Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Cosmopolitique des ½uvres. Le Kunstenfestivaldesarts
Chapeau : Du 4 au 26 mai à Bruxelles, trois semaines, des ½uvres singulières irriguent la ville et invitent au brassage des vérités et des fictions.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre Agenda : événement / festival
Texte : L’art pour l’art ? Oui, bien sûr… Il n’est de véritable création qui ne
s’inquiète des formes qu’elle met en jeu. Mais pas seulement. Comment des ½uvres entrent-elles en résonance avec l’époque qui les voit naître ? Comment font-elles écho au temps présent, traduisent-elles un état du monde ? Entre art et politique, on ne saurait parler d’assujettissement, mais de lignes de tension qui fraient le réel, l’imaginent hors des sentiers formatés ou des clichés. Ce numéro de
Mouvement est largement consacré à de telles
interpellations, qu’elles tentent de fouiller certains écarts (entre un « dire » politique et un cheminement artistique), ou qu’elles tentent de prélever dans l’archive des faits la source documentée de nouveaux dispositifs de représentation.
A Bruxelles, le Kunstenfestivaldesarts est, depuis ses débuts, guidé par une intention voisine. Aujourd’hui conduit par une nouvelle direction (Christophe Slagmuylder et Roger Christmann), le festival s’inscrit dans la continuité du projet initié en 1994 par Frie Leysen. La trentaine d’½uvres réunies pour l’édition 2007 viennent
« rappeler l’importance des langues et des corps particuliers qui ne se réduisent pas en un discours, qui échappent ». A l’heure d’une mondialisation souvent perçue comme épouvantail, le Kunstenfestivaldesarts s’affirme délibérément « cosmopolitique ». Dans ce brassage s’inventent
« des langues mobiles, nouvelles, qui traduisent l’être social soumis à un environnement complexe, un réseau inextricable de possibilités, de vérités et de fictions ». Au bazar des anciennes utopies, Nicola Nord et les artistes du collectif andcompany&Co sondent les traces du Communisme, les Rimini Protokoll revisitent rien moins le
Capital de Karl Marx, quand William Forsythe réunit 60 danseurs aux Halles de Schaerbeek pour « figurer » la Déclaration universelle des droits de l’homme… On peut jouer avec les spectres : les new-yorkais du Wooster Group mixent un opéra baroque du 17e siècle (
La Didone) et un film de science-fiction des années 60, le Brésilien Enrique Diaz convoque
La Mouette de Tchekhov dans la réalité du plateau, et la chorégraphe Isabella Soupart projette
Hamlet dans un univers régi par les puissances médiatiques.
Certaines mises en scène collectent dans le réel leur force de fiction : les photographies-portraits de Io Tillett Wright servent de support à une performance d’Edit Kaldor ; la vidéaste finlandaise Anu Pennanen saisit à Tallinn, en Estonie, le quotidien d’adolescents dans une ville déchirée entre l’héritage de la domination soviétique et les excès de l’économie libérale le Sud-africain Paul Grootboom présente sans fard la vie dans les townships ; tandis que ce sont d’autres bidonvilles, à Bombay, qui suggère aux activistes de The Otolith Group un « film-essai » censé être tourné en 2025. Et quand Richard Maxwell, dans The End of Reality, installe un huis-clos qui a pour cadre un bureau de surveillance au c½ur de Manhattan, est-on encore dans le réel, ou déjà dans la fiction ?
De tels vertiges sont au menu de bien d’autres spectacles (dont nombre de créations) lors de cette nouvelle édition du Kunstenfestivaldesarts : Pierre Droulers (
Flowers), Josse de Pauwe (
Ruhe), Hiroaki Umeda, Toshiki Okada (
Five days in March), Eszter Salomon (
And then), Joăo Fiadeiro, Alvis Hermanis (
The Ice), Anne Teresa De Keersmaeker & Ann Veronica Janssens (
Keeping Still), Nata¨a Rajković et Bobo Jelččić (
S Druge Strane), Marcel Berlanger (
Tore), Sarah Vanagt (
Power Cut) et Kris Verdonck (
Still I and III), sans oublier Tim Etchells (lire dans ce numéro), qui travaille pour la première fois avec des enfants de 8 à 14 ans, et s’amuse à questionner les cadres familiaux, éducatifs et disciplinaires… Le festival bruxellois est décidément un réjouissant terrain d’aventures pour découvrir des « artistes-auteurs » qui
« font perdre sa qualité d’évidence à la façon dont nous voyons ce qui nous entoure, et qui, ainsi, nous le rendent à nouveau visible ».
Jean-Marc Adolphe
Mots-clés : cosmopolitique
Inséré le : 27/04/2007 17:45