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Chutes libres
Nouvelles installations sonores de Dominique Petitgand
Chapeau : A l’occasion de deux expositions personnelles concomitantes à l’Abbaye de Maubuisson et au Frac Haute-Normandie, Dominique Petitgand présente une série de nouvelles installations sonores dont la charge fictionnelle et
a fortiori visuelle, déployée à partir des silences, bruits et voix qui les composent, fait office de contrepoint au vide des lieux qui les abritent.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 2009
Rubrique : Espace critique
Dominique PETITGAND artiste plasticien
Anne-Lou Vicente rédacteur
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du 28/03/2009 00:00 au 10/05/2009 00:00
Salle : Frac Haute-Normandie
02 35 72 27 51
Sotteville-lès-Rouen 76300 France (Nord-Ouest)
du 01/04/2009 00:00 au 31/08/2009 00:00
Salle : Abbaye de Maubuisson
Rue Richard de Tour
01 34 64 36 10
L'abbaye de Maubuisson, site d’art contemporain en Val-d’Oise
Le site
Ancienne abbaye cistercienne de femmes, fondée en 1236 par Blanche de Castille, « Notre-Dame-la-Royale », connue aujourd’hui sous le vocable d’ « abbaye de Maubuisson » est située à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), au cœur de l’agglomération nouvelle de Cergy-Pontoise, à 35 km au nord-ouest de Paris.
Un ensemble de bâtiments du XIIIème siècle, classé Monument Historique, a survécu aux aléas du temps. En 1977, une partie du domaine (10 hectares) a été rachetée par le département du Val-d’Oise. Après une campagne de fouilles et de restauration qui a duré dix ans, le site a ouvert ses portes au public en 1987.
Les espaces désormais ouverts à la visite sont : la grange et les salles composant le rez-de-chaussée du bâtiment abbatial : la salle capitulaire, le parloir, l’ancien passage entre cloître et jardin, la salle dite des religieuses, les deux petites pièces correspondant aux anciennes latrines. L’ensemble représente une surface d’exposition d’environ 1340 m².
Le site abrite deux services départementaux : le service de l’abbaye chargé de la mise en œuvre du projet artistique et culturel et le service départemental d’archéologie dont les bureaux, le centre de documentation et les salles d’étude occupent l’étage du bâtiment abbatial.
Le projet artistique
En 2001 - 2002, le Conseil général du Val-d’Oise a validé le principe d’une programmation entièrement dédiée aux arts plastiques et visuels contemporains. Des expositions thématiques et collectives (Image par image, Simulation, Mobiles urbains, Vues imprenables) se sont succédées, mettant à contribution les différents espaces qui composent le site (grange, bâtiment abbatial et parc). Les installations multimédia de Catherine Ikam, Jean-Baptiste Barrière et Maurice Benayoun, l’art vidéo (Marcel Dinahet, Nicolas Moulin, Antonella Bussanich), la photographie (Walter Niedermayr), les images numériques (Pascal Monteil), les créations sonores (Dominique Petitgand) y ont trouvé leur place.
En 2004, la programmation s’est recentrée sur la problématique des relations entre création et patrimoine. Une exposition consacrée au vidéaste François-Xavier Courrèges a inauguré cette nouvelle orientation. Puis en 2004-2005, Jean-Christophe Nourisson a répondu à notre invitation en concevant l’exposition « Sur les bords, 7e version… ».
Le projet de faire de l’abbaye de Maubuisson un site d’art contemporain pose inévitablement la question de l’articulation entre patrimoine et création. Bien que l’idée d’une confrontation ou d’un dialogue de l’art actuel avec le patrimoine architectural nous soit devenue familière, force est de constater que leur mise en relation n’est pas toujours comprise par le public. De fait, la perception du lien instauré entre œuvres et monument suppose l’intervention active d’un sujet, et qui plus est d’un sujet qualifié, capable et désireux de reconnaître chacun des termes puis d’établir une relation, nécessairement symbolique et imaginaire, entre les deux. Démarche qui, inévitablement, questionne l’acte de perception en tant que tel et la capacité du visiteur à recevoir la représentation ou l’expérience du lieu transmise par l’artiste.
Constructions mentales, valeurs, au sens où Nietzsche le définissait, l’art et le patrimoine sont aujourd’hui dans une relation de tension, voire d’antagonisme, situation à partir de laquelle il semblait particulièrement intéressant de bâtir le projet artistique et culturel du site.
Le projet de l’abbaye inverse quelque peu la démarche des lieux patrimoniaux, s’éloignant en cela de la pratique de l’in situ : plutôt que de partir du site pour créer des œuvres, on privilégie l’univers d’un artiste et on lui propose de se servir des espaces – obscurs, lumineux, vastes, confinés, verticaux, horizontaux, intérieurs, extérieurs, urbains, spirituels…- comme d’une occasion donnée pour s’exposer.
L’abbaye se définit ainsi non comme un simple espace d’exposition mais comme un lieu unique, complexe, propre à susciter des démarches d’appropriation subjective et une transformation des lieux, renouvelée à chaque exposition.
L’abbaye étant un lieu fortement connoté, la pertinence des interventions artistiques passe d’abord par une interprétation ou au minimum une prise en compte de la réalité du site. Le lieu agit comme un « moteur » pour les artistes.
La grange à dîmes est utilisée comme un volume, une « boîte noire », lieu de tous les possibles. Le parc joue avec un environnement urbain ; lien entre l’histoire et la ville, il est à la fois un prolongement extérieur et naturel du bâti et un espace vert très riche comportant des éléments végétaux, hydrauliques et minéraux. L’abbaye est enfin un lieu historique, esthétique et spirituel. C’est un site complexe qui existe autant par ses absences, ses lacunes et les mutations urbaines inscrites dans le paysage que par ce qui a pu être restauré et conservé. Face à une matière aussi riche, l’abbaye de Maubuisson n’a pas souhaité recentrer la programmation autour d’une thématique définie. C’est à l’artiste de décider ce qu’il souhaite mettre en exergue, à lui de définir ses angles d’approche et de produire l’effet miroir grâce auquel le monument confère un relief particulier aux œuvres et réciproquement. C’est à l’artiste qu’il appartient de concevoir les espaces comme une sorte d’ordre mental, symbolique ou de s’attacher plutôt à leur réalité physique et matérielle. Emotion, sensibilité, mémoire, réflexion, distanciation critique ou ironique : tous les modes relationnels entre art et patrimoine peuvent être envisagés.
La programmation
La programmation se concrétise par l’organisation de deux expositions par an d’une durée de cinq mois chacune. Chaque exposition donne lieu à la production d’une ou plusieurs œuvres, créations pérennes – dont certaines pourront trouver un emplacement définitif dans le parc - ou installations éphémères. Un partenariat avec le FRAC d’Ile-de-France permet d’ouvrir la programmation aux artistes de la collection et d’enrichir cette dernière par l’achat de certaines des pièces produites.
Le nombre limité des expositions, leur durée et leur caractère monographique répondent à la volonté d’inscrire les actions de diffusion et de sensibilisation dans un programme concerté de recherche, de création et de formation. En aval, l’ensemble des documents ayant trait à la conception et à la réalisation des projets d’exposition sont collectés et conservés dans la perspective de disposer à terme d’un pôle d’études et de ressources.
La programmation prévoit aussi d’accorder une place régulière aux jeunes artistes.
En juin 2005, « chapitre deux », une carte blanche à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy permettra pour la seconde année consécutive de montrer les travaux d’une douzaine d’élèves de 3ème et 4ème année. L’abbaye de Maubuisson souhaite instaurer un partenariat régulier avec l’Ecole dont les préoccupations sont proches des nôtres - perception et investissement de l’environnement péri-urbain qui est commun à celui de l’abbaye, l’Ecole, comme Maubuisson, étant située sur la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise -.
L'abbaye de Maubuisson, site d’art contemporain en Val-d’Oise
Le site
Ancienne abbaye cistercienne de femmes, fondée en 1236 par Blanche de Castille, « Notre-Dame-la-Royale », connue aujourd’hui sous le vocable d’ « abbaye de Maubuisson » est située à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), au cœur de l’agglomération nouvelle de Cergy-Pontoise, à 35 km au nord-ouest de Paris.
Un ensemble de bâtiments du XIIIème siècle, classé Monument Historique, a survécu aux aléas du temps. En 1977, une partie du domaine (10 hectares) a été rachetée par le département du Val-d’Oise. Après une campagne de fouilles et de restauration qui a duré dix ans, le site a ouvert ses portes au public en 1987.
Les espaces désormais ouverts à la visite sont : la grange et les salles composant le rez-de-chaussée du bâtiment abbatial : la salle capitulaire, le parloir, l’ancien passage entre cloître et jardin, la salle dite des religieuses, les deux petites pièces correspondant aux anciennes latrines. L’ensemble représente une surface d’exposition d’environ 1340 m².
Le site abrite deux services départementaux : le service de l’abbaye chargé de la mise en œuvre du projet artistique et culturel et le service départemental d’archéologie dont les bureaux, le centre de documentation et les salles d’étude occupent l’étage du bâtiment abbatial.
Le projet artistique
En 2001 - 2002, le Conseil général du Val-d’Oise a validé le principe d’une programmation entièrement dédiée aux arts plastiques et visuels contemporains. Des expositions thématiques et collectives (Image par image, Simulation, Mobiles urbains, Vues imprenables) se sont succédées, mettant à contribution les différents espaces qui composent le site (grange, bâtiment abbatial et parc). Les installations multimédia de Catherine Ikam, Jean-Baptiste Barrière et Maurice Benayoun, l’art vidéo (Marcel Dinahet, Nicolas Moulin, Antonella Bussanich), la photographie (Walter Niedermayr), les images numériques (Pascal Monteil), les créations sonores (Dominique Petitgand) y ont trouvé leur place.
En 2004, la programmation s’est recentrée sur la problématique des relations entre création et patrimoine. Une exposition consacrée au vidéaste François-Xavier Courrèges a inauguré cette nouvelle orientation. Puis en 2004-2005, Jean-Christophe Nourisson a répondu à notre invitation en concevant l’exposition « Sur les bords, 7e version… ».
Le projet de faire de l’abbaye de Maubuisson un site d’art contemporain pose inévitablement la question de l’articulation entre patrimoine et création. Bien que l’idée d’une confrontation ou d’un dialogue de l’art actuel avec le patrimoine architectural nous soit devenue familière, force est de constater que leur mise en relation n’est pas toujours comprise par le public. De fait, la perception du lien instauré entre œuvres et monument suppose l’intervention active d’un sujet, et qui plus est d’un sujet qualifié, capable et désireux de reconnaître chacun des termes puis d’établir une relation, nécessairement symbolique et imaginaire, entre les deux. Démarche qui, inévitablement, questionne l’acte de perception en tant que tel et la capacité du visiteur à recevoir la représentation ou l’expérience du lieu transmise par l’artiste.
Constructions mentales, valeurs, au sens où Nietzsche le définissait, l’art et le patrimoine sont aujourd’hui dans une relation de tension, voire d’antagonisme, situation à partir de laquelle il semblait particulièrement intéressant de bâtir le projet artistique et culturel du site.
Le projet de l’abbaye inverse quelque peu la démarche des lieux patrimoniaux, s’éloignant en cela de la pratique de l’in situ : plutôt que de partir du site pour créer des œuvres, on privilégie l’univers d’un artiste et on lui propose de se servir des espaces – obscurs, lumineux, vastes, confinés, verticaux, horizontaux, intérieurs, extérieurs, urbains, spirituels…- comme d’une occasion donnée pour s’exposer.
L’abbaye se définit ainsi non comme un simple espace d’exposition mais comme un lieu unique, complexe, propre à susciter des démarches d’appropriation subjective et une transformation des lieux, renouvelée à chaque exposition.
L’abbaye étant un lieu fortement connoté, la pertinence des interventions artistiques passe d’abord par une interprétation ou au minimum une prise en compte de la réalité du site. Le lieu agit comme un « moteur » pour les artistes.
La grange à dîmes est utilisée comme un volume, une « boîte noire », lieu de tous les possibles. Le parc joue avec un environnement urbain ; lien entre l’histoire et la ville, il est à la fois un prolongement extérieur et naturel du bâti et un espace vert très riche comportant des éléments végétaux, hydrauliques et minéraux. L’abbaye est enfin un lieu historique, esthétique et spirituel. C’est un site complexe qui existe autant par ses absences, ses lacunes et les mutations urbaines inscrites dans le paysage que par ce qui a pu être restauré et conservé. Face à une matière aussi riche, l’abbaye de Maubuisson n’a pas souhaité recentrer la programmation autour d’une thématique définie. C’est à l’artiste de décider ce qu’il souhaite mettre en exergue, à lui de définir ses angles d’approche et de produire l’effet miroir grâce auquel le monument confère un relief particulier aux œuvres et réciproquement. C’est à l’artiste qu’il appartient de concevoir les espaces comme une sorte d’ordre mental, symbolique ou de s’attacher plutôt à leur réalité physique et matérielle. Emotion, sensibilité, mémoire, réflexion, distanciation critique ou ironique : tous les modes relationnels entre art et patrimoine peuvent être envisagés.
La programmation
La programmation se concrétise par l’organisation de deux expositions par an d’une durée de cinq mois chacune. Chaque exposition donne lieu à la production d’une ou plusieurs œuvres, créations pérennes – dont certaines pourront trouver un emplacement définitif dans le parc - ou installations éphémères. Un partenariat avec le FRAC d’Ile-de-France permet d’ouvrir la programmation aux artistes de la collection et d’enrichir cette dernière par l’achat de certaines des pièces produites.
Le nombre limité des expositions, leur durée et leur caractère monographique répondent à la volonté d’inscrire les actions de diffusion et de sensibilisation dans un programme concerté de recherche, de création et de formation. En aval, l’ensemble des documents ayant trait à la conception et à la réalisation des projets d’exposition sont collectés et conservés dans la perspective de disposer à terme d’un pôle d’études et de ressources.
La programmation prévoit aussi d’accorder une place régulière aux jeunes artistes.
En juin 2005, « chapitre deux », une carte blanche à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy permettra pour la seconde année consécutive de montrer les travaux d’une douzaine d’élèves de 3ème et 4ème année. L’abbaye de Maubuisson souhaite instaurer un partenariat régulier avec l’Ecole dont les préoccupations sont proches des nôtres - perception et investissement de l’environnement péri-urbain qui est commun à celui de l’abbaye, l’Ecole, comme Maubuisson, étant située sur la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise -.
Saint-Ouen-l'Aumône 95310 France (Ile-de-France)
Texte : A partir d’enregistrements qu’il réalise lui-même, Dominique Petitgand conçoit des pièces sonores éditées sur disques et/ou diffusées lors de séances d’écoute dans l’obscurité. Elles font par ailleurs l’objet d’installations qui, si elles ne donnent certes rien à voir – si ce n’est les lieux où elles prennent place –, se révèlent chargées d’images nichées dans l’espace mental de chaque visiteur/auditeur. Voix, bruits, silences et autres sons constituent la matière première dans laquelle l’artiste sculpte, au moyen du montage, de mystérieux récits, lacunaires et flottants. Une écriture à entendre, ou plutôt à écouter, charriant les souvenirs comme les rêves, appelant réminiscences et projections.
En ce lieu de silence qu’est l’Abbaye de Maubuisson – un ensemble de bâtiments du XIIIe siècle classé monument historique et devenu site d’art contemporain du Conseil général du Val d’Oise –, les œuvres de Petitgand, qui font elles-mêmes la part belle au(x) silence(s), résonnent d‘une façon toute particulière, quand bien même elles préexistent systématiquement aux lieux qu’elles investissent et prennent en compte leur seul contexte spatial et acoustique, et non historique.
Première étape du parcours de l’exposition
Quelqu’un est tombé , l’imposante Grange à dîmes accueille
Les Ballons (2006-2009), une installation sonore pour quatre haut-parleurs, répartis aux quatre coins du lieu. Aisément identifiables, des bruits de ballons tissent virtuellement, par leurs trajectoires résonantes et leur caractère répétitif, une figure en creux de l’entêtement, oscillant entre jeu et violence. Le registre
a priori ludique de l’œuvre se heurte en effet aux fracas divers qu’engendrent les rebonds des ballons sur un ensemble de réceptacles dont le timbre nuancé restitue une gamme de textures, permettant ainsi à l’œuvre de recouvrer une certaine matérialité. Située sur l’un des flancs de la bâtisse, une double porte, habituellement fermée, marque une ouverture sur l’extérieur, rendue toutefois impraticable par la présence d’une vitre en plexiglas laissant filtrer la lumière naturelle. La lumière, mais aussi les bruits extérieurs, pénètrent à l’intérieur de la grange, abri poreux plongé dans un clair-obscur nécessitant un certain temps d’adaptation visuelle. Inversement, les bruits des ballons, passés presque inaperçus avant l’entrée dans la grange, continuent à se faire entendre à sa sortie, maintenant leur présence puis se dissipant progressivement à mesure que l’on s’éloigne en direction de la seconde installation, située dans le parc, à proximité d’un banc (
Exhalaisons, 2002-2009). Deux haut-parleurs diffusent, dans le dos des auditeurs assis, des séquences sonores : soupirs, respirations, murmures, chantonnements, voix sans texte et sons « primitifs » composent une douce rumeur dont le volume maîtrisé crée un espace qui, bien qu’en extérieur, voire public, délimite une zone, presque intime. Pendant les plages de silence, les autres bruits environnants du parc transpercent ses parois invisibles, instaurant ainsi un dialogue aléatoire et perpétuellement changeant avec l’œuvre. L’artiste, tout en isolant le visiteur – ou le simple flâneur – devenu auditeur, ne l’enferme pas en voulant monopoliser son attention, laquelle peut tout aussi bien être distraite par les rires d’enfants jouant dans le parc ou le martèlement du bec d’un pic-vert contre un arbre voisin... Formant une sorte de palimpseste transparent, les couches de sons, pareilles à des calques, se superposent sans se recouvrir les unes les autres, permettant une écoute plurielle, ouverte.
Les balbutiements du langage et autres bruits cèdent la place à la parole qui intervient pour la première fois du parcours dans l’installation
Je parle (2009), présentée à juste titre dans l’ancien parloir de l’Abbaye. Deux haut-parleurs posés au sol et tournés contre les murs diffusent de longues séquences musicales résonnant dans tout l’espace, tandis que chacun des deux autres haut-parleurs, posé sur un socle et adoptant ainsi une stature totémique, quasi anthropomorphique, se trouve orienté vers une alcôve isolée acoustiquement, comme parée pour recueillir la parole. Ce procédé d’isolation est de nouveau utilisé dans la troisième et dernière salle de l’installation éponyme de l’exposition
Quelqu’un est tombé, prenant place dans les salles abbatiales. Les anciennes latrines ont en effet été transformées pour l’occasion en un espace feutré, cocon au sein duquel viennent se lover les mots, comme de précieuses confidences ou de lourds aveux.
« Quelqu’un est tombé. (…) Je marche, je trébuche, je tombe ». La série d’éclats sonores et les flux instrumentaux, respectivement diffusés dans la salle des religieuses et le sas intermédiaire que constitue l’antichambre, espaces successivement traversés par le visiteur pour accéder aux anciennes latrines, continuent à se faire entendre et contribuent à créer une vibrante tension dramatique.
L’installation éponyme de l’exposition
La tête la première, présentée au Frac Haute Normandie – dont on est tenté d’entendre quelque écho subliminal à l’exposition de Maubuisson tant le titre de la première constituerait une possible suite de la seconde –, bien que spécifiquement conçue pour le lieu, adopte plusieurs des procédés précédemment évoqués – l’isolement de la parole dans une pièce feutrée, la superposition des couches de sons, la délimitation de zones par la disposition des haut-parleurs et le règlement du volume sonore, le déplacement du visiteur, etc. – dont les effets collatéraux convergent vers la mise en place, et en scène – voire en pièces, détachées – d’un récit éclaté et haletant que l’artiste laisse à chacun le soin de reconstituer, de réécrire, de réinventer.
La dimension polysémique de l’art de Petitgand autorise à évoquer une certaine gravité, empruntée à double sens, puisqu’il est bien ici question de chute. Et la chute de l’histoire ? Une chute suspendue, libre, ouverte, de même qu’on ne saurait enfermer les créations de l’artiste dans l’art, la musique, la prise de son, l’écriture ou le montage, disciplines dont elles se réclament toutes. Au sein de l’œuvre de Dominique Petitgand, la figure de la chute restitue le vertige qu’elle provoque chez l’auditeur, balloté dans un espace-temps sans cesse reconfiguré, dé(multi)plié, évoluant entre fiction et réalité, angoisses et désirs, souvenirs et projections, ici et ailleurs. Autant de déplacements dont procède une troublante impermanence dessinant en pointillés des paysages (é)mouvants.
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La tête la première, jusqu'au 10 mai au Frac Haute Normandie, Sotteville lès Rouen.
Quelqu’un est tombé, jusqu'au 31 août à l'Abbaye de Maubuisson.
photos : © Marc Domage et © Catherine Brossais
Date de publication : 28/04/2009
Mots-clés : Dominique Petitgand, installations sonores, Abaye de Maubuisson, Frac Haute-Normandie
Inséré le : 28/04/2009 10:30
Site du Frac Haute-Normandie -
http://www.frachautenormandie.org/
le site de l'Abbaye de Maubuisson -
http://www.valdoise.fr