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Metalovoice : les contre-voix d'une poésie industrielle
«La Presse, Oratorio industriel»
Chapeau : Issus des Tambours du Bronx, les fondateurs du groupe Métalovoice ont vite fait entendre leur engagement. Avec la création de La Presse, ils inventent une forme polyphonique. Entretien avec Pascal Dores et Riké, agitateurs-poètes urbains.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : 12
M. Maleval & J.M Lachaud rédacteur
Metalovoice Metteur en scène
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Texte : Pourriez-vous évoquer le cheminement qui vous a menés des Tambours du Bronx à la création en 1994 de Métalovoice?
Pascal Dores : Les Tambours du Bronx sont nés en 1986 dans une cité ouvrière SNCF à Varennes Vauzelles près de Nevers. Tout a débuté par la volonté d'une bande de copains de faire une performance à l'occasion du festival rock Nevers à vif. Une discussion est née entre nous : «J'ai vu les Tambours du Burundi, cela serait bien de faire comme eux...», dit l'un; «Cela serait bien de taper sur des tam-tam», dit un autre; «Mais, des tam-tam, on n'en a pas!», fait remarquer un troisième; «Des tam-tam, on en a dans tous les jardins ouvriers; il y a des petits bidons, des gros bidons. . .», affirme un quatrième. . . Très vite, la mayonnaise a pris. Dans un premier temps, nous n'avons fait que des interventions de rue. Nous posions nos bidons au milieu des gens; notre intervention durait de quinze à vingt minutes. Nous faisions rouler nos bidons et nous jouions une demi-heure plus tard autre part. Nos participations au centenaire de la Tour Eiffel et au bicentenaire de la Révolution française avec Jean-Paul Goude, qui nous a installés sur une locomotive puisqu'on venait d'une cité ayant un passé lié au monde ouvrier et aux cheminots, ont été des temps forts pour les Tambours. . .
Riké : N'oublions pas les Grands tuyaux de Pont-à-Mousson, qui ont été l'occasion d'une première rencontre avec la grande musique, avec l'Orchestre national des Pays de Loire.
Pascal Dores : Nous sommes partis des Tambours en 1994. Après avoir voulu nous orienter vers une forme plus théâtrale, après avoir créé Tapage nocturne et Cadence infernale et commencé à introduire des fragments de texte, des problèmes sont nés dans le groupe.
Riké : Ces deux spectacles furent les premières tentatives pour faire prendre conscience au groupe, à la collectivité des Bronx, de l'importance de l'engagement. Cadence infernale traitait de la dure vie d'usine, de l'abus de pouvoir des petits chefs et Tapage nocturne, de ces gens qui tirent sur les gamins parce qu'ils font du bruit. Certains ne souhaitaient pas adhérer à cette forme d'engagement.
Pascal Dores : Le problème des compromissions se posait aussi. Nous étions dépassés par l'engouement médiatique. Nous acceptions toutes les sollicitations, même des émissions à la con sur TF1. Nous nous sommes alors dit que nous devenions des produits. Nous tirions à boulets rouges sur certaines choses, et, en même temps, nous nous faisions récupérer par un système paillettes. On nous invitait cinq minutes à la tribune et nous devenions les clowns de notre propre farce. Certains dans le groupe voulaient jouer les rock star; d'autres s'opposaient à cet engrenage et pensaient que c'était se fourvoyer.
Riké : Nous devenions des bouffons!
Pascal Dores : Certains avaient une conscience artistique et éthique de ce que nous faisions et revendiquions. Même si nous n'utilisions pas de mots, nous développions une forme d'engagement. Nous n'étions pas là à frapper avec une certaine hargne dans la rue pour ne rien dire. Au travers de cette hargne, de cette image, de cette façon d'écraser la matière, dans la relation entre le chef et le groupe, avec cette énergie-là, nous faisions passer quelque chose. Les gens venaient en voir d'autres qui peinaient, qui se fatiguaient, qui suaient, qui mettaient leur engagement dans leur corps. La séparation du groupe fut rapide et brutale.
Riké : Quant nous avons créé Métalovoice, notre volonté première était de pouvoir dire des choses. Le langage rythmique seul n'était plus suffisant pour nous. Il nous fallait commencer à introduire des mots; des mots de poètes qui nous tenaient à coeur comme Maïakovski, Brecht, René Char... Nous voulions confronter ces mots à notre univers industriel.
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : musique, écriture, art vivant, industriel
Inséré le : 23/03/2001 00:00
Thèmes : théâtre de rue,