un petit ouvrage pertinent, parce que mal pensant, Emmanuel Renault interroge les fondements de la pensée dominante qui, à l'aide d'expertises manipulatrices et de discours-postures moralement corrects, tendent à rendre aujourd'hui impossible une réelle opposition politique à la «banalisation de l'injustice sociale». En formulant les bases d'une «éthique» et d'une «politique de la reconnaissance», ce jeune philosophe, enseignant à l'École Normale Supérieure de Lyon, décrit au contraire un processus pouvant nous mener à refuser la «dépolitisation morale de la politique» et à nous engager au sein d'un processus de «politisation des exigences morales». Encore faut-il accepter de se situer du côté des «vaincus» (selon l'expression de Walter Benjamin) et de traiter politiquement la question du «mépris social» dont ils sont les victimes. S'attachant alors à interpeller le phénomène de la fragilisation accélérée des identités (personnelle, professionnelle et culturelle), liée au triomphe du néolibéralisme, il analyse les conséquences, à plusieurs niveaux, de cette perte de repères et des replis (communautaires. . .) qui en sont les conséquences.
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : banlieue, violence, essai, social, urbanisme
Inséré le : 21/03/2001 00:00
Thèmes : philosophie, écrits,