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Sont-ils des artistes ou est-ce une œuvre ?

Frans Poelstra, son dramaturge et Bach à la Ménagerie de Verre

Chapeau : C’est dans le cadre du festival les Inaccoutumés, diffusion d’objets chorégraphiques contemporains à la Ménagerie de Verre, que Frans Poelstra et Robert Steijn ont présenté, du 15 au 17 novembre, une pièce qui défie les lois de la représentation en brouillant joyeusement les pistes : Frans Poelstra, son dramaturge et Bach touche, non sans ironie, à de brûlantes questions.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Jean-Sébastien BACH compositeur
Frans POELSTRA chorégraphe-interprète
Robert STEIJN dramaturge
Ninon PROUTEAU rédacteur

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Texte : Biographie
« Tout ce que raconte cette pièce est potentiellement vrai », avoue, un sourire aux lèvres, Frans Poelstra quand on lui demande si cette pièce lui a réellement demandé trois ans de travail, ainsi que son dramaturge, Robert Steijn, l’affirme sur scène. Cela lui a même probablement coûté plus de trois ans de travail, finit-il par concéder. Cela est bien compréhensible, puisque ce à quoi l’on assiste n’est pas seulement une « œuvre » chorégraphique, mais aussi le développement en direct d’un travail, celui de ces deux artistes quinquagénaires : alors forcément, que ce soit trois ans, trois heures ou trois minutes… on ne compte pas.
Selon les dires de Robert Steijn (le dramaturge), Frans Poelstra (l’interprète) aurait rencontré la danse avec Bach. Exerçant la profession de policier, marqué par les Variations Goldberg, il aurait suivi son intuition, et quitté son emploi à Amsterdam pour partir improviser, un été durant, dans la rue longeant le Palais des Papes d’Avignon. Là, comme chacun sait, peut commencer une carrière, et sa carrière a effectivement commencé là. C’est en substance ce que raconte Frans Poelstra, son dramaturge et Bach. Mais il faut le voir pour le croire : Frans Poelstra nu, improvisant sur les Variations Goldberg, pendant que son dramaturge, bonhomme barbu en salopette couleur chair, assis en tailleur sur un coussin couleur chair, à côté d’une chaîne hi-fi sur laquelle un portrait et un buste miniatures de Jean-Sébastien Bach sont entourés de fleurs jaunes et de bâtonnets d’encens, raconte avec son accent flamand l’incroyable destin de son partenaire. Avec une autodérision dont peu de danseurs savent fait preuve, le duo va énoncer, point par point, le protocole de création sans en fuir les contradictions, sans se dérober devant les habituels reproches faits à la danse contemporaine.

Présenté comme ça…
Mais à quoi assiste-t-on vraiment ? Sans en avoir l’air, les « gesticulations » de Frans Poelstra sont le fruit d’un travail quotidien rigoureux, qui est celui du danseur : yoga, méditation, entretien de l’harmonie du corps et de l’esprit, de la souplesse et de l’équilibre. Oui, il est nu, et alors ? Il se sent bien comme ça, il se sent lui-même, vrai, sans fard ni paillettes, juste sincère. Il se permet vraiment n’importe quoi, même d’empoigner furieusement sa guitare électrique sur du Bach. C’est un artiste, il fait ce qu’il veut. Il a l’air sensible, il sait faire parler les objets. Il a gardé une âme d’enfant que son dramaturge soigne. Ils sont comme ça, les artistes, il faut les materner, leur donner confiance, les écouter, les regarder, les pousser. « Attendez, Frans Poelstra a besoin d’une petite pause – ce qu’il fait lui demande une telle concentration… Cinq minutes d’entracte ! » : heureusement que Robert Steijn est là pour nous expliquer tout ça. Et nous sommes suspendus à ses lèvres.
Avec finesse l’engagement des deux performeurs est rendu palpable dans une représentation qui se montre comme telle : tuyauterie à découvert, processus à nu, fragilité mise en scène. Le travail de Frans Poelstra est potentiellement infini puisque tout est permis, mis sur le métier, et l’expérience est épuisée jusqu’au bout. Au final, près de deux heures de scène ne résolvent pas l’énigme : sont-ils des artistes ou est-ce une œuvre ? Nous montrent-ils le « résultat » de leurs recherches ou cherchent-ils sous nos yeux, en notre présence ? Seule certitude : nous prenons autant de plaisir qu’eux à tripoter les clichés, à jouer avec l’intouchable temps de la représentation, à rire de nos attentes de spectateurs en même temps qu’eux rient de leurs rôles d’artistes. Ce faisant, ils mettent à l’épreuve le mythe du danseur contemporain au corps indiscipliné, dont l’inspiration instantanée suffirait à elle seule à combler les désirs de spectateurs qui ne veulent plus voir que de l’hyper spontané, se moquant des conventions de l’art, mais cultivé quand même. Et nous, d’accepter d’être déplacés si facilement, et d’en rire de bon cœur.

Ninon Prouteau

Frans Poelstra son dramaturge et Bach, conception et réalisation de Frans Poelstra et Robert Steijn, était présenté du 15 au 17 novembre 2007 dans le cadre du festival des Inaccoutumés, qui se tient à la Ménagerie de Verre jusqu'au 8 décembre.

Date de publication : 21/11/2007


Mots-clés : danse, bach, dramaturgie, improvisation
Inséré le : 22/11/2007 11:59
le site de la Ménagerie de Verre - http://www.menagerie-de-verre.org/index_menagerie.php?rub=spectacles