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Se souvenir pour oublier, gommer pour retracer

Estefania Penafiel-Loaiza à la galerie Paul Frèches

Chapeau : Joliment nommée La Courbe de l’oubli, la première exposition personnelle de l’artiste équatorienne Estefania Penafiel-Loaiza impose toute sa dimension existentielle dans le petit espace de la jeune galerie Paul Frèches.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : arts visuels

Apparence :

Rubrique : 2008
Rubrique : Espace critique

Estefania Penafiel artiste plasticien
Sophie Rosemont rédacteur

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du 12/06/2008 00:00 au 19/07/2008 00:00
Salle : Galerie Paul Frèches
12, rue André Barsacq
Paris 75018 France (Ile-de-France)




Texte : Nichée dans une petite rue biscornue de Montmartre, la galerie Paul Frèches fête ce mois-ci sa première année. Spécialisée dans la photographie contemporaine, elle s’est ouverte l’an dernier avec le sixième volet de 7/7, l’½uvre très personnelle de Guillaume Herbaut (cf. « Je suis disparue », Mouvement n°44), auquel ont succédé Remy Liderau et ses Trompe-l’½il. La riche et éclectique Saison Chinoise laisse place jusqu’au 19 juillet à la première étape d’un nouveau cycle : CoExpo.
Consistant à laisser carte blanche à un(e) jeune commissaire d’exposition, CoExpo permet cette année de présenter via la jeune curatrice Isabelle Le Normand le travail d’Estefania Penafiel-Loaiza. Née à Quito en 1978, elle vit et travaille à Paris depuis le début des années 2000, où elle a été diplômée et félicitée des Beaux-Arts en 2006. Son ½uvre s’inscrit dans une perspective de recherche de l’autre : un autre pays, une autre personne, un autre moi ; sans velléités utopiques. « J’aime bien penser que mon ½uvre trouve un ancrage dans la réalité qui nous entoure, mais je sais que cette réalité est constituée de temporalités hétéroclites », confie Estefenia Penafiel. La Courbe de l’oubli se décline en image et en son : à une installation inédite s’ajoutent des ½uvres refusant l’immédiateté, transformant la galerie en un espace apparemment vide. « Je voulais que les ½uvres sortent de l’intérieur de l’espace, qu’elles se confondent avec ses murs avec l’idée de produire une forme aux aspects organiques, comme si quelque chose remontait de l’intérieur vers la lumière ».

C’est la gomme, blanche de surcroît, qui est au centre d’une des ½uvres présentées, Monuments, alliant ainsi virginité et résidu. L’artiste affectionne ce matériau fascinant de possibilités, aux traces multiples et éphémères. « La gomme possède une force d’évocation considérable, similaire à celle des ruines. Elle capture, enlève et porte ce qu’elle efface. Les résidus de gomme, ce qui reste de ce qui a été, apparaissent ainsi comme des vestiges d’une petite tragédie ». En 2005, sa Ligne imaginaire avait déjà, au moyen de l’effet blanc sur blanc d’un trait de gomme raturant le mur, questionné les modalités des frontières universelles.
Le minimalisme est ici profondément humaniste. Kundera affirme dans L’Immortalité que « La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie ». La plupart de ses ½uvres en témoignent, marquées par l’effacement de la mémoire, le labeur du souvenir. Et la distance, pudique et influente, du discours rapporté dont joue l’artiste. D’un regard l’autre, constitué de photographies extraites d’une séquence de La Bataille d’Alger, épie une femme dans un instant précis de comédie, face à un spectateur qu’elle ne regarde qu’une seule fois, furtivement. Même principe pour L’attente, exposée à la galerie Paul Frèches, avec une image extraite du film La Commune de Peter Watkins. Elle représente « l’image d’une ville en attente, où le temps semble suspendu, où quelque chose s’est passé ou va se passer », dont les nombreux tirages s’accumulent sur le sol. La fiction est ici intimement liée à l’histoire, à des histoires : « Les images elles-mêmes possèdent une puissance inhérente, indépendamment du fait que l’on connaisse ou pas leur provenance. Elles appartiennent aussi à des ½uvres qui ont vécu, qui sont porteuses d’ une histoire, et c’est peut-être pour cela qu’elles me semblent capables de nous donner une certaine image de l’histoire, de la rendre actuelle ». On se souvient alors de Fiat lux (2004), où l’une des terribles photographies du Sonderkommando de Birkenau est si illuminée qu’elle en devient invisible. Et de l’artiste elle-même, qui lit, à l’envers, les textes des dix-sept constitutions approuvées par la république de l’Equateur depuis sa fondation.

Date de publication : 17/06/2008


Mots-clés : blanc,gomme,mémoire,histoire
Inséré le : 17/06/2008 15:15
Le site de la galerie Paul Frèches - http://www.paulfreches.com

Thèmes : arts visuels,