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Mirrored

Chapeau : Un an après sa signature sur le prestigieux label Warp et la parution d’un double-CD récapitulatif de leur œuvre, Battles, les nouveaux apôtres de l’avant-gardisme rock, délivrent leur premier véritable album, Mirrored. Et avec lui, sans doute, l’un des disques les plus cruciaux de cette année 2007. Un groupe à suivre également sur scène, ces jours-ci, en France (Paris, Lyon, Tourcoing…).
Date : math-rock

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : compte rendu

Rubrique : CD de la semaine

Battles musiciens
Laurent Catala rédacteur

uneartishoc_battles.jpg (crédits : Battles / titre : Mirrored / )
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Texte : Que n’a-t-on pas été écrit, ou dit, sur ce phénomène musical nommé Battles, porté à la connaissance du plus grand nombre par la réédition/compilation parue l’an passé en double CD chez Warp de la quasi-intégralité de la discographie du groupe – les mini-albums C Ep, B Ep et le maxi Tras ? Composé des guitaristes Ian Williams et Dave Konopka, du batteur John Stanier et de Tyondai Braxton, multi-instrumentiste, compositeur d’avant-garde et fils du musicien free jazz Anthony Braxton, Battles – à ne pas confondre avec le groupe anglais de Stephen Wood, The Battles – a défini en quelques minutes de musique entièrement instrumentale les contours les plus telluriques et les plus sensibles d’un genre musical souvent appelé math-rock, que ses membres ont par ailleurs contribué à ébaucher dans certaines de leurs formations précédentes (Don Caballero, Storm and Stress, Lynx). Etroite imbrication d’une écriture harmonique complexe et de lézardes sonores post-noise, agencées selon une mise en scène ambitieuse héritée d’un certain rock progressif, le math-rock trouve en Battles son plus ébouriffant zélateur actuel. Aussi l’annonce de la sortie, le 15 mai dernier, du premier véritable album du groupe, toujours sur le label anglais, s’était répandue comme une traînée de poudre auprès des fans impatients.
Disons-le, Mirrored est une bombe. A fragmentation immédiate, à retardement et à effets incurables garantis.
Le premier morceau, Race: in, semble reprendre les hostilités là où le groupe les avait laissées, truffant son champ de bataille sonore de ce triptyque esthétique si caractéristique : une batterie omniprésente, plaçant ses rotations rythmiques au centre d’une architecture hypnotique ; des boucles de guitares soyeuses, tissant un délicat canevas bruissant ; un habillage harmonique ponctué d’effets électroniques et acoustiques (marimbas) agissant en contrepoint. A cet instant, tout nous revient à l’esprit. Cette instrumentation massive a, sur notre ouïe aux aguets, les effets collatéraux d’une madeleine de Proust. Une puissance rythmique et une densité rappelant This Heat, une tendance répétitive à la superposition évoquant les pièces les plus stratosphériques de Steve Reich (Music for 18 Musicians par exemple), une structuration harmonique évoquant les mélodies alambiquées de Tortoise. Tous les ingrédients de la machine de guerre Battles semblent se catalyser à nouveau, se remettre tout naturellement en mouvement.
Et puis, doucement, de façon presque inconsciente, la nouveauté de cette album fait son apparition : des voix s’élèvent dans ce maelström des sensations auditives, ajoutant une ligne d’expérimentations troublantes dans ce tableau épique qui prend forme dans nos oreilles. Car la plupart des compositions de Mirrored placent délibérément la voix au centre de l’édifice. Sur le single Atlas, le chant trafiqué entraîne le morceau dans une farandole endiablée qui s’achève avec les modulations haut perchées du volubile Ddiamondd. Sur Tonto, une polyphonie en rupture fait son apparition avant que Leyendecker ne s’essaie à quelques vocalises éthérées, dignes d’un r’n’b du quatrième millénaire. Sur Bad Trails, la voix se détache fièrement d’un environnement sonore mêlant chants d’oiseaux et brisures digitales, avant de glisser en trémolo à l’arrière-plan de Snare hangar, ou de laisser respirer les talents de beatboxer de Tyondai Braxton sur le plus énervé Tij.
Sans dénaturer la musique du groupe, sans surtout porter atteinte à cette folie nerveuse et décalée qui semble littéralement posséder chacun des morceaux, cette truculence vocale nouvelle apporte une véritable dimension extensive à la musique de Battles. Une couche supplémentaire d’exubérance loufoque, de créativité impromptue et, peut-être, de génie.

Date de publication : 16/05/2007


Mots-clés : musique
Inséré le : 05/09/2007 15:30
Le site de The Battles - http://www.bttls.com
Le site du Label Warp - http://www.warprecords.com
Le site du distributeur Pias - http://www.pias.com/