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Vive Christine Albanel !
Chapeau : Plume brillante, la ministre de la Culture va bientôt signer les éditoriaux de toutes les brochures annuelles des Scènes nationales. Afin d’éviter tout débordement intempestif ?
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : édito (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Genre Agenda : politique
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Christine Albanel ministre de la culture
Jacques BLANC directeur de théâtre
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Texte : Christine Albanel est absolument géniale ! L’année même où son ministère (Culture et Communication) ampute sévèrement le subventionnement à l’association SKITe qui soutient, par le truchement d’un « laboratoire des écritures contemporaines », le travail de
Mouvement, Christine Albanel « officialise » la notion d’arts « indisciplinaires » forgée par la même revue
Mouvement. Si, si, on vous jure. C’est écrit noir sur blanc, dans les toutes premières pages de la brochure de saison 2008-2009 du Quartz, Scène nationale de Brest. A l’occasion des 20 ans de l’établissement, la ministre de la Culture loue notamment
« le succès populaire, professionnel et médiatique du festival Antipodes, festival des arts "indisciplinaires" ». C’est en effet ainsi que Jacques Blanc, directeur du Quartz, présente ce festival pour lequel nous avons certes la plus grande sympathie. Entre parenthèses, que la notion d’arts indisciplinaires tombe dans le domaine commun, tant mieux : vive
l’open source ! Mais le Quartz de Brest pourrait avoir la délicatesse ou, si l’on veut, l’honnêteté intellectuelle d’indiquer à son public la provenance du terme. Passons, nous ne demandons pas de royalties… Là où le bât blesse, c’est que dans les dernières pages de la même brochure de saison le "logo" de
Mouvement apparaît sous la mention « partenaires média nationaux ». A toutes fins utiles, précisions qu’aucune convention de partenariat ne lie actuellement
Mouvement au Quartz de Brest. Cette mention figure donc sans autorisation, et donc, en toute illégalité. Nous ne sommes pas procéduriers au point d’aller devant les tribunaux, même si certaines pratiques nous semblent pour le moins curieuses. Là encore, passons…
Et revenons à Christine Albanel. Son « éditorial », en ouverture de la brochure de saison du Quartz, constitue – à notre connaissance – un précédent fort intéressant. Nous revient alors en mémoire que l’an passé, à même époque, la ministre de la Culture et de la Communication avait tancé (et menacé) le directeur du Granit – Scène nationale de Belfort, pour avoir laissé publier un texte d’un « artiste associé » qui s’en prenait en des termes peu amènes au candidat Nicolas Sarkozy devenu président de la République. Christine Albanel est géniale : ce qu’elle a fait pour le Quartz de Brest, elle devrait l’étendre à tout le réseau des Scènes nationales. En signant l’éditorial de chacune des brochures de saison, elle s’assurerait que celles-ci ne soient polluées par aucun propos « désobligeant ». Mais au fond, nul besoin d’en arriver à de telles extrémités. Le coup de semonce de l’an passé a porté ses fruits, et l’autocensure va bon train. Dans les « éditoriaux de saison » que nous avons pu consulter, de vagues et inoffensives récriminations (sur la place de l’art et de la culture), mais rien qui puisse fâcher en haut lieu… Et pendant ce temps, Christine Albanel reprend le train-train des Entretiens de Valois, dont l’ambition s’amenuise au fur et à mesure que le temps passe. Cette vaste « concertation nationale » pour dessiner l’avenir du spectacle vivant accouche
in fine de trois « groupes de travail » ainsi dénommés : « clarification des Politiques publiques ; politique de l’emploi ; Plateforme de préfiguration d’un Observatoire national du spectacle vivant. » Formidablement passionnant !
Pendant ce temps, nous sommes tombés sur un curieux texte de Jean-Pierre Han dans le dernier numéro des
Lettres Françaises, dont la publication est désormais incorporée à celle de
L’Humanité. Faisant retour sur la dernière édition du Festival d’Avignon, le critique (et directeur de la revue
Frictions, que nous tenons en estime) déplore l’absence de « vision politique » dudit festival, qui se serait même mis à l’enseigne du « politiquement correct ». A preuve, les spectacles de trois metteurs en scène fort différents, Romeo Castellucci, Philippe Quesne et Guy Cassiers, mais qui ont tous les trois une
tare commune : ils
« viennent de l’univers des arts plastiques ». Résultat :
« l’emballage est superbe, mais le propos est plutôt creux ». Ce qui, concernant les spectacles sus-mentionnés, nous semble relever d’une lecture
politique un peu à courte vue. Mais bon, on peut en discuter…
In fine, Jean-Pierre Han forme l’hypothèse que tous ces spectacles seraient « emblématiques du vide idéologique dans lequel nous baignons aujourd’hui ». Mais depuis quand les artistes devraient-ils être
idéologues, en palliatifs d’un champ politique qui s’est largement démis de sa fonction ? Que l’on interpelle donc les intendants de la culture, les directeurs de festivals, de théâtres, de centres d’art… Jacques Blanc, directeur du Quartz de Brest (on y revient, décidément), écrit dans un texte intitulé
« Un anniversaire de fête » :
« La Scène nationale est une fenêtre ouverte sur le monde, vers la pluralité des autres cultures, ce grand fleuve du Divers, cher à l’écrivain brestois Victor Segalen. Les artistes sont sans frontière, ils créent en commun au-delà des idéologies et des particularismes. Et plus forte est la singularité de chacun, plus forte sera la rencontre et plus puissante sera l’œuvre créée ». Le genre de phrases passe-partout, qui devrait passer comme une lettre à la poste. Sauf que non. Cet
« en commun au-delà des idéologies et des particularismes » ne va pas de soi, c’est le moins qu’on puisse dire.
Me revient en mémoire que, voici déjà quelques années, pour mettre fin en douceur aux agissements incontrôlables du festival Sigma, à Bordeaux, grand propagateur de turbulences, le directeur régional des Affaires culturelles d’Aquitaine d’alors avait émis cette idée radicale : créons donc une Scène nationale ! Il ne savait pas encore que le (ou la) ministre de la Culture en personne en signerait les éditoriaux, afin d’éviter tout débordement…
Date de publication : 10/09/2008
Mots-clés : christine albanel,mouvement,arts indisciplinaires,culture,politiques culturellesl
Inséré le : 10/09/2008 12:23
Thèmes : politiques culturelles,