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Horses In The Sky
Chapeau : Horses in the sky paraît qu’un album fondateur de l’activisme musical. La critique sociale, la description de l'horreur, de la monstruosité, de la tristesse, de la perte, qui sont les thèmes de prédilection des punk-rockers activistes du Silver Mt. Zion, sont ici mis en scène sur un théâtre de pureté et de douceur – et surtout pas de cruauté.
Date : Post-Punk
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre Ressource : compte rendu
Rubrique : CD de la semaine
Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra musiciens
Tra-la-la Band musiciens
Dorothée SMITH rédacteur
uneartishoc_mt_zion.jpg (crédits : Zion / titre : Horses In The Sky / )
fiche207_mt_zion.jpg (crédits : Zion / titre : Horses In The Sky / )
Texte : L'activisme musical n'en est, en 2005, certes plus à ses débuts. Il semble pourtant que les dernières élections présidentielles étastsuniennes aient marqué le début d'une ère du renouveau dans ce domaine, illustrée par le retour aux racines de la musique comme moyen de protestation sincère et efficace, puissant cri du ch½ur lancé au vent plutôt qu'aux autres
Horses in the sky, plus qu'un bel exemple, en est un album fondateur.
« Ils mettent des anges sur la chaise électrique, la chaise électrique, la chaise électrique ». C'est cet inquiétant leitmotiv qui ouvre le triptyque
God Bless Our Dead Marines, premier titre du nouvel opus du collectif canadien issu de Godspeed You! Black Emperor, que l'on avait pu découvrir en live l'an passé. C'est d'une voix à peine plus grave que celle d'un fausset, et sur un ton à peine plus lourd que celui d'une comptine qu'Efrim Menuck, leader du groupe, psalmodie ces paroles, accompagné d'un lent pizzicato évoquant indistinctement une marche militaire, ou funèbre. Cette monotone et solennelle introduction cède progressivement le pas à une incantation instrumentale puissante et rythmée, de laquelle l'influence de John Zorn ne semble pas bien loin. Un instant de répit lui fait suite, avant qu'une chorale peu assurée prenne la relève, caressant un slogan poétique de ses timbres inégaux jusqu'à son épuisement complet.
Ce parti pris par le Silver Mt. Zion d'abandonner ses usuelles compositions novatrices, progressives et intensément aériennes, pour revenir à des procédés musicaux autrement plus traditionnels, semble s'inscrire dans un élan ayant débuté suite à l'annonce de l'actuel mandat du président des Etats-Unis. En effet, on sait des agissements et décisions prises par ce dernier qu'ils suscitèrent à leurs heures respectives moult remous musico-politiques, et ce au sein des plus importantes communautés de création musicales. Si l'on ne peut résumer
Horses In The Sky à un brûlot anti-américain, les sombres et intenses critiques sociales dont il est chargé et qu'on laissera à l'appréciation de l'auditeur s'inscrivent explicitement dans la période belliqueuse et déshumanisée que traverse gouvernement américain, pour reprendre les critiques qui lui sont souvent adressées par ses plus fervents opposants (qui, à l'instar de notre collectif, ne sont pas toujours américains eux-mêmes). Ce recours à des rythmes propres à certaines musiques traditionnelles, comme la musique klezmer, se rapproche de la démarche du duo bien souvent engagé Matmos, qui a utilisé comme principale source sonore de son dernier album en date,
The Civil War, des instruments médiévaux, et commençait tous ses concerts l'an passé en dédiant son album d'une manière fort peu courtoise au président susmentionné.
L'originalité de l'élan dans lequel s'inscrit
Horses In The Sky réside donc dans les moyens de contestation que le groupe se donne ; après les mouvements musicaux protestataires qui s'appuyaient avant tout sur des paroles explicitement critiques, ou encore sur une invitation à adopter des modes de vie et d'écoute diamétralement opposés à ceux que l'on pense imposés, celui que l'on pourrait qualifier de « néo-protestantisme » prend le parti de se creuser un refuge ultime et rassurant au c½ur des origines de la musique. La critique sociale, la description de l'horreur, de la monstruosité, de la tristesse, de la perte, qui sont les thèmes de prédilection des punk-rockers activistes du Silver Mt. Zion, sont ici mis en scène sur un théâtre de pureté et de douceur – et surtout pas de cruauté. En
témoigne l'absence de postproduction sur certains morceaux, la réduction au minimum d’instruments électroniques et même électriques, et surtout le rôle prédominant donné aux ch½urs. C'est autour d'un seul micro que gravitent les voix des membres du groupe, concept qui corrobore pleinement les messages qu'ils désirent faire passer : cela est particulièrement probant sur le titre
Hang On To Each Other, puissamment sublime en dépit des imperfection techniques parfois crispantes qui peuvent repousser les puristes de la justesse, que l'album
Medùlla de Björk avait caressés dans le sens du poil (album qui, faut-il le rappeler, était uniquement constitué de voix humaines car se voulant plus proche des sources de la création musicale, et dans lequel s'étaient glissées, entre les envolées d'une chorale islandaise et les
beats de Rahzel, quelques paroles peu innocentes, telles
« I need a shelter to build an altar away from the Osamas and the Bushes »...).
Horses in the sky s'avère être toutefois une expérience brutale autant que radicale : c'est par exemple autour d'un feu de camp qu'a été enregistrée
Hang on... : aussi le bruit des crépitements des flammes prend-il une tonalité presque guerrière, quand celui des claquements des mains et le souffle des musiciens donne à tout l'album une dimension incroyablement humaine, physique, invitant à une réflexion philosophique voire religieuse sur le rôle du corps humain en tant que tel face à un corps politique qui semble menacer son intégrité : les paroles semblent chargées de références directes au corps lui-même, à ses limites et à ses espoirs (
« When the world is sick, can't someone be well, but I dreamt we was all beautiful and strong »).
On remarque d'ailleurs qu'à l'image des figures aèdesses quasi religieuses, comme celle, assassinée, dont s'était éprise une certaine avant-gardiste japonaise, ou encore celle que mit en scène le réalisateur Gus Vant Sant fort récemment, le Mt Zion possède la sienne, presque christique, incarnée par le très charismatique Efrim Menuck, qu'entourent une bande d'apôtres guitaristes s'improvisant membres d'un ch½ur et lançant au vent des incantations aussi peu justes que belles à pleurer. Efrim semble même souffrir dans sa chair des paroles qu'il prononce, son timbre brisé paraissant s'écorcher davantage au fil des titres, jusqu'aux dernières paroles qu'il tisse au long du magnifique
Ring Them Bells, fanatiquement accompagnées par les cris désolés d'une guitare qui se sature jusqu'à un souffle ultime et enragé – un souffle à faire s'envoler les chevaux.
Date de publication : 28/04/2005
Mots-clés : musique
Inséré le : 04/09/2007 16:19
La site du Label Constellation Records -
http://www.cstrecords.com