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Shiny Battles / Welcome To The Isle Of Dogs

Chapeau : En rééditant les deux albums enregistrés par The Bonaparte’s vers le milieu des années 1980, le label Garage Records, affilié au mythique studio du même nom, redonne accès à deux pépites de la scène post-punk et new wave française : une musique ambitieuse, dans laquelle les influences sont intelligemment digérées, et mises au service d’une inspiration éminemment psychédélique.
Date : Post-Punk

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : compte rendu

Rubrique : CD de la semaine

The Bonapartes musiciens
David SANSON rédacteur

08_christians_life.mp3 (crédits : The Bonapartes / titre : Christian's Life / )
uneartishoc_bonapartes.jpg (crédits : Bonapartes / titre : Shiny Battles / Welcome To The Isle Of Dogs / )
fiche207_bonapartes.jpg (crédits : Bonapartes / titre : Shiny Battles / Welcome To The Isle Of Dogs / )
01_the_battle_of_iena.mp3 (crédits : The Bonapartes / titre : The Battle od Iena / )

Texte : Au milieu des années 1980, le label parisien Garage Records – émanation du studio du même nom, situé sur les hauteurs de Ménilmontant, et toujours en activité aujourd’hui – fut, aux côtés de Madrigal, L’Invitation au Suicide, V.I.S.A. ou, plus tard, New Rose/Lively Art, le principal repère de ce que la scène « post-punk » française comptait de musiciens de valeur. Parmi ceux-ci (Oberkampf, Jad Wio le temps d’un maxi, Môme Rath, Baroque Bordello, Charles de Goal…), The Bonaparte’s figurèrent parmi les plus marquants, et l’on ne peut que se réjouir que Garage Records ait aujourd’hui choisi d’exhumer, dans sa collection « Garage_Sessions » (et en deux CD, alors qu’un seul eût suffi), les deux albums de ce trio formé autour d’anciens membres de Baroque Bordello – et tirant son nom d’un certain Napoleon XIV, hurluberlu issu de la scène psychédélique californienne (qui n’était autre, ainsi que le rappelle Eric Tandy dans un texte de présentation que l’on aurait aimé un peu moins succinct, que le mythique producteur Kim Fowley).
Déjà, à l’époque, les Bonaparte’s tranchaient avec le tout-venant de la scène hexagonale à maints égards : par la puissance conquérante du son, la variété de l’inspiration (et notamment la part prépondérante de l’élément psychédélique), la qualité des compositions, l’originalité, également, d’un univers visuel jouant à fond la carte napoléonienne (le nom du groupe, le titre de certains morceaux, ou encore la reproduction du tableau Les Pestiférés de Jafa sur la pochette de son premier disque) – un univers décalé, à mille lieux des clichés gothico-industriels habituels. Certes, pas plus que le tout-venant de la scène hexagonale, le groupe ne réussit, à ses débuts, à se démarquer complètement de ses influences. Son premier mini-album, Shiny Battles, reste ainsi largement sous influence Cure (les guitares, la voix), comme en témoigne notamment la chanson inaugurale, The Battle of Iena, au demeurant excellente. Mais dès le dernier morceau de ce premier opus – They’re coming to take me away ah! ah!, une reprise par l’absurde de son « parrain » Napoléon XIV –, le groupe manifestait son désir de dévier de toute trajectoire trop prévisible, rendant l’audtieur d’alors impatient d’entendre la suite de ses aventures.
La suite viendra en 1985 avec le LP Welcome… to the Isle of Dogs (référence à une péninsule mythique située au c½ur des docks londoniens), et elle fera mieux que combler les attentes. Cet album, dont deux titres sont produits par Laurence Tolhurst de… Cure (qui avait également produit le premier maxi de Baroque Bordello), achèvera d’imposer un univers décidément ambitieux. A l’époque, on se rappelle avoir été saisi par l’atmosphère singulière et entêtante qui émanait de ce disque, à la fois claustrophobe et aérée. Vingt ans après, l’effet reste le même, et force est de reconnaître que ces 9 morceaux n’ont pas pris une ride (à l’exception peut-être, comme c’est finalement souvent le cas avec les disques des années 1980, d’un son de batterie parfois trop réverbéré). Une atmosphère difficile à décrire, mais qui tient sans doute à des arrangements (cithare, piano, saxophone…) et une production (avec moult effets de « reverb inversée ») qui donnent des couleurs inédites à une tonalité d’ensemble très sombre, dominée par la voix et la guitare également magnifiques de Ruben Azca (sorte de croisement entre Richard Butler des Pyschedelic Furs et Ian McCulloch d’Echo & The Bunnymen) : l’influence du psychédélisme – qui, à la même époque, inspirait nombre d’artistes de la scène new wave britanniques (Cure avec The Top et le projet The Glove, Siouxsie & The Banshees avec et A Kiss in the Dreamhouse, les anciens membres de Bauhaus regroupés au sein de Tones On Tail, etc.) – se combine avec des éléments propres à un certain blues urbain parent de celui d’un Nick Cave. L’originalité des compositions qui en découlent (après le tubesque For Winter, citons She, Christian’s Life ou encore Mr. Webster), combinée à un son d’une ampleur singulière, suffit à ranger ce disque, aux côtés du 83 de Marc Seberg ou du premier album d’Orchestre Rouge (produit par Martin Hannett), parmi les grands albums de ce que l’on appelait jadis la cold wave.

Date de publication : 20/01/2006


Mots-clés : musique
Inséré le : 05/09/2007 16:03
Le site du Label Discograph Records - http://www.myspace.com/discograph
Le site du Label Garage Records - http://www.studiogarage.fr