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Sons et lumières à Nantes

Retour sur l’édition 2008 du festival Scopitone

Chapeau : Parcours dans les méandres de la 7e édition du festival Scopitone, qui se tenait à Nantes du 17 au 21 septembre dernier. Malgré des nuits électroniques assombries par plusieurs annulations de dernière minute, le cru 2008 a réservé son lot de bonnes surprises en matière de croisements entre image et son.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : musique

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Marie-Charlotte Noury rédacteur

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du 17/09/2008 00:00 au 21/09/2008 00:00
Nantes 44000 France (Nord-Ouest)



Texte : La programmation des nuits électroniques de l’édition 2008 du festival Scopitone s’annonçait alléchante, idéalement équilibrée entre petits nouveaux (les Nantais punchy de Minitel Rose notamment) et grosses pointures. Etaient plus particulièrement attendus, évidemment, Laurent Garnier et Princess Superstar, deux belles garanties de soirées réussies. Sauf que le rêve ne fut que de courte durée : les deux DJ-sets durent malheureusement être annulés, de même que celui de Brodinski. Pas si grave puisque les remplaçants – Scratch Massive et Thomas Schumacher – sont à la hauteur, et surtout, pas de quoi entamer la belle ambiance qui règne à Nantes ce week-end là. La ville est galvanisée et inondée de soleil. Contre mauvaise fortune, beaucoup de bon c½ur donc.
Etienne de Crécy ouvre le bal aux Nefs avec un concert tout simplement immense. A l’air libre, sous les voûtes métalliques, la foule est dense et compacte après la prestation des Nantais Gong Gong. La moitié de Motorbass est perchée au centre d’un cube de six mètres sur six, imposante création du collectif parisien Exyzt, façon « Académie des neuf ». Il pourrait être 3 heures ou 7 heures du matin, il pourrait être n’importe quelle heure à vrai dire : le set est intemporel, à tous points de vue – la playlist impeccable et groovy, le son limpide, les enchaînements progressifs et intelligents. Et puis, vu d’en bas, il est vrai qu’Etienne de Crécy est sympathique, distillant ses bonnes ondes funky et sautillantes, saluant la foule qui lui réserve un véritable triomphe après un ultime et happy Sinsemilia Marijuana relooké électro. Au centre d’un dispositif visuel impressionnant, sa silhouette s’agite en ombre chinoise tandis que le cube est bombardé de lumière, clignote, se pare de zébrures. A l’arrière-plan trône l’imperturbable éléphant mécanique des Machines de l’île. Définitivement géant. Le généreux Etienne de Crécy rend une copie sans faute aux 4 500 personnes présentes.
La soirée se prolonge au Lc Club, dont les dimensions très confortables permettent de récupérer un peu d’espace vital. Le trajet pour s’y rendre permet d’apprécier de près les Anneaux néons multicolores de Daniel Buren disposés le long du canal. Sascha Funke, Danton Eeprom, Radio Slave, Scratch Massive et le Nantais Sprog ne déçoivent pas, chacun fait figure de bon élève dans son domaine. Le ressenti est donc, en toute logique, très largement minimal, à l’image du peu d’effort consenti à la décoration du lieu et aux visuels. Peu ou pas de mélodie. Ça tape fort, ça oui. Et le public est conquis.

Soirée du samedi 21 à la Friche. L’ancienne usine Alstom est sans doute la plus représentative de la vocation première du festival Scopitone, à savoir le mélange et le dialogue entre arts numériques, musique et image. Une dizaine d’installations y sont proposées sur le thème de l’interaction entre le geste et un programme de réalité virtuelle. Appuyez et vous serez exaucés. Touchez, effleurez, posez vos mains : ici, on peut toucher.
Difficile de passer outre l’aspect purement ludique de ces installations en cabine individuelle et de leur trouver un autre intérêt. Se distingue toutefois l’attrayante pièce de Lab[au], collectif bruxellois, gratifiant l’entrée des lieux d’un mur de plaques métalliques sur pivots, éclairés par derrière, ondulant au rythme des mouvements des visiteurs. Chic et fascinant. La grande halle répond ainsi parfaitement à l’exigence d’un spectacle total.
Mais en la matière, c’est au Cinématographe qu’il fallait se rendre pour admirer la performance hautement sensible et multi-sensorielle de Bruno Letort et Yuki Kawamura. Durant les cinquante minutes de Lignes, on est tour à tour bercé puis électrisé par les compositions électroaccoustiques de Bruno Letort, apaisé par les images de Yuki Kawamura et soumis à la violence des dessins de Denis Deprez. Inspirée du roman éponyme de Ryu Murakami, chantre du mal-être du Japon contemporain, cette ½uvre titille les centres nerveux et le siège des émotions – les fortes. La performance s’achève dans les nuages ; on ne peut voir là de meilleur augure avant de retourner soumettre ses oreilles aux décibels de la Friche.
DJ Pone, du collectif Birdy Nam Nam se charge du warm up. C’est un peu fatras, DJ Shadow y côtoie Prodigy. Un distributeur de tubes tout confondu. Arrive ensuite Yuksek, auquel le public réserve un chaleureux accueil. La chemise à carreau ajustée, micro en main, il fait monter la soirée d’un cran. Yuksek donne beaucoup, et surtout de la voix. Le son est dancefloor, accrocheur. Et ça danse. Un set de qualité mais décidemment trop court . On reste un peu sur sa faim.
Direction la petite salle, où les Ecossais d’Optimo se relaient autour d’un set éclectique qui leur est tout aussi coutumier que la passion qu’ils semblent nourrir pour l’éculé Sweet Dreams d’Eurythmics. Un set certes inégal, mais efficace, offrant de beaux enchaînements qui prennent même parfois une tournure très deep. Vraiment bien joué. Un bémol toutefois : Keith McIvor et Jonnie Wilkes ne sourient pas beaucoup et le public le leur rend bien ; le dancefloor est clairsemé à l’heure où Surkin envoie du lourd dans la grande halle. Le ton est donné et DJ Orgasmic – qui clôt la soirée – sera accueilli en grande pompe par un public désireux d’en découdre. La jeunesse nantaise est déchaînée. Les autres un peu moins.

> L’édition 2008 de Scopitone s’est tenue à Nantes du 17 au 21 septembre 2008.

Photo : Fabien Roux, www.lart-scenes.com.

Date de publication : 09/10/2008


Mots-clés : électro,concerts,dj,
Inséré le : 09/10/2008 09:16
Le site de Scopitone - http://www.scopitone.org

Thèmes : musique électronique,