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Puissance rebelle

«La Presse, Oratorio industriel»

Chapeau : Avec «La Presse» (Au Parc de la Villette du 16 au 19 mai), Métalovoice met au coeur de leurs exigences artistiques et de leur cohérence esthétique une oeuvre dont la puissance rebelle contraste avec les écritures intimistes.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 12

Jean-Marc LACHAUD rédacteur
Metalovoice Metteur en scène

Texte : Depuis quelques années, alors que les illusions de la fin de l'Histoire s'estompent, de nouvelles formes d'engagement s'affirment (les luttes antiglobalisation par exemple). Dans le même temps, certains artistes refusent de s'abandonner aux délices des expressions intimistes / narcissiques et se préoccupent à nouveau du monde tel qu'il va ou plus exactement tel qu'il ne va pas. En se détachant des impasses du passé (la soumission des choix artistiques au message politique), ils s'attachent à forger des oeuvres dont la puissance rebelle naît au coeur même de leur exigence artistique et de leur cohérence esthétique. La dernière création de Métalovoice est, en ce sens, hautement significative.
Symboliquement placée au centre de l'espace scénique, une impressionnante presse domine. Cette structure est simultanément fascinante et menaçante. Il est vrai qu'elle n'hésite pas à séduire pour mieux engloutir ses victimes. Face à elle, l'être humain paraît fragile. Comme l'écrivent Pascal Dores et Riké, elle se nourrit avec avidité de sa mémoire, de ses souffrances et désirs présents... et régurgite «une pensée pillée, violée, vidée de toute substance, pour mieux être omni-pressante dans la condition humaine de demain».
La puissance de la musicalité des sons et des voix s'appuie sur la complexité de leur agencement en tension. Dans cet oratorio, les musiciens classiques, les percussionnistes et les choristes entrent en dialogue fécond. Le mélange ne dissout nullement leurs particularités expressives mais vise à créer une authentique polyphonie. Dans un dispositif où les périphéries sont mises à contribution (le public occupe un couloir circulaire), la présence bruyante des corps en déplacement et mouvement constants participe à la fabrication d'images mouvantes et révélatrices. L'usage des images vidéo, intermédiaires incontournables régissant notre quotidienneté et rendant difficilement identifiable l'origine du pouvoir (métaphoriquement, le chef d'orchestre dirige par vidéo interposée), complètent la stratégie esthétique privilégiée. La «justesse auditive et visuelle» que recherche depuis ses débuts Métalovoice est, dans La Presse, oratorio industriel, pleinement confirmée.
Les textes d'Eduardo Galéano et d'Eugène Durif, parfois hurlés, se croisent, délivrant ainsi leurs éclats de vérité. La force des mots qui se heurtent fait sens à un double niveau. D'une part, il s'agit de briser la logique consensuelle de la pensée unique régnante; d'autre part, se fomentent les possibles qui façonnent une autre vision et surgissent de prometteuses lueurs utopiques. Le processus collagiste / montagiste qui soutient l'ensemble affirme sa productivité au travers des effets de choc qui se déclinent à partir d'un mouvement de déconstruction et de reconstruction incessant.
Le regard que porte Métalovoice sur notre société est grinçant. Leur oeuvre possède indéniablement une dimension critique. Mais, au-delà de l'interpellation et de la dénonciation du réel existant, elle se révèle être un magnifique chant de résistance, par lequel les vaincus de l'Histoire, selon l'expression de Walter Benjamin, imposent à un monde qui les méprise et les exclut leur présence agissante et leurs aspirations au bonheur. Ici, le «Principe Espérance» cher à Ernst Bloch est terriblement et salutairement charnel.

Date de publication : 01/04/2001


Mots-clés : musique, industriel, écriture, engagement
Inséré le : 23/03/2001 00:00
Thèmes : théâtre de rue,