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Ecart poétique

Jean-François Matignon adapte Le Tour d’écrou de Henry James

Chapeau : Le Tour d’écrou de Henry James, adapté et mis en scène par Jean-François Matignon, s’inscrit dans un réseau de tension entre vie et mort, visible et invisible. La poésie aux quatre coins du plateau, scène matrice d’un espace sauvage peuplé par cinq comédiennes.
Date : Le Tour d’écrou, le 5 février au Théâtre du Cadran à Briançon.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Jean-François MATIGNON Metteur en scène
Nadine EPRON rédacteur

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Texte : Telle qu’elle est, la pièce fascine et laisse une rare impression d’étrangeté : le tourment intérieur, avec ses musiques déferlantes (les kindertotinlieder de Gustav Malher et God Speed You Black Emperor), ses sommeils de pauvre, ses abîmes d’ombre et cette fin que rien n’achève. Dans ce récit d’une femme surprise par un mystère qui lui échappe, prise d’une peur muette, d’une angoisse assourdissante, Jean-François Matignon déconstruit la narration, télescope les corps et les situations dans un puzzle où l’inconscient affleure. Ici, la folie grandit, insiste, règne. Et le spectateur d’être transporté dans une vieille demeure, sur une lande sauvage de bout du monde, où les saisons se succèdent d’un pas égal, seulement secouées par les soubresauts l’esprit – peut-être – malade de la gouvernante rongée par la conviction – vue imaginaire ou réalité ? – que les deux enfants dont elle s’occupe ont été abusés par la précédente gouvernante Miss Jessel et son amant Peter Quint, morts mystérieusement depuis mais qu’elle « voit ».

Dans cet univers, où les forces invisibles ont un rôle essentiel dans l’action dramatique, la gouvernante est jouée par trois comédiennes (Michèle Dorlhac, Sophie Mangin et Sophie Vaude) : une vie pour trois corps. Dans La peau dure de Raymond Guérin en 2004, Sophie Vaude jouait trois femmes, trois s½urs. Ici, la règle du jeu est inversée : éclatement, fragmentation.
En artisan inspiré, en magicien du plateau, Jean-François Matignon travaille la matière scénique, bois lourd et lumière muette, comme un cauchemar aux bras puissants qui enserre tout et dont il joue aussi bien de la densité que des évanescences. Dans cette recherche plastique (en collaboration avec la plasticienne Natalie Lamotte) poussée à l’extrême (et non à l’épate), le traitement du clair obscur, comme une manne, souligne le remuement de l’âme. Celle d’une créature de la lisière (qui a le plus souvent les traits d’une Sophie Vaude grand cru), si pâle du sommeil refusé, qui fait l’expérience de la nuit. Une nuit chargée de la prescience de ce qui est caché : quel secret inavouable hante le petit garçon (interprété par Isabelle Provendier) ? Que tait l’intendante Mrs Grose (Camille Carraz), là depuis toujours ? Tout est suggéré à demi-mot, tandis que la puissance du jeu théâtral impose la solitude de l’être et le tressaillement de la chair. Le travail de plateau finement ciselé désigne la face énigmatique, accentue le poids des ténèbres et de la confusion. Confusion qui dit l’expérience de la souffrance chargée d’une vérité livrée et révélée par le savoir d’apparitions diaboliques charriant des menaces de chaos.

Date de publication : 30/01/2008


Mots-clés : poésie, plateau, réseau de tension, vie, mort, visible, invisible
Inséré le : 24/01/2008 13:44
Thèmes : théâtre,