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Le rêve des années 80 : de la fête au cauchemar

Entretien François Cusset

Chapeau : Des utopies de Mai 68 à une redéfinition de la notion de « précarité », des soixante-huitards au potentiel critique des jeunes d'aujourd'hui, en passant par la « bof génération » : dans son dernier essai, François Cusset se livre à une analyse fine des glissements politiques, sociaux et culturels des années 1980.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : politique

Apparence :

Rubrique : 45

François Cusset écrivain
Gwénola DAVID réalisateur
Bruno TACKELS rédacteur

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Texte : Biographie / François Cusset, 38 ans, normalien, ancien responsable du Bureau du livre français à New York, enseigne l’histoire intellectuelle à Sciences Po et Reid Hall, branche parisienne de l’université de Columbia. Il a publié Queer Critics (PUF, 2002), French Theory ( La Découverte, 2003) et La décennie, le grand cauchemar des années 80 (La Découverte, 2006).

Avec La décennie, le cauchemar des années 80, le philosophe François Cusset signe un essai percutant et décisif pour comprendre notre situation présente. En décryptant minutieusement, année après année, les événements qui trament et dessinent les années 1980, il parvient à nous expliquer, de manière rigoureuse et lumineuse, comment la fête a pu tourner si violemment au cauchemar, comment le rêve d’une nouvelle société s’est retourné en vision fataliste et cynique de défense consensuelle des lois du marché mondial. Dans cet entretien, François Cusset reprend ses analyses fondatrices, en particulier sur la place et le rôle des intellectuels, pour les prolonger jusqu’à nos jours. Un regard éclairant.
B. T.

Pourquoi le « cauchemar » des années 1980 ? Que s’est-il passé ?
« La décennie 80 marque une période de contre-révolution, non au sens marxiste puisqu’elle ne s’oppose pas à une révolution précédente, mais dans un sens historique plus lâche, c’est-à-dire une réaction pendulaire aux “excès” des gauchismes et des avant-gardes des années 1960-1970. Un basculement s’opère dans le champ intellectuel et culturel, qui passe du militantisme et de la contestation radicale à un consensus relatif sur la démocratie libérale, le marché et l’industrie culturelle. La singularité de ce retournement par rapport aux années 1820 – qui fondent le modèle théorique de la réaction – tient aux discours mis en avant : cette fois le glissement s’effectue non pas par haine du modernisme mais au nom de l’impératif de modernisation, avec tout l’argumentaire d’une mythologie du progrès technique, des lois “naturelles” de l’économie, des idées d’une gauche moderne, résolue à faire oublier ses “erreurs de jeunesse” anticapitalistes. Ce “cauchemar”, plus largement, prend les atours de la fête, d’un grand spectacle célébrant la modernité, qui masquent une vision fataliste et réactionnaire de l’ordre social, politique et culturel.

Date de publication : 04/01/2008


Mots-clés : précarité, utopie, glissements politiques, social, culturel
Inséré le : 04/01/2008 14:18