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Un parcours cathartique

«Highway 101»

Chapeau : C'est à Vienne que la chorégraphe Meg Stuart a posé le projet Highway 101, au sein d'une friche en voie de destruction. Le public est pris dans un parcours troublant, cette tension aiguë soulève la question de la responsabilité de chacun.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 10

Meg STUART chorégraphe
Christophe WAVELET rédacteur

Texte : En tant que parcours, Highway 101 conduit d'abord à prendre en considération les qualités de l'espace qui environne cet entrepôt désaffecté, et l'architecture elle-même du bâtiment, voué à la destruction et bientôt effacé du paysage urbain. Depuis l'aire de stationnement qu'arpentent nonchalamment, un verre à la main, les spectateurs tôt arrivés, on a tout loisir d'observer ce cube fonctionnel de béton, chaulé de blanc pour l'occasion. Trois baies vitrées envahissent une portion de la façade, laissant percevoir par transparence l'une des trois vastes salles dans lesquelles l'on s'apprête à circuler. Vide, un écran blanc y est seul visible, face à la porte vitrée. À l'heure dite, l'écran s'anime de l'image d'une jeune femme brune aux cheveux en bataille. Cadré en plan rapproché, son visage se découpe sur un fond d'un bleu très vif. Elle parle. Grâce à deux petites enceintes disposées sur la façade extérieure, l'on entend distinctement sa voix, ses mots. En anglais, elle se raconte elle-même, semble-t-il, mais d'un ton analogue à celui d'une confidence de plateau de télévision. Progressivement on s'étonne du décousu de son propos -comme si en réalité plusieurs voix se faisaient simultanément entendre par la sienne. Sous une apparence d'homogénéité, la succession des phrases et les brusques sautes de ton qui les colorent laissent poindre le sentiment insinueux, puis de plus en plus insistant, d'une inquiétante étrangeté. La séquence dure plusieurs minutes, avant que l'image ne disparaisse. Seul demeure un soupçon, un malaise.
Mais déjà, un large portail métallique s'est ouvert sur la droite. Les premiers spectateurs s'engouffrent dans une seconde salle, haute et vaste elle aussi. Disposés dans l'espace, des meubles aux couleurs fanées composent une série de salons anonymes, banals et dépourvus de cloison: banquettes de skaï, fauteuils de mousse, canapés molletonnés, tables basses, lampes, moquettes synthétiques... L'ensemble paraît singulièrement disparate, hétéroclite et surdimensionné, produisant quelque nouvel effet d'étrangeté que la présence des spectateurs, bientôt assis et peuplant l'espace, ne parvient pas à dissiper tout à fait. Les uns et les autres s'observent, certains devisent discrètement, d'autres continuent de boire.

Date de publication : 01/10/2000


Mots-clés : improvisation, virtuel, vidéo, participation, friche, responsabilité
Inséré le : 12/04/2001 00:00
Thèmes : danse, performance,