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Nouvelle renaissance
Volume sonore à Tours
Chapeau : Comment, quand on est artiste électronique, aller à la rencontre d’un public le plus large possible, intégrant notamment les personnes en situation de handicap ? Comment explorer les thématiques de la renaissance et du refuge ? Réponse du duo Alma Fury (Vonnick Mocholi et Claude Besnard), qui investit, du 30 juin au 27 septembre, un hôtel particulier historique de la ville de Tours.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : reportage (Mots-clés : )
Genre Ressource : reportage / enquête
Genre Agenda : événement / festival
Apparence :
Rubrique : 2009
Alma Fury Organisateur
Benoît FAURE architecte
François RICHARD écrivain
Laurent Catala rédacteur
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du 30/06/2009 00:00 au 27/09/2009 00:00
Tours 37000 France (Centre)
Texte : Alma Fury, qui assure chaque année la programmation électronique du festival Total Meeting au Petit Faucheux, à Tours, avait déjà travaillé sur des thématiques similaires de questionnement de l’espace, comme avec le plasticien Diego Movilla pour
The River. Mais avec
Volume sonore, c’est à un projet de longue haleine que le duo s’est attaqué, pour lequel il s’est associé avec l’architecte Benoît Faure, le technicien Charles Spehar ou l’écrivain François Richard.
« Monter ce projet fut un parcours initiatique pendant deux ans, résume Vonnick Mocholi, moitié d’Alma Fury.
Il y a eu des embûches, mais aussi des rencontres et des personnes enthousiastes adhérant d’emblée à ce projet qui, finalement , a pu voir le jour. Nous avons alors été soutenus par le Conseil Général. A deux, nous avons effectué le travail d’une équipe nombreuse : conception, coordination, matériaux, composition sonore, etc. Benoît Faure, l’architecte, a eu finalement peu de temps et nous a uniquement aidés pour réaliser les modélisations, Charles Spehar nous a permis de collaborer avec des personnes en situation de handicap et a magnifiquement assuré la réalisation technique. Quant à François Richard, écrivain, il a mené une réflexion et approche philosophique et poétique sur les notions d’écoute (ses textes seront publiés en ligne sur le site de Volume sonore
) ; il a aussi consacré du temps à la communication. »Renaissance et refugeUne logique pluridisciplinaire pour donner un nouveau visage à l’Hôtel Goüin, hôtel particulier du XVe siècle situé dans le centre de Tours et qui est un joyau de la Renaissance – et un nouveau sens au terme de « renaissance ».
« Nous avons effectivement retenu cette idée de ‘‘renaissance’’ à laquelle nous avons associé le concept de refuge, précise Vonnick Mocholi.
Les références à la Renaissance classique se retrouvent dans les modules installés , leur dessin reprenant certaines lignes de la façade ancienne (la voûte du dôme, les losanges de la structure photos/miroirs ...). Il faut savoir que l’Hôtel Goüin, après une destruction quasi totale pendant la Seconde Guerre mondiale, a été reconstruit à l’identique dans les années 1950, vivant ainsi une seconde renaissance. Le dôme, refuge d’écoute, est situé à l’emplacement même d’un tas de gravats, figurant sur un cliché de la société archéologique de Touraine de 1940. Cet épisode est présent dans la pièce sonore diffusée en quadriphonie à l’intérieur de ce dôme. Enfin, ce lieu, qui était un musée abritant des collections importantes allant de la préhistoire à l’époque moderne (dont des instruments de mesure de physique expérimentale, utilisés pour certains par Jean-Jacques Rousseau), va être rénové et changer de destination. Ce sera sa troisième renaissance. »Alma Fury invite donc l’auditeur/visiteur, en quelque sorte, à intégrer la parenthèse temporelle procédant de la fermeture provisoire du lieu :
« L’auditeur sera le témoin de cette renaissance, d’une manière active. » Quant à la notion de refuge, d’abri, elle se manifestera à la fois dans la cour et dans ce fameux dôme d’écoute, capsule hémisphérique blanche qui renvoie d’abord à un souci de perception physique individuelle :
« Le dôme sera effectivement le cadre d’une écoute individuelle qui permet le recentrage. On entre au c½ur du son source et on limite donc les sons environnementaux extérieurs. Mais la cour elle-même servira de refuge pour des grillons fictifs (électroniques ou enregistrés aux abords de la ville). Ce sera donc une invitation à une immersion dans la nature, représentant le souhait de chacun qu’elle puisse revenir dans les villes, comme le courant actuel nous le laisse présager... En même temps, ce sera aussi un refuge pour les humains : une halte dans la frénésie, une pause pour la réflexion et la méditation. »Pour ce faire, Alma Fury a donc conçu deux pièces sonores distinctes :
« La première, pour l’extérieur, dans la cour, est composée de ces enregistrements d’insectes, donc, mais aussi des oiseaux de la cour, ou encore de la soufflerie du restaurant voisin, que nous avons retraitée. Il s’agit, dans cette pièce, de se dissimuler par un choix ciblé des différentes fréquences : non pas de passer au-dessus du volume sonore des sons environnementaux déjà présents, mais de s’y insérer, de souligner certains de ces sons, de les mettre en exergue afin que l’auditeur prête davantage attention à la richesse des sonorités ambiantes. Les sons de la rue se retrouvent filtrés, modifiés ou amplifiés en raison de la configuration de cette cour, avec ses murs hauts… Quant à l’autre pièce, à l’intérieur du dôme, elle reprend en quadriphonie des épisodes passés, présents et futurs de l’histoire du lieu. Elle se réfère à cette idée de destruction/démolition. A un moment donné de la pièce, on ressentira physiquement les vibrations, le traitement des fréquences étant réalisé pour que l’on ait l’impression de capter ce phénomène depuis un abri... puis ce sera l’apaisement. Il s’agit, comme l’écrit François Richard, de "solliciter aussi son corps en ses tréfonds".
»L’humain, fil conducteur du projetAu-delà de ces dimensions de repli physique ou méditatif, on ressent aussi dans cette idée d’abri, un souci de respecter et de valoriser une certaine trame humaine, sans tomber dans la récupération factice.
« Elaborer un projet artistique ne signifie pas pour nous tomber dans l’auto-congratulation, mais plutôt inclure et collaborer avec les autres sur la sensibilité aux choses de l’art, le but n’étant pas de nous retrouver une poignée ‘‘d’élus.’’ Il ne s’agit en aucun cas non plus de donner dans le socio-culturel, même si nous sentons une telle demande des pouvoirs publics se profiler à l’horizon depuis quelques années, ni d’exploiter honteusement la misère humaine. » L’humain apparaît ainsi comme le véritable fil conducteur du projet.
« Nous avons demandé à des personnes en situation de handicap de façonner les modules du dôme. Ils nous ont expliqué qu’ils sont souvent les laissés-pour-compte des événements artistiques. Le directeur de l’ESAT [Etablissement ou service d’aide par le travail, Ndlr.]
a prévu de les emmener découvrir in situ
l’installation Volume sonore, et eux aussi découvriront ainsi un univers sonore différent de leur quotidien… Dans le même esprit, pour l’aménagement intérieur du dôme ainsi que les coussins d’écoute, nous avons privilégié du coton biologique du Burkina Faso (la culture du coton étant la plus polluante qui soit) passant par Fès et de petits ateliers artisanaux. » Les idées ne manquent pas pour ce dispositif sonore que vient compléter un système de réfléchissement photographique via un système de miroirs :
« Sur la façade, nous avons installé une structure représentant une situation d’écoute. Trois types de modules la composent : des modules blancs pour le son source, des miroirs pour le son environnemental, des fragments d’une photo ancienne de la façade pour les éclats de vie de chacun (dans une situation d’écoute. Ce dernier aspect constitue la réception, sachant que ces sons ne résonneront pas de la même façon chez chacun) , ces trois éléments étant rassemblés pour former une série de cubes... de volumes sonores. »Confirmation de ce désir d’ouverture des concepteurs du projet, un certain nombre de temps forts dédiés à des artistes extérieurs viendront conclure la manifestation en septembre : une soirée consacrée à la compositrice Eliane Radigue le 25 septembre (avec Manu Holterbach du label Shiin) ; des performances de Brandon Labelle (performance sonore pour personnes malentendantes), Christian Zanési et Ralph Steinbrüchel le 26 septembre ; enfin, une performance de Frédéric Nogray et de ses bols en silice le 27 septembre.
>Volume Sonore, du 30 juin au 27 septembre à l’Hôtel Goüin, à Tours. Concert le 27 septembre.
Date de publication : 24/06/2009
Inséré le : 24/06/2009 15:25
Le site de Volume Sonore -
http://www.volume-sonore.org
Thèmes : nouvelles pratiques sonores,