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French touch

Fresh Théorie III

Chapeau : Fresh Théorie entretient un rapport sans complexes à l’art et à la tradition critique. Au moment où paraît un troisième opus consacré aux « Manifestations », dialogue avec Mark Alizart et Christophe Kihm.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : divers

Apparence :

Rubrique : 46

Mark ALIZART directeur de publication
Christophe KIHM directeur de publication
Olivier SéCARDIN rédacteur

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Texte : Biographies /
Mark Alizart est né en 1975 à Londres. Directeur de l’action culturelle du Palais de Tokyo, il a publié Stuart Hall (Amsterdam, 2007), et coordonne également le catalogue de l’exposition Traces du sacré (commissariat : Jean de Loisy et Angela Lampe), qui doit ouvrir ses portes en mai 2008 au Centre Pompidou.
Christophe Kihm est membre de la rédaction d’Artpress et codirecteur de la revue Fresh Théorie. Il est critique, enseignant, commissaire d’exposition et poursuit ses recherches sur les pratiques artistiques amateurs.


Les Daft Punk affirment faire partie de la première génération qui ne se sente pas tenue de choisir entre le disco et le punk, c’est-à-dire entre le retour aux grands récits et le retour à leur déconstruction. C’est ce qu’on appelle généralement la French Touch – un son ou une attitude hautement rentables à l’export. Et reconnus, d’abord, à l’étranger. Comme la French theory. Surtout que ni l’une ni l’autre n’adoucissent vraiment les m½urs. Loin s’en faut. Car elles ne sont jamais seules en question : quelle que soit la musique que nous écoutons, nous percevons toujours « infiniment plus » que des sons. Disposée donc à servir les causes communautaires, à illustrer à moindre frais les revendications identitaires, instrumentalisée à toutes fins, la French theory a certainement profité d’une promotion spectaculaire outre-Atlantique (à l’exportation, la simulation baudrillardienne, l’assujettissement foucaldien ou les sophisteries derridiennes ont dominé sans partage le marché universitaire) alors que, en France, la contre-révolution conservatrice des années 1980 et l’humanisme citoyen abêti d’universalisme abstrait des années 1990 interdisaient la « pensée 68 ». Sans pour autant l’enterrer tout à fait. Désormais, il lui revient de préparer son come-back. De revenir, mais comme revient un fantôme, différent – on revient toujours avec la distance qui nous sépare –, sur le mode de la hantise : non seulement la French theory a des conséquences sur le présent, mais elle vit aussi dans le présent. Ici-bas. Aussi, même revenue d’outre-Atlantique sinon d’outre-tombe, cette théorie a-t-elle tôt fait d’être fresh. Entendu quand même que le retour à la French theory se fait aussi bien contre elle. Etre critique, c’est savoir faire la part des choses. Ainsi, les « fresh théoriciens », ces «enfants de Mai 68 », cette «génération d’après » dont parle Catherine Malabou, comme les Daft Punk, se mettent-ils aussi bien à l’écoute du disco que du punk, en mixant les objets, en samplant les concepts, en abattant les murs de l’évidence musicale, dans un rapport décomplexé à l’art et à la tradition critique, loin des concessions faites à toutes sortes de conservatismes et d’orthodoxies rampantes. Une façon d’écouter les problématiques de la société contemporaine et de les réfléchir, c’est-à-dire de les redistribuer dans l’espace public – dans leurs contenus, leurs techniques, leurs formes, leurs déterminations sociales et leurs présupposés idéologiques. Et après ? Après, il faut revenir à Deleuze qui avait cette réponse magnifique : «Lorsque quelqu’un demande à quoi sert la philosophie, la réponse doit être agressive, puisque la question se veut ironique et mordante. La philosophie ne sert pas à l’Etat ni à l’Eglise, qui ont d’autres soucis. Elle ne sert aucune puissance établie. La philosophie sert à attrister. Elle sert à nuire à la bêtise. Elle n’a pas d’autre usage que celui-ci : dénoncer la bassesse de la pensée sous toutes ses formes. » (1)

O. S.

Date de publication : 17/12/2007


Mots-clés : french theory, postmodernité, studies, critique, histoire de l'art
Inséré le : 18/03/2008 17:34
www.freshtheorie.fr - http://www.freshtheorie.fr

Thèmes : art contemporain, critique, histoire, philosophie,