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Emergence de l’archaïsme

Une archéologie minimale et paradoxale s’expose à La Vitrine

Chapeau : A la Vitrine de l’école d’art de Cergy, de jeunes artistes présentent leurs œuvres d’un archaïsme inattendu, jusqu’au 5 juillet. Des procédures simplissimes déplacent, recomposent et déforment quelques objets isolés et autres fragments de matériaux bruts. Ces nouveaux fétiches et nouvelles reliques font circuler leur sacralité latente du minéral au biologique, du plus banal au plus cosmique.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : arts visuels

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Guillaume GESVRET rédacteur

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du 22/05/2008 00:00 au 05/07/2008 00:00
Salle : La Vitrine de l'ENSA Paris-Cergy
24 rue Moret
01 43 38 49 65
La Vitrine est le lieu d’exposition dont l’école s’est dotée.

Ce que montre la Vitrine, c’est un travail en devenir. Chaque exposition se présente comme la relance d’une autre. Le rebond d’œuvre à œuvre met en jeu le temps de la recherche et de la critique, l’ouverture au monde et l’engagement vivant qui caractérise l’Ecole d’arts de Cergy.

La Vitrine n’est pas la galerie de l’école. C’est un laboratoire et un lieu d’essais propices à l’éclosion des signes d’une création contemporaine.

Le caractère expérimental des expositions concerne aussi bien les projets d’artistes confirmés que celui d’artistes émergents et d’élèves de l’école. Ces projets font l’objet d’un choix par le directeur et l’équipe de programmation de la Vitrine.

René Denizot
Paris 75011 France (Ile-de-France)




Texte : Ce qui frappe à l’entrée de La Vitrine, ce petit centre d’art dépendant de l’école d’art de Cergy, dans le XIe arrondissement de Paris, c’est la prégnance du matériau, à première vue brut et naturel, et la mise en avant d’objets simples et sans qualité. Les œuvres constituant l’exposition Introduction de la femme à la bûche sont un ensemble d’éléments à la fois proches par leur structure minimale et sans ressemblance véritable, disposés comme autant d’échos différentiels d’un support à l’autre (photo, installation, vidéo). Elles échappent ainsi à tout thématisme trop figé et déploient moins le fantasme d’une « origine retrouvée » ou d’un « retour à la nature » qu’une sorte d’archéologie affolée, complexe et en devenir.
La dent humaine de Julien Discrit est par exemple placée sous verre, posée sur son présentoir comme un objet d’art ancien ou l’échantillon d’une collection scientifique. Sans doute échapperait-elle à toute datation précise : moins humaine qu’il n’y paraît, trop brillante et opalescente, elle ne peut constituer l’image d’une relique conservée à travers les temps – mais plutôt le reste impossible d’un rite inconnu, celui d’une tribu à venir, pas encore découverte. Objet à la fois construit et résiduel donc, dans l’anachronisme d’un futur archaïque.
Même mémoire contradictoire, sciemment compliquée et pourtant intensément matérielle chez Gyan Panchal, qui s’intéresse à la question de l’outil et du support. L’artiste propose une superposition de quelques papiers de verre accrochés au mur après avoir subi chacun une tentative de frottement au silex. Trace d’un geste préhistorique dont il ne reste aucune étincelle, mais qui, dans ce ratage même, a plié et déformé le matériau technique contemporain. L’outil dont la fonction était de polir (le papier de verre) devient en effet le support passif, mis à l’épreuve de son ancêtre préhistorique, contredisant alors la causalité attendue. Outil, support et fonction perdent leur statut clair, emportés sur un même devenir incertain, problématique chère à toute un pan de la sculpture/peinture des années 1970 (on pense à Jean-Luc Vilmouth) : activation du support, création de surfaces contemporaines-archaïques, ou encore « revitalisation des fossiles » comme l’affirment Géraldine Longueville et Mathilde Villeneuve, les deux commissaires de l’exposition.
On retrouve cette simplicité efficace dans la belle vidéo de Rada Boukova qui se filme dans un dispositif répétitif, plus banal et gentiment obsessionnel qu’éminemment rituel : il s’agit de remplir un petit pylône abandonné dans un sous-bois avec des cailloux glanés au hasard. Quand le caillou est trop gros pour le petit trou par où elle l’introduit, l’artiste le jette. Comment l’œuvre se définit-elle ici ? Dans ce geste minimal d’épuisement et de soustraction du lieu ? Ou dans l’accumulation invisible qui se forme derrière le bloc de ferraille ? Autre exemple où la plus grande simplicité du geste, dans son affirmation la plus pauvre et la plus assurée, ouvre à l’intensité d’une interrogation sur ce qui se forme, se dé-forme, se reforme.

Date de publication : 19/06/2008


Mots-clés : pierre,silex,fossile,Rada Boukova,Gyan Panchal
Inséré le : 19/06/2008 10:48
Le site de l’ENSAPC - http://www.ensapc.fr/lavitrine

Thèmes : arts visuels,