Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Heroin + Remixes

Chapeau : Heroin est le résultat de la collaboration entre Ekkehard Ehlers et Stephan Mathieu. Responsables individuellement des excursions digitales les plus ambitieuses, les deux Allemands sont enfin réunis sur cet album d’anthologie. Il se voit aujourd’hui réédité par Orthlorng Musork et agrémenté d’un disque de remixes. Subtile émotion et raffinement sonore pour une œuvre de l’alchimie.
Date : électro

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : compte rendu

Rubrique : CD de la semaine

EKKEHARD EHLERS musicien
Stephan Mathieu musicien
Frédéric FOREAU rédacteur

uneartishoc_ehlers.jpg (crédits : Ehlers/ Mathieu / titre : Heroin + Remixes / )
fiche207_ehlers.jpg (crédits : e / titre : Heroin + Remixes / )
rauch.mp3 (crédits : ehlers mathieu / titre : Rauch / )
josef_l_ucky.mp3 (crédits : ehlers mathieu / titre : josef lucky / )

Texte : Tout commence par un feu d’artifices rapidement rejoint par une mélodie jouée à l’orgue. S’agit-il là de définir d’emblée un contexte de création ? D’une facétie à base de field recording ? D’une invitation à l’émerveillement ? C’est un peu tout ça à la fois. Car Heroin est avant tout un disque chaleureux, le témoignage d’une réelle alchimie entre Stephan Mathieu et Ekkehard Ehlers, où l’orientation des idées semble issue d’un perpétuel va-et-vient, entre le matériau sonore du premier et les talents d’arrangeur du second. Né de ce mouvement, l’organique Heroin serait une musique de la circulation, capable de se répandre dans les systèmes. Herz en est un de ses flux, fonctionnant comme une purge puis un renouvellement. C’est un Alva Noto auquel on a substitué ses infrabasses tout en isolant son émaillage de cliquetis rugueux et de blips granulaires. (Passé en boucle, on soupçonne même un des plus beaux motifs mélodiques éventrés entendu depuis des lustres). Injecté à des guitares au métal précieux assourdies comme jamais (jouées dans quelles entrailles ?), on obtient un morceau brisé de toutes parts, à la beauté proprement hallucinante. Mais les exemples ne manquent pas. La suite composée de Rauch et Heroique laisse rêveur et fait irrémédiablement penser à un Rafael Toral converti au DSP, faisant bruisser ses guitares via les patches d’un logiciel de design sonore. Dans Supertramp, c’est une myriade d’accidents digitaux qui cherche à prendre le pas sur les notes d’un orgue mélancolique sans qu’aucun ne l’emporte réellement – avant de se dissoudre dans les bourdonnements modulaires de Blue Baby 1 et plus loin de Blue Baby 2, qui fait visiter le service des urgences aux Américains de The Stars Of The Lid.
Composé et produit en sept jours, Heroin fait montre d’une immédiateté, d’une spontanéité toute rock, lui conférant un caractère accessible. C’est suffisamment rare dans l’électronica actuelle pour être signalé, et c’est sans doute ce qui explique pourquoi Heroin est une œuvre aussi touchante. Au-delà de sa considérable masse sonore nimbée d’un voile digital permanent ; de ses drones sourds et parfois menaçants ; de son utilisation opaque de l’acoustique et de sa résonance ultratonale, l’art qu’elle contient est essentiellement humain.
Si le disque regroupant les remixes n’est pas aussi impressionnant ou saisissant, il n’en demeure pas moins le reflet identitaire et donc stylistique des artistes convoqués. Les morceaux y apparaissent nettement plus tortueux et abrasifs. A ce titre, le remixe réalisé par Joseph Suchy – qui ouvre ce second disque – est peut être le meilleur. Celui-ci y impose sa patte très atypique, à mi-chemin entre Fennesz et Keiji Haino. Ses perles guitaristiques se fondent le plus souvent dans des sonorités métalliques abruptes aux accès occasionnels de psychédélisme. Le Behind The Scenes de Kit Clayton (en écoute ci-contre) est un autre sommet où celui-ci contracte un Dub infecté et méchamment psychopathe qu’il injecte dans les artères mélodiques de Heroin. On se représente assez difficilement la Jamaïque à travers le prisme d’une cellule capitonnée, c’est pourtant bien la vision malsaine que procure l’écoute de ce morceau. Pour se soigner, au rayon expérimentations chimiques, on retiendra donc l’antidote de Nobukazu Takemura reposant sur l’action de porter à ébullition une solution sonore belliqueuse : la réaction, ou plutôt l’interaction observée s’écoule instantanément dans nos oreilles ! Quant à Fennesz (encore lui !), il fait transiter avec toujours autant de talent, ses mélodies élégiaques de guitares érodées à travers des générateurs de sons virtuels, pour un résultat magnifiquement versatile. Si bien qu’au final, et comme pour la série [edits] signé Full Swing, on ne sait plus dans quelle mesure il s’agit bien-là de remixes, l’essence des originaux ayant été largement et brillamment reformulée.

Date de publication : 02/04/2003


Mots-clés : musique
Inséré le : 06/09/2007 19:00
Le site du Label Orthlorng Musork - http://www.musork.com