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L’amour est-il un phénomène paranormal ?
De Kleist à Gildas Milin, deux pièces sondent le mystère amoureux
Chapeau : Dans
Machine sans cible, sa dernière création, présentée jusqu’au 13 février au Théâtre de la Colline, Gildas Milin se demande si le mystère amoureux ne ressortit pas du spiritisme. Un peu comme jadis, lorsque les amoureux étaient accusés de boire des philtres – c’est l’argument de
La Petite Catherine de Heilbronn de Kleist, mis en scène à l’Odéon par André Engel.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Gildas MILIN auteur-metteur en scène
Mari-Mai CORBEL rédacteur
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Texte : Machine sans cible, depuis la présentation au festival d’Avignon 2007 (1) a évolué. Il est vrai que les oreilles de Gildas Milin ont dû là-bas siffler. Les plaignants bien que peu nombreux rejetaient en bloc sa création. Ils reprochaient sa durée, son sujet roboratif (l’amour et l’intelligence !) et sa mise en scène grossière. Le jeu entre idiotie et amateurisme irritait beaucoup. La blancheur scénographique était d’un snobisme de désigner, vainement esthétisante. Pourquoi d’ailleurs ces gradins en escaliers, blancs aussi, sinon pour faire genre ? Enfin, la situation de théâtre qui ne démarre pas vraiment, cela avait été déjà vu ! Pendant une petite heure, les comédiens cherchaient une rallonge, traversaient les travées pour atteindre un portable sonneur, ouvraient des cannettes de bière customisées blanches avec un logo en forme de papillon assorti à d’autres papillons, ceux de feuillets transparents plaqués sur des éléments lumineux, tout cela en semblant se donner leurs prénoms bien que Gildas se fasse appelé Rodolphe. Les pistes étaient brouillées...
In fine la ficelle de l’attente d’une certaine Rose, qui devait être l’arrière-petite-fille de monsieur Godot, était grosse. La trame fictionnelle laissait à désirer... Certes, des indices étaient égrenés - une soirée chez un auteur qui enregistre les improvisations de ses amis sur le thème « l’amour et l’intelligence », en vue d’écrire une pièce de théâtre. Cela ne faisait qu’aggraver les choses. N’en a-t-on pas assez vu, depuis Pirandello, des pièces qui se font en racontant qu’elles s’improvisent ? On était devant l’une de ces représentations de la crise de la représentation qui, en cette forme autofictionnelle, comptait au moins deux antécédents récents avec
Paradis (2004) de Pascal Rambert et
Purgatoire (2006) de Joris Lacoste (2).
Pourtant, Gildas Milin semblait jouer le jeu du théâtre dans des intermèdes plein d’étrangeté, où les figures portées par les acteurs entraient dans une dimension subconsciente, révélant sous le masque de leur présence ordinaire, une intériorité très différente en intensité et en sens, de l’ordre de la hantise voire de la possession. Cela n’était pas inintéressant du point de vue de la réflexion sur l’identité de l’acteur. Cela ajoutait malgré tout au dossier à charge une théâtralité grotesque qu’accusait définitivement l’apparition dans la dernière partie, d’un prétendu robot producteur de trajectoires chaotiques. Cette parodie d’expérience scientifique téléguidée depuis la régie, sur l’influence paranormale des désirs, sentait même le réchauffé. Gildas Milin s’est déjà intéressé dans d’autres pièces aux neurosciences et à toutes hypothèses sauf psychanalytiques sur les sentiments humains (3).
Tout cela, pour des regards moins irritables, était au contraire
passionnément vécu instant après instant. Les acteurs étaient les passeurs d’une émotivité extrême. Marc Arnaud, Morgane Buissière, Julia Cima, Rodolphe Congé, Eric Didry, Déborah Marique suivaient de toute évidence Gildas Milin dans la tentative difficile de jouer l’intime manière d’être soi, en pleine lumière d’une représentation théâtrale. Cette émotivité était même l’objet de désir de sa création, dont le jeu de mots du titre,
Machine sans cible(4) suggère que la sensibilité est involontaire et désintéressée, qu’elle provient d’une négativité, d’un manque, d’un désir : «
... le pari, dit-il, est de faire aussi une pièce très “émotionnelle”, je ne dirais pas “pathétique” mais on pourrait dire “pathique”, même si le mot n’existe pas, c’est-à-dire qu’il est question d’éprouvé comme force agissante.» (5) Le mot a déjà été prononcé, dans le cadre de l’association dont le nom tient dans le même jeu de mot, l’association Sans Cible dont Gildas Milin est partie prenante (6). Dans l’une de ses réunions, Marie José Mondzain l’emploie en disant que «
dans tout rassemblement pathique, c’est de la fondation de la communauté dans son désir même qu’il s’agit » (7). Cela venait dans une discussion sur la catharsis qui clarifierait les affects, tous dérivé du pathos d’une origine qui nous est dérobée, non pour les résorber et anéantir l’obscur dans un éblouissement général de la cité, mais pour leur faire une place dans la représentation et les élever au rang d’un monde à connaître et d’un mode de la connaissance.
Date de publication : 30/01/2008
Mots-clés : mystère amoureux, spiritisme,
Inséré le : 29/01/2008 15:59
le site du Théâtre National de la Colline -
http://www.colline.fr
le site du théâtre de l’Odéon -
http://www.theatre-odeon.fr
Thèmes : théâtre,