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Ephémères. Musiques pour les films de Nicolas Philibert
Chapeau : Les
Ephémères sont une nouvelles réussite majeure, qui vient, dans la filiation de Ravel et de Ligeti, offrir à la littérature pour piano du XXIe siècle l’un de ses premiers grands cycles. En complément de programme, les belles miniatures composées pour les documentaires de Nicolas Philibert par ce cinéphile averti, amoureux de Lynch, Buñuel et Fellini.
Date : musique contemporaine
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Rubrique : CD de la semaine
Philippe Hersant musicien
David SANSON rédacteur
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Texte : Pour la composition de ces
Ephémères, vingt-quatre courtes pièces inspirées de haïkus du grand Bashô composées entre 1999 et 2003, Philippe Hersant nous déclarait avoir largement tiré profit de son piano numérique, qui lui a permis, en juxtaposant les voix et faisant varier les tempos à l’envi, de transcender ses talents de pianiste :
« Ce piano, qui me permet d’enregistrer jusqu’à dix pistes en même temps, a changé ma façon de composer. J’y trouve des combinaisons auxquelles je n’aurais jamais pensé sans cela, notamment dans les superpositions de rythmes. L’une des dernières Ephémères
que j’ai écrites se rapproche ainsi, par sa difficulté, de certaines Etudes
de Ligeti, qui lui aussi a recours au piano “mécanique”… En fait, j’ai de plus en plus besoin de l’écoute, du contact concret, de pouvoir matérialiser ce que j’écris. Je deviens de moins en moins conceptuel – moi qui déjà ne l’étais guère… » Ce cycle aux allures de journal intime, bien en phase avec la délicatesse de Bashô, est une splendide réussite qui, au lendemain du magnifique disque Virgin (voir
Classica-Répertoire nº 58), vient offrir un nouveau témoignage de l’importance de l’½uvre d’Hersant. Par leurs contrastes et leur force d’évocation, leur éloquente concision, les
Ephémères, assemblées et enchaînées avec une précision quasi cinématographique (jusqu’aux variations des silences entre les morceaux) sont une réussite éclatante. Si le compositeur cite comme à son habitude, parfois littéralement, des influences variées qui vont de Greif et Debussy au folklore japonais, de Gurdjieff à la musique de la Renaissance, c’est surtout à Ravel que ce magnifique cycle fait songer, par la fière pudeur qui en émane, en particulier dans deux des plus longues pièces du recueil : la merveilleuse pavane de
Vallée du Sud (en hommage à la
Vallée des cloches ?), et surtout cet
Oiseau des silences (en hommage aux
Oiseaux tristes ?) qui, avec son si bémol répété en ostinato durant tout le morceau, évoque immanquablement le sombre
Gibet. Mais au-delà de ces références « créatrices », en fin de compte, c’est bien d’Hersant qu’il s’agit, d’un musicien auquel la musique semble permettre de tout dire, et à qui la pianiste Alice Ader, dédicataire du cycle, apporte ses lumineux talents d’interprète… On retrouve cet art de la citation dans les musiques que Philippe Hersant, par ailleurs cinéphile averti, a composées pour trois documentaires de Nicolas Philibert, dont il a été le musicien attitré de
La Ville-Louvre au triomphe incontestable d’
Etre et avoir. Extraite de la « B.O. » de
Un animal, des animaux, par exemple,
La grande galerie de zoologie fait presque sourire par ses emprunts au
Premier Quatuor de Janácek (le compositeur préféré de Philippe Hersant). Ailleurs, c’est à Stravinsky, Prokofiev, voire Nino Rota que l’on songe à l’écoute de cette musique qui fait la part belle aux instruments à vents. Mais cette autre série de miniatures, qui constitue bien mieux qu’un simple « complément » à ce généreux programme, peut également se lire comme le carnet d’esquisses, le laboratoire d’un compositeur prolifique, puisqu’y affleurent parfois des motifs que l’on trouvera développés ailleurs, dans ses partitions pour le concert : ainsi des
Sapins, extraits d’
Etre et avoir, fondés sur les mêmes enchaînements d’accords que
Der Wanderer, pour ch½ur et orchestre ou piano… Avec cet album, la littérature pour piano du XXIe siècle vient de s’enrichir de l’un de ses premiers chefs-d’½uvre, et la discographie de Philippe Hersant d’un nouvel incontournable.
Date de publication : 19/05/2004
Mots-clés : musique
Inséré le : 08/10/2007 11:49
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