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Regard d’aigle
Bird’s Eye View de Renaud Auguste-Dormeuil à la galerie In Situ
Chapeau : Renaud Auguste-Dormeuil expose à la galerie In Situ sa vision du monde actuel, dont il représente les pouvoirs et les conflits en taxidermie et en symboles. L’artiste prélève de son environnement des détails visibles, pour révéler des réalités invisibles mais signifiantes.
Date : Renaud Auguste-Dormeuil,
Bird’s Eye View, jusqu’au 15 mars à la galerie IN SITU/ FABIENNE LECLERC
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Renaud AUGUSTE-DORMEUIL artiste
Alain Berland rédacteur
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Texte : Prémonitoire proposition : en 2000 à Paris, pour quitter le vingtième siècle et inaugurer le suivant, Renaud Auguste-Dormeuil convie qui le souhaite à une petite promenade en véhicule. Lorsque le chauffeur ralentit, le guide n’indique pas aux passagers les curiosités touristiques ou coquines de la capitale, mais pointe du doigt, dans le paysage urbain, d’étranges objets situés en hauteur des lampadaires ou des bâtiments publics. Ce sont des caméras de surveillance, fixées dans les lieux que la préfecture de police considère comme stratégiques, et qu’une multitude d’agents régulent depuis leur QG. La proposition,
Mabuse Paris Visit Tour 11, se réfère au célèbre génie du crime popularisé par les trois adaptations qu’en fit Fritz Lang. Elle invite à repérer du regard la caméra, puis à prendre conscience que nous sommes l’objet d’une surveillance constante. L’œuvre s’inscrit délibérément dans le champ de l’art critique en s’intéressant aux structures de la société, à ses conflits, aux processus de domination. Mais surtout, elle donne à observer une réalité visible qui invite à découvrir des réalités invisibles, proposant ainsi une mise en situation du symbolique. En 2008, ces réalités font l’objet d’une exposition à la galerie In Situ, organisant un système de représentations figurées en utilisant des contrastes frappants de formes, de matières et d’époques.
Ainsi la partie gauche de l’espace de la galerie ressemble à une anachronique fresque médiévale. Trois faux aigles taxidermés, remarquablement imités, s’offrent à la vue. Aucun n’est en majesté : ils pendent par les pattes, chacun attaché à une corde, alignés la tête en bas, lamentablement, les ailes écartées, comme après que le fermier, leur ayant tranché la gorge, les eut abandonné pour permettre au sang de s’écouler. Difficile de saisir le sens de l’allégorie avant de remarquer que l’un des aigles possède deux têtes. On comprend alors que le premier représente la Russie, le second, brun, les Etats-Unis d’Amérique et le troisième, noir, l’Allemagne. Cependant Renaud Auguste-Dormeuil joue avec la polysémie et l’aigle, dans ce contexte, peut tout aussi bien être le symbole de l’évangéliste Jean à qui l’église attribue le texte de l’Apocalypse. Aux rapaces s’ajoutent un lion et une licorne, énormes, écrasés au mur. Ils ne restent de leur gloire que leur peau crucifiée. Ici encore, les représentations symboliques sont maltraitées, comme si les dominés après avoir pris conscience de leur aliénation, avaient enfin confiance en leur capacité à bousculer l’ordre établi par les grandes puissances. Sur le mur adjacent, des logos de compagnies aériennes nationales s’étalent en 49 pochoirs, au même format, en noir et blanc, doublés de leur symétrique réalisé à l’aide de la fumée de flammes de bougies. Ils maintiennent une tension énigmatique, tout en s’opposant par leur contemporanéité anonyme et minimaliste à celle de la mise en scène animalière.
Date de publication : 26/02/2008
Mots-clés : taxidermie, visible, invisible
Inséré le : 26/02/2008 18:32
http://www.insituparis.fr
Thèmes : arts visuels,