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Yemen – Chant et percussions
Chapeau : Parmi les dernières parutions de l’exemplaire collection Ocora de Radio France, un volume consacré au chants et percussions du Yemen voit le musicien Mohammed Ismâ'ïl al-Kamîsî réinventer en poète épique la tradition du chant de Sanaa.
Date : musiques du monde
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre Ressource : compte rendu
Rubrique : CD de la semaine
Mohammed Ismâ'ïl AL-KAMÎSÎ musicien
Florent DELVAL rédacteur
uneartishoc_ocora_yemen.jpg (crédits : Mohammed Ismâ'ïl AL-KAMÎSÎ / titre : Chant et Persussions / )
fiche207_ocora_yemen.jpg (crédits : Mohammed Ismâ'ïl AL-KAMÎSÎ / titre : Chant et Persussions / )
yemen_track1.mp3 (crédits : Mohammed Ismâ'ïl AL-KAMÎSÎ / titre : Huwa al-hobb fa-slam bi-l-hashâ / )
yemen_track4.mp3 (crédits : Mohammed Ismâ'ïl AL-KAMÎSÎ / titre : Jarrat 'âdat al-hobb / )
Texte : On ne peut mesurer la musique de Mohammed Ismâ'ïl al-Kamîsî qu'à l'aune de ce qui nous échappe. Dans quelle mesure, par exemple, peut-on affirmer qu'il s'agit de
sa musique ? Puisque le modèle nous échappe, comment savoir de quelle manière l'artiste trace son territoire ? La tradition est un doute, il s'agit de la marquer, de la circonvenir tout autant que de se la réapproprier. Mohammed Ismâ'ïl al-Kamîsî s'inscrit en effet dans une tradition, une transmission qui le dépasse. Mais de cet immense héritage culturel dans lequel il baigne, al-Kamîsî, par ailleurs poète, emprunte, arrange, combine motifs musicaux et textes tout en conservant les structures traditionnelles du chant de Sanaa. Cette démarche de transformation continue est avant tout liée de toute évidence à la transmission orale, à la circulation d'un moyen d'expression qui ne connaît pas la reproduction technique – davantage qu'il ne s'agit d'une relecture. Cette musique que l'on écoute aujourd'hui en CD est vivante justement parce qu'elle a circulé en dehors des artefacts techniques. Or, il est extrêmement troublant de penser que dans la culture occidentale, après quelques siècles à peine, cette dynamique se remet en place en dépit, ou au travers des artefacts technologiques... En effet, l'un des gestes les plus significatifs de la modernité artistique aura sans doute été le recyclage, la redisposition d'éléments préexistants, et souvent connus. Les mêmes structures resurgissent donc dans des contextes pourtant radicalement différents. Peut-être est-ce le seul moyen d'investir un territoire qui sans cesse nous dépasse ?
Comment toutefois écouter cette musique sans lui apposer le filtre d'un archaïsme envoûtant, qui plus est quand on sait qu'il s'agit d'une pratique musicale quasiment oubliée? Mohammed Ismâ'ïl al-Kamîsî est en effet le dernier à maîtriser la technique du plateau d'argent (
« Le plateau est tenu en équilibre sur les deux pouces, les doigts de la main gauche produisent l'ornementation ; ceux de la main droite la mélodie »). Il faut donc, au fur et à mesure de l'écoute de ces quatre longs chants, redéfinir le lieu où l'on se place en temps qu'auditeur. En se perdant, en se laissant envoûter, en s'ennuyant, en s'éloignant. Se laisser emporter autant que se questionner. La question de la réception se pose sans arrêt, mais elle n'occulte pas pour autant la musique, les harmoniques du plateaux d'argent ou la longueur épique des morceaux... Cette musique, comme ce qui nous est radicalement étranger, tire autant sa force de ses qualités intrinsèques que de la distance qui nous sépare d'elle, ce qui génère de nombreuses strates d'écoute et de perception.
Date de publication : 10/01/2007
Mots-clés : musique
Inséré le : 04/09/2007 14:34
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