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Bonjour le désengagement !
Politiques culturelles au tournant
Chapeau : En Ile-de-France, les lieux « intermédiaires » du réseau Actes if viennent d’auto-évaluer leurs pratiques et résultats. Et les maires des grandes villes de France lancent leur Manifeste pour la culture. Un même constat : l’Etat est de plus en plus aux abonnés absents…
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : édito (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Rubrique : Espace critique
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
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Texte : En Ile-de-France, vingt lieux pas comme les autres se sont fédérés au sein du réseau Actes If. Certains, tels Mains d’œuvres à Saint-Ouen, Glaz’art à Paris Villette, le Hublot à Colombes, existaient déjà lors de la recension effectuée par Fabrice Lextrait pour le rapport commandé par le communiste Michel Duffour, alors secrétaire d’état à la Décentralisation et au Patrimoine, et qui avaient permis que ces « lieux intermédiaires » soient enfin pris en compte par le ministère de la Culture. D’autres sont nés depuis, comme L’Anis Gras, à Arcueil. Certains de ces lieux (L’Echangeur et Le Samovar à Bagnolet, l’Atelier du Plateau à Paris, le Collectif 12 à Mantes-la-Jolie) sont gérés par des compagnies de théâtre ; d’autres (la Guinguette Pirate à Paris, le Tamanoir à Gennevilliers, File 7 à Magny-le-Hongre) se consacrent plutôt, sur un mode associatif, aux musiques actuelles. Au cours de l’année 2005, la « mission observatoire » d’Actes If a décidé d’évaluer les activités et modes de fonctionnement des lieux qui composent ce réseau. Les résultats étaient présentés et débattus à Confluences, le 12 octobre dernier. Les propositions artistiques qui émanent de ces lieux constitueraient
« un “off” permanent par rapport à un “in” qui serait institutionnalisé », mais cette veille artistique, ouverte à l’émergence de nouveaux artistes et de nouvelles formes, se réclame aussi d’un « rapport social à l’art » qui témoignerait d’un « engagement citoyen ». Loin de rester dans les habituels discours généralistes, l’enquête d’Actes If pointe des éléments précis sur l’économie de ces lieux. Ainsi apprend-on qu’ils ont, en 2005, employé 205 permanents, auxquels il convient d’ajouter quelque 937 intermittents : ce sont généralement
« des équipes peu nombreuses [et fort polyvalentes] qui assurent le fonctionnement permanent des lieux, avec des effectifs en moyenne très inférieurs à ceux des lieux institutionnels », type Scènes nationales ou Centres dramatiques nationaux. Faut-il s’en réjouir ? Valérie Marange, co-directrice de L’Anis Gras, se demande jusqu’à quel point ce
« taux de productivité extraordinaire, avec un prix de journée très bas », ne contraint pas à multiplier les projets, au détriment peut-être d’un travail de recherche moins immédiatement public. Question d’autant plus pertinente que 42% des salariés, dans ces lieux, le sont sur des emplois aidés (dont les « emplois jeunes », qui arrivent à expiration), et que le financement de l’activité de ces lieux repose essentiellement sur des aides au projet, davantage que sur le fonctionnement lui-même. Le « jonglage budgétaire » est permanent.
Cette enquête a été réalisée en 2005, alors que la Région Île de France commençait à mettre en œuvre des conventions de permanence artistique et culturelle. Pour Bernard Legendre, chargé de mission auprès de Francis Parny, vice-président (communiste) de la Région,
« ces lieux répondent à une utilité sociale évidente et mettent en œuvre une relation aux territoires particulière ». Toutes interventions confondues, la Région Ile-de-France soutient les lieux du réseau Actes If à hauteur de 1,1 million d’euros.
Beaucoup moins déterminée dans son intervention, Anne Perrot, directrice du cabinet de Christophe Girard à la Ville de Paris, s’est contentée d’évoquer à plusieurs reprises « les petits lieux », en les invitant « à travailler en dialogue avec le 104 (le futur 104 rue d’Aubervilliers-NDLR) et de s’en emparer », sans toutefois préciser le mode opératoire de ce « dialogue ». Enfin, pour la Direction régionale des affaires culturelles, Muriel Genthon, après avoir utilement rappelé le
« volontarisme » de Michel Duffour en faveur des « lieux intermédiaires », a précisé sans détour :
« Ne nous racontons pas d’histoires : les financements de l’Etat n’évolueront pas. » Et d’en appeler
« aux autres collectivités publiques pour qu’elles accompagnent vos lieux ».
Question subsidiaire et loin d’être accessoire : jusqu’à quand les collectivités territoriales accepteront-elles d’êtres les vaches à lait du désengagement de l’Etat ? Le 16 octobre dernier, l’association des Maires des Grandes Villes de France organisait à Paris une table ronde sur
« les métropoles françaises au tournant des politiques culturelles ». La ministre de la Culture, Christine Albanel, devait clôturer cette journée. Elle s’est finalement désistée, et on mesurera à sa juste valeur l’élégance du geste gouvernemental quand on sait que les collectivités territoriales financent aujourd’hui à plus de 70% l’activité artistique et culturelle ! Cela lui aura permis, il est vrai, d’éviter d’entendre des choses désagréables. Dans le « Manifeste pour la culture » que l’association des Maires des Grandes Villes de France (qui regroupe des élus de toutes sensibilités politiques) a rendu public à cette occasion, on peut notamment lire :
« Le désengagement financier de l’Etat est patent alors qu’il demeure central dans le processus de décision. De fortes inégalités territoriales demeurent, qui s’accompagnent d’une permanente centralisation. » Plus étonnant encore : les maires des grandes villes, conscients de toutes les retombées (économiques, mais pas seulement) que peut générer une intense activité artistique et culturelle, demandent désormais que l’Etat consacre 1% de son Produit Intérieur Brut (et non de son budget) aux politiques culturelles ! Cette revendication déjà ancienne, notamment portée par le Parti communiste, puis par le Syndeac, conduirait pratiquement à tripler l’actuel budget du ministère de la Culture. Qu’elle soit aujourd’hui reprise par des élus locaux – dont certains de l’UMP – est assez significatif(1). Quand Mouvement, à l’époque où Lionel Jospin « premierministrait », pétitionnait pour le simple doublement du budget de la culture, nous passions pour de doux rêveurs…
Date de publication : 24/10/2007
Inséré le : 24/10/2007 16:08