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L’art jette l’ancre sur les rives de la Loire
Estuaire 09 de Nantes à Saint-Nazaire
Chapeau : Penser l’aménagement d’un territoire et faire connaître l’art contemporain : c'est le double défi que relève Estuaire. Initié par Jean Blaise, directeur du Lieu Unique à Nantes, le projet couvre de vastes territoires, tant artistiques que physiques.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 2009
Rubrique : Espace critique
Kawamata artiste
Stéphane Thidet artiste
Pascaline Vallée rédacteur
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du 05/06/2009 00:00 au 16/08/2009 00:00
Nantes 44000 France (Nord-Ouest)
Texte : Scène étrange sur le canal de la Martinière, près de Nantes. Courbé, figé dans sa fuite, un voilier de 9 m de long tente de franchir l’écluse pour remonter la Loire. Son nom :
Misconceivable. C’est une œuvre de l’Autrichien Erwin Wurm, créée en 2007 pour la première édition d’Estuaire. Un peu en amont, le pendule de Roman Signier modifie l’architecture d’une centrale à béton désaffectée. Plus bas, à Saint-Nazaire, Gilles Clément réhabilite sur le toit de la base sous-marine le « tiers-paysage », plantes et organismes des terrains abandonnés. Pour apprécier Estuaire, on peut être tendance art contemporain, architecte, écolo… ou simple amateur de balades sortant de l’ordinaire. Avec plus de vingt lieux investis, la manifestation allie en effet plusieurs aspects, n’oubliant pas que qui dit art dit contexte, spatial et historique. Une
« forme de définition du territoire », selon David Moinard, codirecteur artistique d’Estuaire, qui pousse à la réflexion mais peut aussi s’apprécier en simple spectateur d’un paysage.
Du geste artistique au geste écologiqueSur l’île de Nantes, où dorment les machines de la compagnie Royal de Luxe, la balade se veut artistique avant tout. A l’Hôtel de Région, Stéphane Thidet a installé son
Refuge de bois, à l’intérieur duquel sévit une pluie diluvienne et fascinante. Au Hangar à bananes, le Frac Pays de la Loire expose des œuvres de sa collection autour du thème du mystère de la création. Une approche empirique de l’art contemporain, qui invite à se laisser envahir par l’univers de l’artiste sans forcement en percer le mystère. En détruisant l’image physique au profit de l’image mentale, les œuvres se font moteurs d’histoires ou objets de fascination, formant un ensemble hétéroclite autour d’un thème,
« Le sang d’un poète », inspiré du film de Cocteau. Un esprit surréaliste auquel les vidéos de Guido van der Werve, Ursula Mayer ou Daria Martin, présentées dans les alcôves, font honneur.
A l’opposé, les œuvres pérennes d’Estuaire s’ancrent totalement dans le réel – ici le territoire. Aux Carnets les structures sont inscrites dans le décors. Capsule dans un arbre, van, igloo en terre, arche en bois, panneaux publicitaires… Artistes et architectes ont imaginé des modules pour accueillir un ou deux dormeurs. Un « village des pionniers » planté avec attention, car la zone, en particulier la rive, est protégée. Comme à Lavau, où l’œuvre de Tadashi Kawamata permet de parcourir les marécages. En 2007, le Japonais avait créé un observatoire en bois, désormais relié au village par un chemin de planches, ponctué d’espaces plus larges propices à la méditation. Au point de départ, dans le village, Yseult, propriétaire d’une maison de Lavau, en a fait une crêperie-bouquiniste qui participe à l’événement.
Les rives de la Loire sont donc peu à peu jalonnées d’œuvres d’art pérennes qui formeront, au terme du projet étalé sur six ans, une collection impliquant chaque commune propriétaire d’une pièce. A terme, une petite structure sera mise en place pour l’entretien des œuvres. Mais la démarche initiée par Jean Blaise, directeur du Lieu Unique à Nantes, va plus loin.
« Nous voulons continuer à associer les artistes à la réflexion sur le territoire, explique David Moinard.
C’est un laboratoire. Les mêmes enjeux rassemblent les associations de protection de l’environnement et les grandes compagnies. » Ainsi de la passerelle de Tadashi Kawamata, achevée grâce au mécénat du Conservatoire du Littoral et d’EDF.
Une démarche participativeImpliquer semble être le maître mot d’Estuaire. Au-delà de l’expérience d’une nuit aux Carnets, le jardin étoilé de Kinya Maruyama mêle l’aspect ludique et la conscience écologique. Avec un groupe d’architectes japonais, des étudiants de Nantes et les enfants du village de Paimboeuf, l’artiste a créé depuis 2007 un véritable parc d’attraction naturel avec les matériaux du coin. Tours en bois, passages en tout genre, potager de légumes japonais… Le petit monde de Kinya est devenu celui de tout le village, à qui il ouvre totalement le jardin grâce à une « clôture magique ».
Traverser les faisceaux de l’œuvre d’Anthony McCall, activer celle de Céleste Boursier-Mougenot, parcourir la promenade de Tadashi Kawamata… De Nantes à Saint-Nazaire, Estuaire invite donc à expérimenter l’art et la nature. A Nantes, parmi les nombreuses œuvres de qualité, celle de Stéphane Thidet au château (notre photo) frappe particulièrement. Pour sa première œuvre en espace public, l’artiste a choisi de créer un espace anachronique, en installant une meute de loups dans les douves du château. Un simple bout de nature sauvage dans la ville, qui convoque avec force fantasmes et mythologies d’hier et d’aujourd’hui.
Autre lieu : Cordemais, à 40 min de Nantes. Les cheminées rouges et blanches de la plus grande centrale thermique à flamme de France se dressent sur la rive. A quelques mètres, des groupes de maisons pavillonnaires. Tatzu Nishi (qui avait déjà sévi sur la place Royale de Nantes en 2007) a produit une synthèse étonnante des deux, perchant une petite maison sur une fausse cheminée haute de 15 mètres. Devant sa
Villa cheminée, la commune de Bouée a aménagé un ponton pour les promeneurs. Un appel à l’imaginaire et à la conscience collective, à l’image de l’ensemble d’Estuaire 09.
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Estuaire 09, Le paysage, l’art et le fleuve, du 5 juin au 16 août de Nantes à Saint-Nazaire.
Crédits photos :
Une : Tadashi Kawamata,
L'observatoire, Lavau-sur-Loire, création pérenne
Estuaire 2007 - évolutive 2009 © Gino Maccarinelli.
Article : Stéphane Thidet,
La meute, Château des ducs de Bretagne.
© Stéphane Thidet.
Mots-clés : promenade, architecture, paysage, espace public, nature
Inséré le : 08/07/2009 16:00
http://www.estuaire.info/