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Virtuellement organique

Myriam Gourfink rallie l'informatique à sa recherche chorégraphique

Chapeau : À la recherche d'une plasticité mouvante du corps comme «dispositif d'expérience», la chorégraphe Myriam Gourfink approfondit sa recherche en mettant au point un logiciel de composition chorégraphique.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 12

Alexandra BAUDELOT rédacteur
Myriam Gourfink chorégraphe
Kasper Toeplitz musicien
Frédéric Voisin ingénieur

Texte : Entrer dans un silence. En faire l'expérience à travers la lenteur des mouvements, le vide de l'espace, la densité d'un son tendu jusqu'à l'extrême. Porter une concentration maximale à l'intérieur du corps. Partir de l'espace du vide pour faire une recherche sur l'essence des limites de la perception, sur l'évacuation du visible. Et surprendre la tension physique et émotionnelle qui résulte de ce peu, de ce rien apparent.
Myriam Gourfink construit ses pièces en évidant l'espace de sa charge théâtrale et en confrontant son expérience intime du mouvement à celle du spectateur. Langage organique épuré de narration et d'appel symbolique, ses chorégraphies tissent une forme induite par la dramaturgie des corps. En se concentrant sur certaines parties du corps et sur leur détermination spatiale et temporelle, elle invente d'autres manières de penser l'organisation interne et externe du mouvement, opère une déconstruction de la symbolique du corps habituellement travaillée dans la danse, et une «dé-théâtralisation» radicale de sa représentation. À l'image des corps évoluant dans l'espace urbain, elle explore leur présence à travers le flux d'informations en circulation constante: des corps intermédiaires inscrits dans l'imaginaire des villes, perfusés par une technologie qui s'instaure dans l'espace vital. Un travail qui s'inscrit dans les plis de l'espace moderne, y puisant cet équilibre organique instable, presque dangereux: le corps glisse, s'effondre, s'arrête dans une suspension pour y puiser une nouvelle énergie, tissant les passages qui ouvre le sens vers l'extérieur. Une circulation de gestes suspendus dans le temps et l'espace, liés par le regard, impulsés par la respiration, à l'écoute du poids, des tensions, des appuis. Un état de sollicitation permanent, une architecture de l'urgence, sans délai de construction, qui n'élabore plus de distinction entre la conception et la réalisation. Avec Myriam Gourfink, le corps est un passeur qui absorbe ces courants surchargés de vie pour les transmettre sous une forme modifiée, épurée à l'extrême. Il s'engage dans l'élaboration d'un langage où les signifiants sont de plus en plus complexes, et dans l'instauration d'un échange sensoriel entre l'espace social et l'espace intime. Loin d'une démonstration chorégraphique, le corps du danseur explore ce qu'il advient du mouvement lorsqu'on lui a ôté sa dimension théâtrale et spectaculaire, tel qu'en témoigne Laurence Marthouret 1: «Millimètre par millimètre, le corps se pose au sol, tel un sablier, le poids se déverse et vous amène ailleurs et tout d'un coup tout s'allège, de l'intérieur un seul muscle travaille et tout le reste peut flotter et se déposer plus loin, toujours plus loin. On n'y croit pas, on a gagné un millimètre et le regard se pose, une fissure dans le mur et l'attraction commence, le spectacle est alors dehors, dans cet espace qui devient partenaire qui vous englobe, tourne, vrille avec vous. Les limites deviennent des appuis, le regard intérieur intègre l'extérieur, tout est un tout. Quand le corps s'arrête, le souffle est là, encore plus puissant, tout se dépose et se mélange et cela dure deux heures et X minutes. . .»

Date de publication : 01/04/2001


Mots-clés : corps, perception, composition, silence
Inséré le : 22/03/2001 00:00
Thèmes : danse,