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s/t

Chapeau : A l’heure où France Musique décide de supprimer A l’improviste, l’une de ses émissions les plus aventureuses (voir par ailleurs), retour sur un disque paru il y a déjà plusieurs mois, qui exalte toutes les vertus de l’improvisation : celui de Rekmazladzep, quatuor formé par quatre figures phares de la scène improvisée, Daunik Lazro, Thierry Madiot, Camel Zekri, Dominique Répécaud.
Date : musique improvisée

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : compte rendu

Rubrique : CD de la semaine

Rekmazladzep musiciens
Catherine HEYDEN rédacteur

uneartishoc_rekmazladzep.jpg (crédits : Rekmazladzep / titre : s/t / )
fiche207_rekmazladzep.jpg (crédits : Rekmazladzep / titre : s/t / )

Texte : Atmosphère électrisée, tour à tour douce et empreinte d’une folie à bâtons rompus, pour ce quartet dont l’instrumentation peu commune et l’expérience de chacun (free, contemporain, « tradition » du continent Afrique, et « punk-rock underground ») ajoute au caractère mystérieux des improvisations jouées. Elles sont profondes, étonnantes, foisonnantes et pour le moins perturbantes. De ces perturbations qui remettent en cause les « ordres » établis. Les fréquences basses générées par un saxophone et un trombone aux bouillonnements parfois presque subaquatiques, alliées aux poussières d’étoiles médiums-aiguës des guitares électroacoustique et électrique forment des entrelacs de sinuosités labyrinthiques. Méandres de la pensée et du rêve, ombilics de limbes aux résonances feutrées parfois inquiétantes.
Proximités et éloignements, circulation extraordinairement fluide, arrêts, silences, temps de méditation, superpositions des plans sonores et leurs renversements font la richesse de ces sept morceaux. L’obscurité est liée à la réverbération, les infra-basses et les rythmiques structurent les improvisations. Les univers évoqués sont parfois industriels, par l’habile maniement du larsen, les crissements des « jacks », les effets de saturations et de suraigus. Vibrations, battements insoupçonnés de l’air… Ce qui coule dans nos veines de force, de révolte et d’extrême dans l’action… Les instruments de chaque musicien se détachent parfois de l’ensemble pour une construction en un croisement d’univers prolixe. Ils nous entraînent à la découverte de rhizomes souterrains issus du songe, du souvenir et de la mémoire, en route vers un ailleurs imagé.
Le son développé ici est plein et entier, riche de lectures à croisements multiples et de profondeurs de champs/chants mises en abîme à l’infini. Le voyage proposé traverse les ondulations d’un tumulte compact et excentrique, implosions et explosions maîtrisées, matières brutes, poreuses et lumineuses telles les éclairs d’une lame de poignard étincelant dans la nuit… Fragilité du monde, cosmogonie céleste et force des associations humaines… Ce disque résulte d’un enregistrement en concert : imaginer donc l’enveloppement par ces vibrations en temps et en espace réel… Le quartet se joue de ses auditeurs, s’amusant à les désorienter, les perdre définitivement pour les remettre, finalement, sur le chemin de sa pensée créative. Glissements de terrains inexorables, jeux de structure et de forme.
Les quatre musiciens, amis et complices de longue date, offrent cette musique à leur amie disparue il y a maintenant six ans, l’actrice-chanteuse et peintre Annick Nozati (1), ange charnel aux ailes brûlées de désir. Ils ont choisi l’une de ses peintures pour constituer la pochette du disque. Pochette sombre, à l’égal du caractère enfoui et nocturne de ces pièces aux titres poétiques : Le Rêveur s’envole, Brûlure sourde, Erectile, Sans aile, Sang limite, Spectral, et Sidéral. Intitulés évocateurs d’ailleurs, de douleur, d’amputation, et de difficulté à être, mais aussi de possibles, d’élévation, d’espoir, de tendresse et de liberté. De grande et intense liberté… « Le rêveur s’envole. » (Annick Nozati)

1. Annick Nozati avait notamment participé aux aventures de l’Atem de Georges Aperghis et des Structures sonores Baschet dans les années 1970, avant de se consacrer plus spécifiquement à l’improvisation à partir des années 1980 (aux côtés, entre autres, de Joëlle Léandre, Daunik Lazro, Barre Phillips, Gérard Marais, Fred Van Hove, Johannes Bauer, Irène Schweizer, Maggie Nicols…), utilisant parfois encore la tôle Baschet en résonance avec sa voix.

Date de publication : 21/02/2007


Mots-clés : musique
Inséré le : 04/09/2007 15:26
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