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Dévastés…
Christine Monlezun revisite Copi
Chapeau : Christine Monlezun met en scène
Les Quatre Jumelles très loin de ce naturalisme boulevardier où Copi est souvent plus paraphrasé qu’entendu. Copi, tiré vers Sarah Kane et ses univers soufflés, par deux années de recherche d’acteurs. A voir au Glob Théâtre, à Bordeaux, du 21 au 31 janvier.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Rubrique : Le Vrac
Rubrique : Espace critique
COPI auteur
Christine Monluzun Metteur en scène
Mari-Mai CORBEL rédacteur
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du 21/01/2009 00:00 au 31/01/2009 00:00
Salle : Mairie
Bordeaux 33000 France (Sud-Ouest)
Texte : A très grande distance des préjugés sur Copi et sur ses univers de grandes « folles » camées et putassières, la metteur en scène Christine Monlezun met en scène
Les Quatre jumelles. Présentée au Glob Théâtre (Bordeaux), ce travail fondé sur la liberté des acteurs est sans commune mesure avec le naturalisme boulevardier souvent plaqué sur cet auteur. D’origine argentine, ses débuts truculents dans les années soixante/soixante-dix n’étaient en effet pas loin du boulevard. Pour des raisons liées à l’époque, ses pièces ont d’abord été créées dans des théâtres privés (Gaîté-Montparnasse, Epée de bois, Théâtre Fontaine...), sans doute par nécessité, mais aussi pour mettre en scène une critique au vitriol du sérieux théâtral qui régnait alors dans les théâtres publics, façon Jean Vilar. En ce sens, les metteurs en scène alors brillants qui créèrent les pièces de Copi, Jorge Lavelli, Alfredo Arias et Jérôme Savary, savaient jouer avec les codes de jeu et ont peut-être su donner le vertige, en singeant le boulevard. Mais, la noirceur sarcastique qui semble avoir été la leur, avec le temps, s’est décolorée ; l’on garde le souvenir d’un Copi qui, par exemple, crée
Les Quatre jumelles dans l’ambiance électrique du Palace, l’année où
La cage aux folles de Jean Poiret fait fureur (1973). Leïla, Marie, Joséphine et Fougère sont peut-être passées pour ce qu’elles n’étaient pas, leur quadruple puissance démystificatrice passant au second plan de leur séduction. Certes, Copi a tout fait pour brouiller les pistes et les genres. Mais sa reconnaissance artistique a peu à peu éclipsé son mauvais genre activiste, celui d’un exilé politique, militant du FHAR et dessinateur satirique à Hara-Kiri - entre autres. Il a même fini par entrer au répertoire de la comédie française (1). Entre temps, on a oublié qu’il était d’abord poète, au sens fort. Un poète est, selon Henri Meschonnic, quelqu’un dont les poèmes sont secrétés par sa forme d’existence (2), en tant qu’elle s’invente hors des schémas. Si les pièces de Copi portent la marque de son vécu, c’est qu’il vécut une critique radicale des formes d’existence et de sexualité en usage. Chez Copi, les lingots d’or ne servent à rien, pas plus que l’héroïne à gogo dans l’exil des quatre jumelles en Alaska, au royaume de la « neige » (surnom de la came). Copi est plus sensible au manque que rien ne peut apaiser, à la douleur, au vide du désir, au non-sens de la satisfaction. Sous-entendu : il y a une mégalomanie à croire y remédier, à croire au bonheur, à la jouissance, ou encore à l’objet de désir. Suivons son regard sur l’état pitoyable du monde... Si Copi a écrit des textes qui ne ressemblent à rien de connu tout en les faisant passer pour du théâtre divertissant, c’est qu’il se devait de ficeler ces chevaux-là de Troie, pour y glisser des poèmes à retardement qui durent plus que la mode du jour...
Jeu de recherchesChristine Monlezun entendit le détonement. Les arguments, retombés en lambeaux, n’étaient plus que caricatures de fables informes. L’acteur, à vif. Un acteur désormais orphelin d’intrigue et de personnage, égaré
comme personne, un réfugié sans décor. Si au départ, Christine Monlezun ne savait pas définir ce qu’elle cherchait dans Copi ou lui voulait, elle pouvait affirmer ce qu’elle refusait
de faire au théâtre : Combler les béances du texte, boucher les trous entre les scènes, donner du corps à des marionnettes, injecter des commentaires sur l’action, tout cela avec le lyrisme qu’ont les tricheurs pour se prétendre sincères en fabriquant un spectacle.
1. Depuis 2001, avec Une visite inopportune
dans une mise en scène on ne peut plus correcte signée Lukas Hemleb. Mais qui n’entre aujourd’hui au répertoire du Français ! Désormais, Copi côtoie Pagnol, dans l’éclectisme le plus libéral...
2. Célébration de la poésie
(Verdier, 2001).
> Les Quatre jumelles, du 21 au 31 janvier au Théâtre du Glob, Bordeaux. Tél. 05 56 69 06 66.
Date de publication : 22/01/2009
Mots-clés : Argentine,Copi,Jorge Lavelli,Alfredo Arias,Jérôme Savary
Inséré le : 22/01/2009 12:17
Site du Théâtre du Glob - http://www.globtheatre.net