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In The House Of Mirrors
Genre : musiques du monde / Label/Distributeur : Crammed/Wagram
Chapeau : Le compositeur Hector Zazou est mort le 8 septembre dernier, foudroyé par un cancer à l’âge de 60 ans. Il venait de parachever un nouvel album qui, à nouveau, prenait une forme collaborative. Réalisé avec Swara, quatuor de musiciens virtuoses originaires d’Inde et d’Ouzbekhistan,
In The House Of Mirrors, qui paraît le 6 octobre, offre un périple synthétique à travers la musique indienne.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : musique
Apparence :
Rubrique : CD de la semaine
Hector ZAZOU musicien
Pierre Yves MACE rédacteur
cover_hectorzazou.jpg ()
grand_cover_hectorzazou.jpg (titre :
In The House Of Mirrors / )
zannat.mp3 (crédits : Hector Zazou / titre : Zannat / )
Texte : Brutalement disparu le 8 septembre dernier, le compositeur et producteur Hector Zazou a réalisé certaines de ses plus grandes réussites dans le contexte de collaborations, se posant comme opérateur (parfois très discret) de rencontres musicales inattendues. Son ultime opus, concocté avec Swara, collectif de musiciens indiens et ouzbeks, ne dément pas une telle ligne. Sous la forme d’un clin d’½il à la scène anthologique de
La Dame de Shangaï d’Orson Welles (ainsi peut-être qu’aux « plateaux de miroirs » dans lesquels Brian Eno faisait se réfléchir le piano d’Harold Budd, il y a une trentaine d’années), le titre de ce disque,
In The House Of Mirrors, exprime le réfléchissement infini du son à travers le « miroir » démultiplicateur, labyrinthique, de l’outil électronique. Aussi les improvisations des quatre virtuoses de Swara (et de quelques musiciens occidentaux additionnels) se voient-elles, avec une subtilité dont la pièce inaugurale,
Zannat, porte la trace, ponctuellement gelées en boucles discrètes rejaillissant en
feedback sur l’exécution elle-même. Dispositif très simple, mais qui réalise, avec une efficacité indéniable, l’intense immersion dans le son qui caractérise la musique classique indienne. Si l’on peut éprouver quelque déception à voir Zazou ne pas pousser jusqu’au bout son procédé et céder parfois en contrepartie à quelques croisements douteux (la flûte de Carlos Nunez, notamment), son travail de production est marqué par une très grande finesse, un souci impressionnant du détail (que révèle une écoute au casque), une approche de la matière sonore qui se tient à distance respectable de toute esthétisation. A l’écoute de
In The House Of Mirrors, et derrière le caractère d’évidence de cette musique, on ne peut s’empêcher de penser qu’une telle entreprise boucle une boucle, ou réalise une certaine forme de synthèse. Dans les années 1970, nombreux étaient les musiciens, autour du minimalisme et de la musique répétitive, qui cherchaient dans la musique indienne une inspiration majeure. Mais cette filiation trouvait son lieu, conformément à l’injonction formulée par Steve Reich à cette période, non pas dans le son lui-même (dans la séduction des timbres exotiques), mais dans les structures musicales (le principe du
drone, du son tenu). Les années 1980 virent naître, sous les termes de « sono mondiale » ou de
world music, une approche des musiques extra-occidentales située aux antipodes : peu préoccupée de renouveler un langage compositionnel mais portée au contraire vers le croisement des sonorités issues de traditions musicales hétérogènes. Lorsque nous l’avions interrogé pour
Octopus en 2001, Zazou déclarait avoir pris de sérieuses distances par rapport à une telle musique dont il a pu un temps partager l’euphorie (cf. les collaborations avec Bony Bikaye au début des années 1980), mais dont il a rapidement saisi le cynisme marchand qui en constituait l’écueil. Postérieur à ces débats,
In The House Of Mirrors se pose naturellement dans la conciliation de ces deux approches : respectueux d’éléments structurellement ancrés dans la tradition, soucieux dans le même moment d’un travail discrètement sensualiste sur les sonorités mêmes et leurs beautés propres. On n’en déplore que d’autant plus son caractère de point final.
Date de publication : 25/09/2008
Mots-clés : zannat,musique indienne
Inséré le : 25/09/2008 13:20
le site de Crammed Discs -
http://www.crammed.be/news/080909_zazou_f.htm
Thèmes : musique,