Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Apologie du chaos

Entretien avec le clown Nikolaus

Chapeau : Clown et jongleur, Nikolaus présente jusqu’au 2 novembre à la Pelouse de Reuilly, dans le XIIe arrondissement de Paris, avec sa compagnie Pré-O-C-Coupé, Raté Rattrapé Raté : à travers ce spectacle tout public, il questionne l’origine de l’univers, l’infini, la nature du réel. Mouvement.net l’a questionné à son tour sur un art qu’il envisage comme « une philosophie du corps ».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Rubrique : Espace critique

NIKOLAUS clown
Naly GERARD rédacteur

petit-nikolausokok.jpg ()
rectangle-nikolausokok.jpg ()

du 15/10/2008 00:00 au 02/11/2008 00:00
Paris France (Ile-de-France)



Texte : Dans Raté Rattrapé Raté, la dernière création de Nikolaus et de sa compagnie Pré-O-C-Coupé, l’art de l’équilibre et de la chute sert à questionner l’origine de l’univers, l’infini, la nature du réel... et à mettre par terre, au propre comme au figuré, ce qui semblait bien accroché. Accompagné par le funambule Pierre Déaux et l’équilibriste Mika Kaski (tous deux issus de la 17e promotion du CNAC), armé de sa balle rouge, Nikolaus prend à bras-le-corps les lois de la physique. Avec une fièvre ludique plutôt contagieuse, ces trois hurluberlus transforment le chaos en énergie et réinventent le monde. Vous avez dit métaphysique ? Rien de plus naturel : le clown est une « philosophie du corps », comme l’explique ici Nikolaus.

N. G.

Entretien /
Comment décririez-vous le processus artistique de Raté Rattrapé Raté ?
Nikolaus :
« La volonté de départ était de parler de la chute. L’idée est que, du début à la fin du spectacle, tout doit tomber. A travers cela, nous voulons questionner d’une manière burlesque les grandes questions philosophiques sur le passé, le présent, le futur, la gravité, le désir… Mais ces questions sont posées par des philosophes clochards. Autrement dit, par des chercheurs dont la philosophie est liée à l’expérimentation du corps.

La théorie scientifique a-t-elle nourri le spectacle ?
« J’ai lu beaucoup de choses sur le temps, la perception du cerveau, les théories de la relativité… Cela m’a beaucoup parlé. La relativité du temps, par exemple, ça m’a touché physiquement. C’était quelque chose de vertigineux, ça résonnait dans mon corps. En effet, chaque pensée a une répercussion à l’intérieur du corps. C’est là où se situe le cirque ; c’est une philosophie du corps. Nous sommes tous trois [Nikolaus, Pierre Déaux et Mika Kaski, Ndlr.] des artistes de cirque, nous sommes des clowns. Et le clown… tombe : c’est philosophique, mais c’est corporel.

Le spectacle montre aussi comment la chute peut être une forme de création. C’est, d’ailleurs, tout l’art du jonglage, que vous pratiquez également…
« Je voulais utiliser des matériaux provisoires : le carton, le plastique, le Scotch – avec lequel on rafistole le monde ; pour montrer que rien ne dure. J’ai cherché le lien entre ce qui s’écroule tout de suite et ce qui s’écroule en deux cents ans, et j’ai trouvé le théâtre. Comment faire tomber le théâtre ? C’est l’une des questions qui a guidé notre recherche… En effet, dans la chute, il y a un élan qui, si on l’utilise, peut créer l’illusion de l’apesanteur. Dans la jonglerie, en particulier, la chute devient un point mort. On crée une suspension ; il y a l’illusion qu’il n’y a plus de gravité. La chute donne le ressort. Je n’ai pas besoin de donner d’élan puisque celui-ci est naturel, même s’il peut être dangereux. C’est un peu comme le surf sur la mer, sauf qu’il n’y a pas de fin du mouvement. Cette possibilité se situe dans l’instant. Dans cet instant où l’on se dit : “Tiens, si je ne résistais plus à la chute…” Quand tout tombe, il y a un côté “lâcher prise” qui est très jouissif. On est toujours en train de se tenir, et quand on lâche, c’est libérateur. Ça crée cette suspension présente dans le rire et dans l’exploit. C’est une transformation du déséquilibre en énergie ; du temps en instant ; de la chute en apesanteur. On sort de ce qui est “logique”.

Quelle place occupe Raté Rattrapé Raté par rapport à vos autres spectacles ?
« Après chaque spectacle, je me dis : “J’ai compris quelque chose, la prochaine fois je saurais comment m’y prendre…” Et puis, au moment du suivant, je ne comprends plus rien du tout, je repars à zéro. Pourtant, je crois qu’il existe une continuité. Pour ma part, je suis un artiste “pratiquant” : tous les matins et tous les après-midis, je pratique ma discipline. Il en découle une perception de la vie, une perception de la vie qui e fait buter sur le réel, et à partir de ces frictions une pensée se crée, très concrètement. Ainsi, il existe une continuité. Les vieux artistes du cirque disent que dans la vie on fait un seul numéro. Et cette vision me plaît assez bien. Je crois que l’on ne réinvente pas le monde. C’est une sorte de questionnement, une recherche de formes, de variations qui produisent une continuité de la même chose. »

Propos recueillis par Naly Gérard

Photo : M. Wagenhann.

> Raté Rattrapé Raté, par Nikolaus et la Cie Pré-O-C-Coupé, du 15 octobre au 2 novembre à Paris, Pelouse de Reuilly. A partir de 8 ans. Tél. 01 46 22 33 71

Date de publication : 22/10/2008


Mots-clés : clown,métaphysique,corps,
Inséré le : 22/10/2008 17:58
Le site de la compagnie Pré-O-C-Coupé - http://www.preoccupe-nikolaus.com
Le site de la coopérative De Rue De Cirque - http://www.2r2c.coop

Thèmes : théâtre,