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La poésie en présence

Julien Blaine au Mac de Marseille

Chapeau : Julien Blaine fait partie de ces artistes qui extirpent la poésie de sa gaine étriquée. Qui la dévergondent, la conduisent vers les champs parfois plus arides des arts visuels, gestuels, sonores. Le Mac de Marseille présente, jusqu’au 19 septembre, une rétrospective de son œuvre foisonnante et vivifiante, transgressant les formes et les idées préétablies.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Genre Agenda : divers

Apparence :

Rubrique : Le Vrac

Julien BLAINE artiste
Frédéric KAHN rédacteur

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du 06/05/2009 00:00 au 19/09/2009 23:59
Salle : MAC de Marseille
69 avenue de Haïfa
04 91 25 01 07
Marseille 13 008 France (Sud-Est)




Texte : Julien Blaine est une sacrée nature et d’une rare générosité. Il embrasse la vie de tout son être. Mieux, il la fait jouir… En suivant le parcours de cet homme qui eut plusieurs vies (il fut notamment, sous le nom de Christian Poitevin, un élu à la culture de la Ville de Marseille particulièrement volontariste et efficace), on s’inscrit dans le sillage d’un art foncièrement irréductible.
Blaine a murmuré, vociféré ses poèmes. Comme d’autres avant lui, il a tissé des correspondances entre les mots, les sons et les couleurs. Il a fait sonner la langue à l’air libre, l’a habillée ou travestie, pour mieux la mettre à nu. Il l’a aussi mise en peinture et en sculpture. Il a édité un nombre impressionnant de livres, journaux et revues. Parmi lesquelles Doc(k)s, espace utopique et mondialiste ouvert à toutes les formes de singularités poétiques. « Le pouvoir est au discours / La vie est au verbe / Les doc(kers) rejettent tout pouvoir. » Esprit libertaire es-tu là ? Dans cette volonté d’écarter les murs, d’élargir l’horizon, de sortir du cadre, la forme esthétique est indissociable de la posture existentielle. La phrase doit déborder de la page, elle doit investir le terrain, l’espace et le temps, contaminer le monde, devenir performative. Alors Blaine joue avec les mots, à moins que ce soient eux qui se jouent de lui. Dans ses 13427 Poëmes métaphysiques, il démultiplie les confrontations, les équations entre le texte, l’image, le dessin… Et notre regard de faire lien et de finir l’opération.

Producteur acharné de performances, Blaine a aussi écrit avec son corps. Il l’a mis en danger, n’hésitant pas à le faire chuter du haut du monumental escalier de la gare Saint-Charles en une chorégraphie qui, filmée au ralenti, est particulièrement impressionnante. Il a mis la chair en situation, en acte, en question, n’a pas hésité à en faire un objet de risée : « J’ai été souvent ridicule et normalement grotesque de 1962 à 2004 (inclus). »
Il a voulu rétablir le lien avec les civilisations premières et ainsi réapprendre à célébrer la fulgurance magique du présent. Réfractaire à toutes les formes d’hégémonies, à commencer par celles du monothéisme, ses œuvres témoignent d’une volonté de faire religion entre les hommes, sans en passer par une médiation divine douteuse. Il a donc érigé des « totems/tour de Babel humaine intercontinentale » pour dresser des correspondances entre les civilisations, « réunir toutes les formes d’écritures originelles de la planète, dans leurs multiplicités de dires, de sons, de tonalités et de fréquences ». Il a voulu remonter à la source pour rendre l’instant plus désirable : « Je comprends alors qu’il est temps de refabriquer une mémoire, de rapporter et de réunir toutes les preuves des écritures oubliées. Je deviens créateur non plus dans l’invention, mais dans la prise de notes et la recension. »

Un tel habitant du monde a forcément des amis partout sur la planète. Il pratique, entre autre, le mail-art avec eux… L’ensemble exposé sur les murs est parfois émouvant, parfois anecdotique, parfois éminemment poétique, mais toujours vertigineux dans cette volonté d’embrasser l’univers tout entier, de le rassembler par la seule force de l’imaginaire. Il y a du déchet dans le Tri présenté par le Mac de Marseille ? Il s’en fout : « Pour moi, ce qui importe est le geste, la dimension physique de la poésie, qu’elle soit réactive, vivante. L’aboutissement ne m’intéresse pas, je n’ai jamais prétendu et ne prétendrai jamais à l’achèvement. » En tout cas, l’ensemble de l’exposition dégage une indéniable puissance plastique.

Il y a quatre ans donc, Blaine a décidé d’arrêter la performance. Mais, il ne s’est pas calmé pour autant. Il cherche toujours à inventer des langages de toute éternité, de toute universalité. Immanent au point de s’exposer, en chair, en os et en situation, durant toute la durée de l’exposition. Tout ça n’est pas très sérieux, n’est-ce pas ? Alors rions sans entraves. La Vérité pourrait en profiter pour nous sauter aux yeux. « Nous partons d’un postulat : le monde peut être entièrement lu ; en vertu de ce postulat, au lieu de penser et de traduire le monde, nous le restituons. »



>Un tri, jusqu’au 19 septembre au Mac de Marseille.

Date de publication : 28/05/2009


Mots-clés : poésie, artiste, mac, poëmes, tri, christian poitevin
Inséré le : 28/05/2009 10:31
Le site du Mac de Marseille - http://www.lesartistescontemporains.com/macmarseille.html