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Alain Resnais. Portrait musical

Chapeau : Au moment où l'œuvre d’Alain Resnais fait l’objet, jusqu’au 3 mars, d’une rétrospective au Centre Pompidou, la collection « Ecoutez le cinéma ! » d’Universal consacre au cinéaste un « portrait musical » : outre sa haute tenue musicale, cette compilation offre reflète l’univers protéiforme d’un créateur singulier – et singulièrement mélomane.
Date : musique de films

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : musique

Apparence :

Rubrique : CD de la semaine

Alain Resnais cinéaste
David SANSON rédacteur

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Texte : La musique est un art du temps, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle entretient un rapport si passionnément étroit avec le cinéma d’Alain Resnais, qui est, on l’a souvent dit, un cinéma de la mémoire(1). La compilation que Stéphane Lerouge publie aujourd’hui dans sa remarquable collection « Ecoutez le cinéma ! » (où paraît simultanément un autre volume tout aussi recommandable, consacré au « monde expérimental de Michel Magne ») est l’occasion de mesurer combien Alain Resnais reste « le cinéaste le plus musicien de sa génération », ainsi que l’écrit Lerouge dans l’introduction d’un livret où l’on trouve par ailleurs les propos recueillis de plusieurs auteurs de ses B.O. : Stephen Sondheim (Stavisky), M. Philippe-Gérard (La Vie est un roman) et Bruno Fontaine (On connaît la chanson).

La liste des musiciens avec lesquels Alain Resnais a travaillé est éloquente, qui comprend quelques-uns des compositeurs les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle : Hanns Eisler (pour Nuit et brouillard – absent de cette compilation qui ne se consacre qu’aux longs-métrages), Krzysztof Penderecki (Je t’aime je t’aime) et surtout Hans Werner Henze (Muriel et L’Amour à mort) lui ont ainsi livré quelques partitions de premier ordre. Celles-ci attestent de la curiosité du cinéaste pour les expérimentations formelles de ses contemporains, qu’il s’agisse de cinéma, de littérature ou de musique ; surtout, elles symbolisent bien la conception très particulière – sans doute en raison à la fois de sa mélomanie et de sa très haute exigence artistique – du rôle de la musique dans son cinéma. Ainsi qu’il l’expliquait à François Thomas (cité par Stéphane Lerouge dans son texte) : « Au cinéma, il me semble que la musique doit compléter ce que les mots n’ont pas obtenu. Je crois que j’utilise rarement la musique pour renforcer l’émotion d’une scène. Non, la musique remplace l’émotion d’une scène. A un moment donné, l’image sera presque neutre et c’est la musique qui donnera l’émotion. On peut remplacer dix minutes de dialogue par trois musiques et d’images muettes. La musique va aussi me permettre de faire mieux sentir la construction du film, de faire comprendre que telle scène est au futur et telle autre au présent, qu’une scène est réelle ou bien imaginaire. » Art du temps, donc, la musique occupe chez Alain Resnais un rôle central et structurant, rouage décisif dans la mécanique formelle joyeusement mise en œuvre par le cinéaste. On se rappelle en particulier les « images muettes » de nuit de neige qui entrecoupent les scènes de L’Amour à mort, lors desquelles la musique de Henze s’empare de la narration, ou encore des inserts musicaux et de la voix de la grande Rita Streich accompagnant, dans Muriel, un montage saccadé de vues de Boulogne-sur-Mer.
Au générique de ce portrait musical figurent aussi le Hongrois Miklosz Rosza (Providence), fameux auteur de la musique du Ben-Hur de William Wyler, Georges Delerue (pour deux collaborations ponctuelles sur Hiroshima mon amour et Muriel), Francis Seyrig (le frère de la comédienne et muse d’Alain Resnais signe la musique de L’Année dernière à Marienbad) ou encore, donc, Stephen Sondheim, légende du musical : des figures qui viennent rappeler qu’en matière de musique aussi, l’immense culture d’Alain Resnais englobe aussi bien les formes savantes que les arts « populaires ». De même qu’il se passionne pour la bande dessinée par exemple, Alain Resnais est loin de se limiter, dans ses goûts musicaux, aux descendants de l’Ecole de Vienne – il voue une égale curiosité aux chansons des années 1930 ou aux comédies musicales. Les contributions musicales regroupées sur ce disque sont ainsi très hétéroclites, à l’image d’un cinéaste décidément insaisissable. Elles sont surtout de très haute tenue musicale : que d’invention, par exemple, dans les cinq minutes de cette « suite » d’Hiroshima mon amour, composée par Giovanni Fusco, qui ouvre le disque ! Aux réminiscences stravinskiennes à l’œuvre chez M. Philippe-Gérard ou ravéliennes chez Miklos Rosza succèdent un grand nombre de valses – une constante dans les films de Resnais, même si ces valses, chez lui – comme chez le Maurice Ravel de La Valse, précisément –, sont souvent empreintes d’une dimension ténébreuse, voire délétère – tantôt « vénéneuses » (La Vie est un roman), tantôt « médusées » (On connaît la chanson)…

En fin de compte, mieux qu’une simple compilation de musiques de films, cet album qui dessine un véritable parcours, sinueux mais cohérent, au cœur d’une œuvre inépuisable, n’a pas usurpé son titre de « portrait musical ». Il donne envie de revoir autrement le cinéma d’Alain Resnais (on ne voit pas un film de la même manière lorsqu’on s’est habitué à en écouter la musique) – et donc de ne pas rater à la rétrospective exhaustive que lui consacre actuellement le Centre Pompidou. Si l’on avait un seul film à recommander (à ceux qui ont déjà vu Hiroshima mon amour, naturellement), ce serait Providence, méditation nabokovienne sur la création et le passage du temps trop rarement diffusée.

1. Sur les rapports d’Alain Resnais à la musique, on renverra au passionnant entretien que le réalisateur accordait à Thierry Jousse dans Musiques au cinéma, numéro hors-série des Cahiers du Cinéma paru en 1995.

Date de publication : 14/02/2008


Mots-clés : musique films,création,cinéaste,parcours,structurant
Inséré le : 14/02/2008 12:13
le site d’Universal Music France - http://www.universalmusic.fr/servlet/FrontCreatorServlet?action=news&artiste_id=94571
le site du Centre Pompidou - http://www.centrepompidou.fr

Thèmes : cinéma, musique,