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Créativités partagées
Le chorégraphe Yutaka Takei interroge les notions d’auteur
Chapeau : Le festival Danse et Cirque de Saint-Gaudens, initié par l’école de danse 3A, accueillait pour sa septième édition la nouvelle création de la compagnie Forest Beats pour un hommage à l’art brut. Fort de son expérience aux côtés de Carolyn Carlson ou encore Raimund Hoghe, le chorégraphe Yutaka Takei propose un univers prolifique comme interrogation des notions d’auteur, de créativité et de partage.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : danse
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Yutaka Takei chorégraphe
Anthoni Dominguez rédacteur
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du 13/04/2009 00:00 au 16/04/2009 00:00
Saint-Gaudens 31800 France (Sud-Ouest)
Texte : Interroger les frontières et les critères de l’art est une entreprise courante depuis le développement des avant-gardes du début du XXe siècle, tellement courante qu’elle se suffit souvent à elle-même, oubliant de porter cette créativité incontrôlable et débridée qui est à l’origine de l’acte artistique, en deçà du discours ou de la forme. Quelle est la différence entre l’artiste et le non-artiste ? L’½uvre appartient-elle à son auteur ? Yutaka Takei se propose de célébrer la précarité et la spontanéité qui sont à l’origine du processus de création, cette prolifération désinvolte d’images intemporelles, fragiles, dégagées de toute prétention intellectuelle et démonstrative.
Frontières flottantes – Hommage à l’art brut n’a pas, à proprement parler, de début, ni de fin. Dès son entrée, le public est invité à s’asseoir alors que les interprètes, qui occupent déjà l’espace scénique, proposent à certains d’entre nous des gobelets remplis de peinture et des pinceaux. Aucune consigne n’est donnée. Les artistes évoluent sur un grand rectangle de papier craft, chargé de nombreux accessoires, Phil Reptil, armé de nombreuses machines, diffuse des bribes de voix incompréhensibles, alors que Nicolas Barraud filme la scène en diffusant la captation sur écran géant, mise en abîme d’un espace traditionnellement bien à l’abri dans ses frontières. Très vite, les plus téméraires s’avancent pour peindre sur le sol, Yutaka Takei nous invite à les rejoindre sur scène à l’aide d’un mégaphone, trois coups retentissent, inutiles car nous sommes déjà en situation de danse. Au bout d’un certain temps, les adultes se retirent alors que les enfants prennent leur temps, et le dernier participant est une petite fille rappelée à l’ordre par ses amis. Après cette entrée en matière presque anarchique durant laquelle les spectateurs parlent, rient, et gesticulent, les conventions reprennent lentement le dessus, pour un instant du moins : chacun « retrouve sa place », le silence se fait, les esprits s’apaisent, nous pensons que le spectacle commence. Yutaka Takei et Angélique Danguy entament en effet des mouvements puissants, éruptifs et virtuoses, alors que la peinture au sol les amène souvent au déséquilibre ou à la chute. Une multitude d’éléments commence à brouiller notre perception : des lettres sont projetées en fond de scène, des battements de c½ur amplifiés se conjuguent aux instruments analogiques, le chorégraphe se sert d’une serpillière comme pinceau et des flèches fluorescentes indiquent au sol un parcours tout à fait improbable. Si Jean Dubuffet entendait dévoiler, en réunissant les créations de médiums, de prisonniers et de pensionnaires d’asiles, des créations indemnes de toute culture artistique,
Frontières flottantes – Hommage à l’art brut ne relève pas de cet art spontané qui lui était cher. Cette ½uvre constitue un hommage et non un exercice de style. Ce foisonnement d’images et de symboles archétypaux (percussions, danse avec un bâton ou un miroir devant le visage) a justement le mérite de nous perdre dans nos propres référents, de rendre floues les grilles de lecture, de les vider de leur sens pour manifester l’imaginaire qui nous possède, que l’on se considère ou non comme artiste.
Crédits photos : Raphaël Kann.
Date de publication : 29/04/2009
Mots-clés : Le festival Danse et Cirque de Saint-Gaudens, Yutaka Takei
Inséré le : 29/04/2009 10:37