Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Epitaphe pour Pina Bausch

Adieux de Jean-Marc Adolphe à la chorégraphe morte le 30 juin dernier

Chapeau : Avec la disparition de Pina Bausch, ce n’est pas seulement le « monde de la danse » qui perd une immense artiste, c’est le monde tout court qui perd une âme.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Genre Agenda : danse

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Pina BAUSCH chorégraphe-interprète
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

rectangle_pina.jpg ()
petit_pina.jpg ()

Texte : Non, les dieux ne sont pas
morts. Ils ne sont pas vivants
non plus. Ils sont seulement
les dieux.

(Roger Munier, L’Instant)

Bonheur de ne pas travailler pour l’un de ces journaux où il aurait fallu écrire une nécrologie. Appris sa mort, si brutale, en plein séminaire de Mouvement. Avoir la chance d’être encore capable de pleurer. L’impression, avec Pina Bausch, de perdre une amie intime. Non pas pour avoir eu la chance, encore, de la rencontrer et de réaliser avec elle un très bel entretien (in Guy Delahaye, Pina Bausch, éditions Actes Sud). Mais parce que, dans chacun de ses spectacles, Pina mettait à nu notre intimité à tous et à chacun. Là, partant, elle nous laisse soudain orphelins d’un monde plus grand que le monde. C’est un univers qui s’en va. D’autres constellations vont naître, mais cet univers-là, personne ne le remplacera.
A quelques jours d’écart, Michael Jackson et Pina Bausch. Le jour (les sunlights de l’icône blanchie dans l’ère des médias) et la nuit (cette Plainte de l’impératrice dont Pina fit un film absolument unique, l’aveugle de E la nave va, la tâtonnante de Café Müller).
Adieu Pina, comme merci. Ce n’est pas un hasard, je crois, si l’un de tes interprètes essentiels s’appelle Mercy (Dominique).
Tu es partie vite, d’un cancer fulgurant, ont dit sur les journaux. Clope sur clope, forcément, ça laisse des marques. Mais je n’y crois pas, moi, aux maladies fulgurantes. Depuis toujours, je crois, tu étais malade. D’être née en Allemagne en 1940, dans un pays dévasté à jamais par un la folie d’un homme (Hitler) et d’un système (le nazisme). Malade, aussi, d’avoir perdu si tôt l’amour de ta vie, Rolf Borzik, le scénographe de tes rêves. Mais il n’est de création véritable qui ne cherche à enfouir les blessures que la vie nous réserve, et à en exhumer, malgré tout, une certaine beauté. C’est une leçon que devraient méditer tous les créatifs d’aujourd’hui, occupés qu’ils sont à rentabiliser le marketing de nos émotions.
Merci enfin, Pina, d’avoir si bien traduit en actes de corps cette question lumineuse de ta s½ur Hanna Arendt : « A quoi bon venir au monde si ce n’est pour tenter d’accroître la connaissance de l’humanité ? »

Crédits photos :
Une : Pina Bausch in Café Müller. Crédits : Guy Delahaye.
Article : Kontakthof 2008 de Pina Bausch. © Ursula Kaufmann.

Date de publication : 08/07/2009


Mots-clés : décès, hommage, adieu, merci, intimité
Inséré le : 08/07/2009 15:33
Thèmes : danse contemporaine,