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Décalages identitaires
Traversée des frontières
Chapeau : Refusant tout «exotisme», Pascale Marthine Tayou et Anri Sala rendent compte d'une société globalisante où l'être humain devient un homme de la traversée des frontières, réelles ou fictives.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 12
Pascale Marthine Tayou plasticien
Anri SALA plasticien
Dominique Vernis rédacteur
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Texte : «Capteur d'audience» dans l'utilisation de la parole ou du dessin comme de l'écriture, du film ou du montage, Pascale Marthine Tayou dit qu'il n'est pas «artiste africain mais artiste, qu'il ne fait pas de l'art mais des trucs, qu'il aime se laisser guider par les odeurs et les matières en décomposition, utilisant les poubelles de la société comme les poubelles de la pensée».
Né en 1967 au Cameroun, et vivant maintenant à Bruxelles (après Yaoundé, Douala et Paris) cet artiste dérange en traquant le quotidien dans ce qu'il a de plus intolérable et pourtant admis.
«La Vieille Neuve», réalisée dans le cadre de l'exposition «Partage d'exotisme» (2000), retrace le parcours d'une vieille Toyota en en confiant le récit à son dernier possesseur. Manufacturée au Japon, importée en Europe et revendue sur un marché africain où elle était utilisée comme taxi-brousse, la carcasse finit aujourd'hui ses jours sur le parking du Musée des Beaux-Arts de Lyon. La Vieille Neuve évoque les histoires singulières de ceux qu'elle a véhiculés, de ceux qui l'ont chouchoutée, réparée, habitée... Si l'acquisition d'une voiture neuve est un symbole de richesse, acheter une voiture de deuxième main au Cameroun c'est faire tomber le mythe du « retour au pays », c'est pointer l'idée selon laquelle une personne émigrante revient forcément les poches pleines. Pour démonter le mécanisme jusqu'au paroxysme de la parole contée, de la fiction vécue, l'artiste aurait aimé que ce qui reste de cette voiture retourne d'où elle vient : à Toyota City!
Pour se confronter à la réalité, Pascale Marthine Tayou traque ses fictions, les analyse avec humour dans un monde «échangiste ou il existe des gens qui ne savent même pas qu'ils font partie de la Mondialisation». À l'occasion de la table ronde organisée autour de l'exposition Paris pour Escale il a choisi d'inviter son père à parler dans sa langue, le bayangam, de la façon dont il passe sa journée. Lors de l'exposition Voilà, le Monde dans la tête, il avait déjà fait parler son père, «une façon de faire marcher mon père dans mes pas et non pas l'inverse.»
En 1995, Pascale Marthine Tayou a donné le titre «Taudisme» à un travail générique dont il parle de la façon suivante «je remarquais qu'une ignominie croissante et mondiale m'avait obligé à assister à la naissance du «Taudisme». « Le «Taudisme» est une lecture sociale, ce n'est pas une doctrine mais l'idée que l'essentiel est la rencontre de l'autre dans son dépotoir, dans son gîte le plus abject». Cette parole crue a amené l'artiste à réaliser ses oeuvres plus «territoriales», empruntant la forme d'un labyrinthe que le public était invité à parcourir. Une façon d'apprécier la complexité de notre société globalisante où l'être humain devient un homme de la traversée des frontières réelles ou fictives.
Pour la prochaine Biennale de Berlin en avril, il a choisi dans la même «logique labyrinthique» de montrer une pièce intitulée EXTERNET.com@loooBHY, réalisée dans le cadre de l'exposition South meets North. En rassemblant des appareils usagés, à moitié remontés en provenance de marchés du Ghana, il a construit des sortes de villes reliées par des câbles électriques. Ces constructions organiques opèrent un étrange décalage entre l'image (EXT) et le son (IN), véritable cacophonie qui semble indiquer une incompatibilité à communiquer entre le Nord et le Sud. À Berne, il a opéré ce même décalage image / son / réalité en filmant des gardiens et des techniciens qui travaillent au Musée National d'Accra au Ghana; les portraits y étaient respectivement associés à l'enregistrement des sons de la ville suisse et de la musique scandinave!
Date de publication : 01/04/2002
Mots-clés : frontière, voyage, territoire, vidéo, recyclage
Inséré le : 23/03/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques,