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Sexuality

Chapeau : Samedi 24 mai, Sébastien Tellier représente la France au concours de l’Eurovision avec sa chanson Divine, extraite de l’album Sexuality. L’occasion de revenir sur ce disque à la fois démesurément ambitieux et terriblement trivial, qui a la moiteur d’une soirée de chasse en boîte et la légèreté d’une ballade au soleil.
Date : électro-pop / Record makers/Discograph

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Genre Agenda : musique

Apparence :

Rubrique : CD de la semaine

Sébastien Tellier musicien
Florent DELVAL rédacteur

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04_divine.mp3 (crédits : Sébastien Tellier / titre : Divine / )
01_roche.mp3 (crédits : Sébastien Tellier / titre : Roche / )

Texte : J’écoute Sébastien Tellier dans l’avion en regardant les Pyrénées. L’hôtesse espagnole passe avec le chariot. Elle vend du Coca Zero et des chips. Des fantasmes cheap à portée de main. Enfin, je me force un peu. Mais le dégradé de fond de teint et les cheveux tirés en queue de cheval ont un certain charme.
Ces clichés, on les connaît tous, et on les aime en cachette. Le cliché du chanteur français trop à l’étroit dans la variété délayée, ça vous plaît, non ? Trop dandy pour s’accommoder de la médiocrité ambiante, il rêve tout de même de foules et de plateaux télé. Peut être s’imagine-t-il en train d’exploser des boules disco en costume Gucci, sublimé sur papier glacé, en guest star au cinéma, orchestrant la cérémonie d’ouverture de la Coupe de France ou en direct de la Grande Muraille de Chine. Mais tout ça, Sébastien Tellier y a déjà eu (plus ou moins) droit (voir les photos de Ville nouvelle, le spectacle qu’il a présenté avec le plasticien Xavier Veilhan, sur le site de celui-ci). Il est déjà ailleurs, évoluant au milieu de sculptures hi-tech et épurées. La caméra tourne lentement. Des girls lascives. On dirait un générique de James Bond. Sexuality, c’est un peut tout ça, un certain raffinement dans la vulgarité. C’est un peu le smoking blanc cassé qui sent le déo.
C’est le dandy au look improbable, barbe fournie et lunettes noire de rigueur, à la fois désabusé et brûlant de désir. Un masque peut-être aussi efficace que celui de Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, qui produit l’album. Une position idéale pour attiser un fétichisme d’images et de rôles que l’on joue avec détachement.
Il pourrait y avoir deux textes à faire à l’écoute de ce Sexuality, tous deux des exercices à la Perec. Soit la liste de toutes les influences, citations et pastiches présents dans l’œuvre de Tellier. L’autre, plus ardue, serait de n’en citer aucun.
Après un concept album que personne n’a vraiment compris (Politics), Sébastien Tellier arrête de parler à votre cerveau et préfère se frotter à votre entrejambe. Il nous fait le coup de l’album-de-la-maturité en suivant la piste de l’ouverture au grand public. On pressent l’artiste qu’on va bientôt fustiger lorsqu’il vendra ses tubes à des pots de yaourts ou qu’il s’accoquinera avec des starlettes aphones.
Le cap du troisième album, c’est tout de même quelque chose. Un fameux groupe de hip-hop rigolo et fluo s’est récemment cassé les dents en jouant à ce petit jeu. (Ne soyons pas trop dur avec leur disque qui contenait tout de même le Papayou de notre génération – hommage déguisé à un autre barbu, RIP).
Les premières mesures de Sexuality : le front chaud, on avale de travers. « Je rêve de caresses en été. » Oups. On passe à la suite… Puis on y revient, en douce, presque coupable…
Pour la première fois, Tellier chante en français. Est ce qu’il se livre un peu plus pour autant ? Conquiert-il un terrain qu’il a longtemps évité ? Rien n’est moins sûr… Lui qui réapparaîtra plus tard en DJ, en chanteur pop italien, groupe glam, etc. Cet album possède à la fois la moiteur d’une soirée de chasse en boîte et la légèreté d’une ballade au soleil. On passe d’un morceau à l’autre en suivant ces rythmes alanguis…
Et puis, le morceau final, L’Amour et la violence, c’est le lent décollage, peut-être quelque chose de plus personnel émerge-t-il là, l’espace d’un instant. L’aile de l’avion frôle les nuages au ralenti. L’hôtesse me touche le bras. « Monsieur, l’avion va descendre. Veuillez éteindre votre ordinateur. » Je retire mon casque. La musique d’ambiance est couverte par le bruit des moteur. On va bientôt atterrir.

Date de publication : 22/05/2008


Mots-clés : électro, buzz, pop
Inséré le : 22/05/2008 11:58
Site de Sébastien Tellier - http://www.sebastientellier.com

Thèmes : musique électronique,