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Some came running
Underworld publie son cinquième album studio
Chapeau : L’électro libre d’Underworld est de retour à ce format album qui lui sied si bien. Après 5 années d’un silence radio qui masquait une hyperactivité souterraine – passées à multiplier librement les projets en marge des logiques industrielles –, le duo formé par Karl Hyde et Rick Smith démontre, avec
Oblivion with bells, que sa capacité à mixer les genres est toujours aussi pertinente.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Rubrique : Espace critique
UNDERWORLD groupe de musique
David SANSON rédacteur
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Texte : Biographie /Rick Smith et Karl Hyde commencent la musique au début des années 1980 en créant le groupe techno-pop Freur. En 1987, ils forment une première mouture d’Underworld, qui ne devient vraiment intéressante que trois ans plus tard, lorsqu’ils rencontrent le jeune DJ Darren Emerson : le trio accouche alors d’un son qui parvient comme rarement à synthétiser l’énergie de la house et de la techno avec des influences directement héritées de la pop spleenétique de la décennie précédente, mais aussi du dub, du blues ou de Kraftwerk, ce dont témoigne magnifiquement son premier album, Dubnobasswithmyheadman
(1994). Le tube Born slippy
, popularisé par le film Trainspotting
, en fera l’un des groupes les plus vendeurs de la scène techno, suivi par les albums Second Toughest In The Infants
(1996) et Beaucoup Fish
(1999). Après le départ de Darren Emerson, Hyde et Smith signent l’album A Hundred Days Off
en 2002 – avant d’entamer un break discographique que vient seulement de rompre Oblivion With bells.
Comme un torrentDes milliers de photos prises par tous les moyens (téléphones cellulaires, appareils numériques high-tech). Deux centaines de morceaux de musique, dont certains ont atterri sur quatre mini-albums vendus en téléchargement, ou cinq maxis destinés aux clubs. Des émissions de radio en direct sur les ondes de la BBC. Maints concerts toujours aussi phénoménaux, de l’Amérique du Sud à la Russie, et parfois fleuves, comme ce show de quatre heures dans le club du DJ Sven Väth (vétéran de la techno teutonne) à Francfort, sponsorisé, ou plutôt commandité par Quicktime, le logiciel d’Apple. Des sessions d’improvisations audio-visuelles en live sur le Net avec leur amis de Tomato – le studio de design et de création graphique avec lequel ils travaillent –, et des projets d’installations multimédia à Tokyo. Deux recueils de textes –
The Belly of Saint-Paul, puis
The Book of Jam – qui sont aussi de superbes réussites (typo)graphiques. Deux bandes originales de films –
Par effraction, d’Antony Minghella, composée avec Gabriel Yared, et Sunshine, le dernier film de Danny Boyle, celui dont le film
Trainspotting révéla la musique du groupe au grand public…
Celui qui, cette cinq dernières années, se serait contenté de lire les journaux et d’aller à la Fnac aurait pu croire qu’Underworld avait définitivement quitté la surface de la Terre, après quinze années d’une carrière les ayant vu marier, avec une rare constance, exigence artistique et succès commercial. On aurait pu s’imaginer que le groupe avait décidé de mettre en pratique le souhait exprimé à travers le titre de
A Hundred Days Off pour s’accorder enfin une vraie pause, bien méritée il est vrai. Paru en 2002, cet album en demi-teintes était le premier que Karl Hyde et Rick Smith signaient en duo depuis longtemps, et l’on pouvait se demander si le départ de Darren Emerson, le jeune DJ et troisième membre d’Underworld grâce auquel avait pu naître ce son si caractéristique, n’allait pas avoir raison de leur inspiration (de même qu’on avait pu le craindre pour Depeche Mode, par exemple, lorsque Alan Wilder avait quitté le groupe). Mais ce disque, en réalité, marquait autant la fin d’un chapitre qu’il semblait contenir de nouveaux horizons. Sans plus se préoccuper de réussite commerciale, Underworld a ainsi préféré, durant les cinq années qui viennent de s’écouler, privilégier l’exigence artistique – et notamment la plus haute d’entre toutes : la liberté.
« En 2003, explique Karl Hyde,
Rick et moi en avions marre de la manière traditionnelle de publier des disques. Nous avions acquis une situation très confortable – et le confort est un endroit terrible pour la créativité. Nos disques se vendaient bien, les tournées qui les suivaient se passaient bien, et cela aurait pu continuer pendant quelques années, jusqu’à ce que nous nous transformions peu à peu en caricatures de nous-mêmes… Et c’est une perspective effrayante ! Bien plus effrayante, en fait, que d’apprendre, par exemple, que vous êtes ruiné. Voyez la façon dont des génies comme Picasso ou Miles Davis n’ont cessé de se réinventer, de vivre comme une philosophie, une nécessité, le fait de changer, de s’aventurer dans des endroits où les choses ne sont pas faciles, mais incertaines : quand on est artiste, on a besoin d’aller vers des endroits où l’on n’est plus sûr de sentir le sol sous ses pieds, où l’on a peur, où l’on est obligé de chercher quelque chose de frais, de neuf. Lorsque notre contrat avec le label V2 est arrivé à échéance, Rick et moi avons décidé de tout financer nous-mêmes désormais, de travailler de manière complètement indépendante pendant quelques années, et d’expérimenter avec toutes sortes de matériaux… » Une expérience de la liberté à laquelle, bien entendu, les mutations technologiques, et en particulier Internet, confèrent une instantanéité et un impact particulièrement grisants. A l’image de Radiohead – qui vient aujourd’hui de publier son nouvel album,
In Rainbows, uniquement en téléchargement et sans l’appui d’aucune maison de disque –, le duo crée en 2004 un site Internet,
www.underwordlive.com, entièrement dévolu à la publication de ses multiples projets, permettant de suivre en temps réel une inspiration proprement torrentielle – dont atteste le titre choisi pour cette entreprise de publications tous azimuts,
Riverrun Project :
« Rick et moi avons commencé à utiliser nos laptops pour des sortes de parties de ping-pong qui ont fini par former les Riverrun Series
– quatre CD présentant une sélection des quelque 200 morceaux de musiques que nous avons alors écrits(1). Notre désir était de publier des choses plus “brutes”, moins apprêtées, et de les publier immédiatement après les avoir composées : avoir une idée sans forcément vouloir commencer à faire des plannings, etc., et l’exprimer, la libérer sur-le-champ… Il s’agissait de sortir des formats imposés par l’industrie du disque : pouvoir publier à notre guise des albums de 20 minutes, proposer en téléchargement autant d’images que nous voulions, au format que nous voulions, sans perdre des heures à ergoter sur le nombre de pages que doit comporter le livret, le nombre de couleurs, etc. Peu à peu, nous avons recommencé à nous percevoir comme des artistes – et non plus comme les produits d’un système en vertu duquel un disque doit avoir un certain nombre de plages, un certain type d’emballage… Tout cela est tellement éloigné de l’art, et de ce que nous désirions faire ! » La tétralogie de CD qui constituent pour l’instant les
Riverrun Series, versant discographique du
Riverrun project, vendus en téléchargement agrémentés de centaines de « visuels » (pour la plupart des photos prises par Hyde à l’aide de son téléphone portable), laisse entendre ce plaisir et ce temps retrouvés. Ces albums de 30 minutes dont tous les morceaux sont enchaînés, comme des bribes, des idées de chansons spontanément jetées sur le disque dur et ensuite savamment assemblées et mixées, sont de rafraîchissants précipités de toutes les influences que le groupe a toujours su mélanger dans sa musique (new wave, dub,
ambient, krautrock, pop, blues, électro(nica), hip hop…). Mais ils attestent aussi de sa capacité à construire et conduire un discours, et ainsi à composer et produire de vrais albums de musique électronique, semblant la parfaite conjugaison idéale des trois sens : rythme, mélodie, architecture – pour ne rien dire de la qualité des textes…
Outre la fin de leur contrat avec V2, l’autre déclencheur de cette nouvelle manière d’envisager leur création a été, pour Karl Hyde et Rick Smith, la rencontre et la disparition prématurée de celui qui, avant de devenir leur ami, restera comme l’un des symboles de l’intégrité rock et de l’esprit
« do it yourself » : le célèbre DJ et animateur de radio britannique John Peel, qui fit tant pour le rock indépendant des années 1980 et 1990.
« John Peel avait été notre professeur, raconte Karl Hyde,
celui qui, lorsque nous étions gosses, avec son émission à la BBC, nous a fait découvrir toutes les choses que nous aimons – en particulier tout la scène krautrock allemande, Kraftwerk, Neu! ou Can. Nous l’avions déjà rencontré en 1983, lorsque nous lui avions envoyé nos cassettes de Freur, nous nous étions liés d’amitié à l’époque et puis nous avons perdu contact jusqu’aux années 1990, lorsque nous nous sommes remis à la musique et qu’il nous a invités à faire une de ses Peel Sessions – pour nous, ça a été le sommet de la carrière d’Underworld. Plus tard, nous sommes vraiment devenus amis, nous avons beaucoup parlé de musique ensemble – de l’importance de la nouvelle musique, mais aussi des racines, de la nécessité de ne se couper ni de l’une, ni des autres –, et en 2004, John Peel nous a fait l’immense honneur de nous demander de nous occuper de son émission pendant qu’il était en vacances… et il n’est jamais revenu. Il est mort [souffrant de diabète, John Peel est mort d’une crise cardiaque en octobre 2004, à 65 ans, alors qu’il séjournait au Pérou, Ndlr.]
Cela a été, et cela reste encore, un événement très traumatisant pour nous... Et c’est ce qui nous a donné l’envie de faire ces émissions de web-radio en direct : dans nos studios, pour la BCC, nous improvisions en direct, mais nous passions aussi des morceaux d’autres artistes, nous pouvions nous séparer de certaines de nos archives (des choses que personne n’aurait jamais entendues autrement), nous organisions des chats, etc. Nous nous sommes rendu compte que l’héritage de John, c’était aussi ça : nous permettre de rester en contact avec tous ces labels indépendants, mais aussi nous donner la chance de jouer en direct n’importe quand, dès que nous le voulions. Les concerts traditionnels avaient été jusqu’à présent la seule façon de jouer en live, et ces émissions de radio nous en offraient une nouvelle… Nous avons commencé à ouvrir les portes aux possibilités de collaborer avec d’autres artistes, à cette mosaïque musicale incroyablement riche qui provient des labels indépendants… Nous avons redécouvert la liberté. »
Date de publication : 07/11/2007
Mots-clés : musique électronique
Inséré le : 08/11/2007 12:06
le site d'Underworld -
http://www.underworldlive.com