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le théâtre à l'estomac
Questo Buio Feroce, au théâtre du Rond-Point
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Sarah De Haro rédacteur
petit-pippo.jpg (crédits : © Simone Goggiano / )
rectangle-pippo.jpg (crédits : © Compagnie Pippo Delbono / )
Texte : Pippo Delbono toujours.Chacun de ses passages nous vaut de dormir au théâtre du Rond-Point, ou presque. Et cette fois-ci, il est question d'une obscurité féroce,
Questo Buio Feroce. L'obscurité féroce de la maladie, ou plus exactement du sida, l'obscurité féroce de la mort qui vous gagne, qui gagne le continent africain et ses 22, 5 millions de Séropositifs, qui rôde sur les milliards d'êtres humains victimes du sous-développement. Macrocosme, microcosme, la mort est la même et n'épargne personne.
Alors, ça s'ouvre comme un opéra insoutenable. Un corps décharné, celui du clochard Nelson Lariccia, étendu au milieu d'une chambre blanche - toutes les chambres d'hôpital ne sont-elles pas blanches - le visage recouvert d'un masque primitif. Déjà, les larmes. Solitude de la chambre de la résonance magnétique, solitude de la chambre des prélèvements. Des infirmiers rôdent en combinaison radioactive. Souvenons-nous des débuts du cancer gay. Les malades étaient mis à l'isolement, les infirmiers portaient des masques, personne ne savait comment la mystérieuse maladie se transmettait.
Ça se poursuit en un ballet de malades résumés à un numéro - celui de leur place dans la salle d'attente. Litanie hurlée de millions de cas qui espèrent être soignés un jour, peut-être, quand ce sera leur tour : 30 à 36 millions de personnes vivent aujourd'hui dans le monde avec le sida. Entre 1, 9 et 2, 4 millions de personnes en sont décédées en 2007 soit l'équivalent de la population parisienne.
Et puis, comme nous sommes au théâtre, comme nous sommes avec Pippo Delbono, comme l'Italie n'est jamais loin, surgit la métaphore de Venise qui s'enlise dans sa lagune. Le corps qui fond dans les infections opportunistes devient rêve d'Histoire perdu pour les générations futures, et le défilé de masques et robes à tournure commence : les visages poudrés de blanc, les têtes couronnées de perruques versaillaises, l'allure sublimée par les jupons et jabots, toute la troupe défile en un lent ballet lunaire au son immédiatement identifiable de la nostalgique bande originale d'
In the Mood for Love. La pièce s'éloigne de la violence vers une poésie qui touche son point d'orgue dans le jeu de cache-cache de Gianluca le Trisomique et Bobo l'ancien Fou, qui, ni idiots, ni risibles, mènent une soigneuse chorégraphie scénique en autant de clins d'oeil au public.
Absurdes, comiques; irrésistibles, les tableaux se succèdent entre larsens et hystérie. Petites annonces érotiques, publicités cyniques pour allume-cigare sous-marin, désespoir répétitif d'une Rital de l'Arkansas, la pièce explose dans des saynètes qui soulignent autant la violence du monde contemporain que la faiblesse humaine. Ici, chaque acteur prend sa dimension propre, identifiable pour les habitués du maître italien, mais toujours surprenants, décalés, et au-delà des limites.
Date de publication : 30/01/2008
Mots-clés : obscurité, maladie, métaphore
Inséré le : 29/01/2008 14:49
Thèmes : théâtre,