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The Sad Mac

Chapeau : Point d'orgue de la fascinante discographie du compositeur électronique Stephan Mathieu, The Sad Mac concilie l'informatique la plus sommaire et les transports lyriques acoustiques les plus policés dans un ovni sonore à la beauté confondante.
Date : électro

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : compte rendu

Rubrique : CD de la semaine

Stephan Mathieu musicien electronique
Dorothée SMITH rédacteur

uneartishoc_stephanmathieu.jpg (crédits : Stephan Mathieu / titre : The Sad Mac / )
fiche207_stephanmathieu.jpg (crédits : Stephan Mathieu / titre : The Sad Mac / )
06_tinfoil_star.mp3 (crédits : Stephan Mathieu / titre : Tinfoil Star / )
10_icredevirra.mp3 (crédits : Stephan Mathieu / titre : icredevirrA / )

Texte : Au sein du microcosme des architectes sonores coutumiers de l'electronica, Stephan Mathieu, originaire de Saarbrücken, occupe une place singulière : batteur de formation, moitié du duo Stol (Kitty-Yo) et professeur d'arts numériques dans de nombreux établissements allemands, c'est en 2000 qu'il commence à s'intéresser à la création de textures sonores strictement numériques. Ses premières compositions, définies par la retouche progressive d'une base rythmique de batterie, ont évolué vers la recherche d'une conjugaison de la brutalité des sons nus provenant d'ordinaires instruments de musique, et de la pureté des textures crées par des logiciels de composition électronique. Regroupant onze pièces composées entre 2001 et 2004, The Sad Mac, qui parait chez le label japonais Headz, part de la délassante thématique -dans un contexte électronique réputé sibyllin- du... Macintosh. Le titre de l'album est par le fait, outre ses sonorités proches de celles du nom de son auteur, une référence à l'icône de démarrage éplorée du Macintosh Classic qui apparaissait lorsque celui-ci étaient en proie à d'importants problèmes de système, prenant la place du souriant "happy mac" espéré.

De la même manière que Matthew Herbert/Radioboy, dans son album The Mechanics of Destruction, rendait présents les avatars de son combat, à savoir des produits de consommation issus de la mondialisation, en les détruisant sur scène et en enregistrant le son ainsi créé, Stephan Mathieu utilise ici, sur une grande partie des morceaux, des sons directement issus de son Macintosh (signaux d'alerte, bruits de lancement de logiciels) qu'il étire et échantillonne à l'aide de ce dernier jusqu'à les rendre imperceptibles. A cette première source sont ajoutées des esquisses instrumentales à base de violoncelle, de piano ou de batterie, et des bribes de lectures de textes poétiques. Ce processus de collage digital atypique habille d'une atmosphère presque mystique l'architecture irréprochable des morceaux de Stephan Mathieu, construits degré par degré à la manière de ceux de Christian Fennesz. D'une nappe aseptisée, froide, distante, presque clinique, l'on passe insensiblement à une chaleur ataraxique d'une beauté inouïe et suspendue, qui ne fluctue que très subtilement ; ainsi en va-t-il de la pièce icredevirrA, en écoute ci-contre.

Il n'est guère étonnant de voir le plasticien Olafur Eliasson remercié "pour son inspiration" dans les crédits de l'album ; méditant sur la complexité des dispositifs et des sources sonores ainsi que sur la coordination des éléments organiques et numériques, vocaux et synthétiques, modernes et antiques, la démarche de Stephan Mathieu, lyrique et sensible, quoiqu'indisociable de la technologie, fait vivement écho aux paysages naturellement architecturaux
présentés par Eliasson, aussi complexes que bouleversants.

Date de publication : 29/03/2005


Mots-clés : musique
Inséré le : 04/09/2007 16:30
Le site Bitsteam de Stephan Mathieu - http://www.bitsteam.de