Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Dix questions sur l'art corporel et l'art sociologique
Journiac, Pane, Thénot et Fisher confrontent leurs pratiques
Chapeau : Lors d'un débat organisé par la revue artitudes le 18 novembre 1973 à Paris, H. Fischer, M. Journiac, G. Pane et J. -P. Thenot ont confronté leurs motivations et pratiques artistiques individuelles. Par delà leurs divergences, s'exprime le désir commun de créer un langage autonome.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 12
Hervé FISCHER performeur
Michel JOURNIAC performeur
Gina PANE performeur
Jean-Paul THENOT performeur
Texte : arTitudes: Une large partie du public même spécialisé ne perçoit pas clairement les objectifs de ce qu'on appelle l'art corporel et l'art sociologique. Il serait intéressant que chacun des quatre participants à ce débat s'attache en premier lieu à définir sa pratique artistique afin d'essayer de découvrir ensemble ce qui peut rapprocher ou éloigner les formes d'expression que vous privilégiez individuellement.
Hervé Fischer: Compte tenu de l'histoire de l'art et compte tenu de la société dans laquelle nous vivons, deux choses me paraissent intéressantes à l'heure actuelle: l'art corporel et l'art sociologique. L'art corporel, ce n'est pas à moi d'en parler, mais on en discutera tout à l'heure; l'art sociologique, c'est un terme déjà un petit peu répandu. À mon avis, il s'agit au fond - car il y a plusieurs approches de ce problème - de considérer l'art comme une production idéologique qui fonctionne politiquement et d'une certaine façon, qui correspond à certains clivages socioculturels et qui permet en conséquence de faire un travail analytique et critique par rapport à l'art tendant à mettre en évidence et le plus largement possible le caractère mystificateur de l'art depuis fort longtemps. Il faut essayer de faire un travail de démystification, c'est-à-dire de réduction de l'art, qui est un domaine de l'imaginaire et de l'irrationnel, à la compréhension rationnelle. C'est donc aussi un problème pédagogique. Bien sûr, là, c'est un voeu pieux, car je ne me fais pas trop d'illusions sur le caractère élitaire de l'art. Toutefois, il s'agirait quand même, à terme, non pas d'essayer de faire de l'art pour les concierges -ce qui ne voudrait pas dire grand chose sociologiquement- mais de faire moins une surenchère à la création formelle qu'un travail de mise en évidence avec des moyens d'expression simples de la façon dont l'art fonctionne sociologiquement et du langage qu'il utilise. C'est tout ce que j'ai envie de dire pour l'instant.
Michel Journiac: Dans ce qu'il vient de dire, Hervé Fischer prend d'une certaine manière l'art indépendamment du créateur. Il y a deux choses. Il y a le fait historique, qui est que l'art existe indépendamment du créateur dans une mythologie artistique puisqu'il n'y a pas d'histoire de l'art mais une mythologie d'histoire de l'art où on invente l'art en fonction des créateurs et en fonction des besoins d'une époque donnée. Greco a disparu pendant deux siècles, Barrès l'a fait ressusciter. Une peinture peut mourir, puis renaître. Cela c'est le problème historique que tu abordes, mais tu ne l'abordes pas d'une façon très rationnelle. Or, je pense que l'art avant d'exister en soi existe politiquement, historiquement, économiquement, qu'il est développé et interprété d'une certaine manière dans une société donnée. Mais il y a aussi le problème de celui qui assume, ici et maintenant, un certain nombre de positions, et là, le problème que je me pose est à la fois du corps et de l'objet puisque je crois que c'est d'une certaine manière ce que tente d'éliminer et de détruire la société dans laquelle nous sommes, soit en nous recouvrant d'objets et en détruisant les corps, soit en exaltant certaines parties du corps et en éliminant la totalité de ce qu'est l'individu, qui est d'une certaine manière le désir. Je crois que tu posais le problème critique. Le problème doit se poser à la fois au niveau critique, parce qu'il y a à mettre en question cette mythologie d'art qui nous est présentée comme une histoire de l'art et comme un absolu et qu'il y a une activité critique nécessaire, et en même temps il y a à approcher, à cerner, à partir de son propre désir, la réalité même de l'aujourd'hui. Le corps, c'est ce qui surgit et qui nous pose en permanence la question qu'on ne peut pas détruire. Les idées peuvent évoluer, se transformer, on peut utiliser tous les sophismes possibles et imaginables pour s'en tirer, mais devant quelqu'un qu'on désire ou devant la mort, le cadavre, les idéologies craquent. C'est là que la création a son rôle à jouer en assumant cette tentative d'approche du corps - le c
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : corps, art, politique, société
Inséré le : 22/03/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques, performance,