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Ils donnent/passent

Maya Bösch crée Inferno, d’après Dante

Chapeau : Créé fin mai au Théâtre du Grütli de Genève, Inferno est le fruit de dix mois de recherche théâtrale. En explorant dans son intégralité L’Enfer de Dante, Maya Bösch livre un travail par le négatif, un théâtre des solitudes qui manifeste un refus insoumis, radical, de toute mise en spectacle.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Mari-Mai CORBEL rédacteur

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Texte : Le voyage dura presque un mois, du 9 mai au 6 juin derniers. Il eut lieu au Théâtre du Grütli, ou GRü, cette « scène expérimentale pluridisciplinaire » genevoise qui occupe une partie de la Maison des Arts. Destination : l’Enfer. Celui de Dante. Maya Bösch et Michèle Pralong, codirectrices du GRü et respectivement metteure en scène et dramaturge, avaient décidé de le mener dans leurs murs tout au long de la saison 2007-08. En somme, il serait un voyage dans le temps, une mission d’exploration théâtrale via l’« entonnoir de L’Enfer » – « qui se creuse jusqu’au centre de la terre, [...] dépeint comme le réceptacle de tout le mal de l’univers... », est-il écrit dans le petit livre rouge documentant la création (1) –, ou encore une odyssée de l’espace-temps : ce voyage avait été baptisé Inferno. Onze individus furent recrutés et réunis au sein du Collectif3 (2) – onze interprètes intensivement entraînés, dix mois durant, avant d’embarquer. Chacun d’eux avaient appris les cartes transmises par Dante, ces trente-quatre chants de l’Enfer qui sont des itinéraires secrets, soit neuf cercles à franchir comme autant de portes à ouvrir avant d’atteindre, bien plus tard, la connaissance de et par l’amour (au troisième tome, intitulé Paradis). Pour signaler l’événement, le bâtiment fut ceint d’une palissade de bois, comme celles qui à la fois délimitent et dissimulent un chantier. La palissade : en rouge.
Le rouge serait la couleur emblématique d’Inferno : rouge comme le « R » de la Renaissance que Dante inaugure, rouge comme le « R » de la Révolution, rouge comme le feu du désir, le jus de groseille, la honte ou la colère.
Une entrée insoupçonnable, qui donnait sur le devant du théâtre, fut affublée d’une cabine miroitante qu’une affiche revêtit, portant l’inscription, en lettres rouges, donc : « Inferno. Dante. ET leur peur se change en désir. » Inferno ne serait pas du tourisme, mais une opération métamorphique par laquelle ce qui fait peur et repousse se révélerait être le signe attirant, indicateur de la destination dite « Désir ».
Par cette entrée, un escalier profond descendait à la « Black Box », une salle toute peinte de noir, profonde comme une piscine olympique, haute comme le théâtre entier, salle de théâtre vidée de tout théâtre car débarrassée de tout gradin, et qu’un jour glauque, tombant de hautes fenêtres étroites, saupoudrait durant les fins de journée de juin. La nuit, des néons bruts diffuseraient un jour sans astres. On pouvait, certaines fois, remonter au troisième étage, dans la salle appelée « White Box », et avant cela, traverser un couloir où les cartes du voyage avaient été dessinées aux murs lors de la préparation du voyage. On déchiffrait alors des graffitis complexes : « Traîtres – Luxurieux – Gourmands – Violents – Coléreux – Hérétiques.... »

Date de publication : 03/07/2008


Inséré le : 03/07/2008 12:18