Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Entretien avec Gildas Leroux, gérant de la Compagnie des Indes
Chapeau : Entretien avec Gildas Le Roux, Gérant de la Compagnie des Indes, en situation de quasi exclusivité sur toutes les images filmées du Festival d’Avignon.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Genre Agenda : vidéo / multimédia
Apparence :
Gildas Leroux directeur de structure
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Texte : La Compagnie des Indes, est une SARL au capital de 45.000 euros dont le Gérant est le producteur Gildas Le Roux. Son activité (code APE) est la production de films institutionnels et publicitaires. Au dernier exercice connu (31/12/2007), cette SARL domiciliée à Issy-les-Moulineaux, qui emploie de 6 à 9 salariés permanents a réalisé un chiffre d’affaires de 1.539.745 € et a dégagé un résultat net de 63.263 €.
La Compagnie des Indes est présente depuis une dizaine d’années au Festival d’Avignon. Elle a notamment produit, avec ARTE Video, le « Coffret Festival d’Avignon, 60e anniversaire ».
www.compagniedesindes.tv
Gildas Le Roux - La Cie des Indes est partenaire du festival d’Avignon depuis treize ans sur le fait de faciliter la médiatisation du festival auprès des organismes de presse, télévisés en particulier. Et donc depuis 13 ans, j’avais décidé, dans un acte citoyen et sur mes propres deniers, de filmer tous les spectacles du « in ». Depuis 2 ans et demi, on a une toute petite aide du festival ; jusqu’à présent on faisait ça sur nos deniers.
Arte étant également partenaire du Festival d’Avignon, nous avons convenu cette année avec Arte et François Berreur des Solitaires Intempestifs de pouvoir faire un échange d’extraits de spectacles tournés pendant les générales, accessibles sur les sites d’Arte et de theatre-contemporain.net. Après, il y a eu un certain nombre de demandes de médias tels que L’Express, Le Figaro, Télérama…, en disant « on aimerait bien reprendre des éléments qui sont sur notre site. J’ai dit à Hortense Archambault que ça pouvait être une occasion de médiatisation plus forte. Et elle m’a dit non. Donc j’ai interdit que mes images partent sur d’autres sites que celui d’Arte
Jean-Marc Adolphe – Pour quelle raison Hortense Archambault s’est-elle opposée à cette diffusion ?
Gildas Le Roux – Je n’en sais rien.
Jean-Marc Adolphe – Quel est le contrat qui vous lie au Festival d’Avignon ?
Mouvement a engagé un cameraman pour filmer la conférence d’Edgar Morin dans le cadre du Théâtre des Idées, après que la réalisatrice ait eu l’autorisation d’Edgar Morin. S’il y a un contrat d’exclusivité et que je suis obligé de passer par vous, ce ne seront pas les mêmes images. Mais si la réalisatrice souhaite 10 minutes de la conférence d’Edgar Morin, ou si je souhaite utiliser un extrait pour le site internet de Mouvement, si ce n’est pas le cameraman des Editions du Mouvement qui filme, je dois m’adresser à vous, comment ça se négocie après ?
Gildas Le Roux – D’abord, pour répondre plus complètement à votre question, le Festival d’Avignon fait en sorte de faire signer à toutes les compagnies une autorisation de tournage par la Compagnie des Indes à des fins non commerciales. Ce qu’on s’attache à faire, c’est que les 3 minutes d’extraits des différents spectacles, conférences ou autres manifestations du festival, soient le reflet de ce qu’ont été les spectacles. C’est ensuite validé par les metteurs en scène des différentes compagnies, et par la direction du Festival d’Avignon, de manière à avoir un contrôle sur ce qui part sur internet et que ce ne soit pas n’importe quoi. C’est pour ça que toutes les web-tv sont quasiment interdites dans le festival in, parce qu’on a connu des années –en particulier il y a cinq ans-, des gens qui venaient avec une caméra, qui faisaient trois petits tours dans la Cour d’Honneur et qui envoyaient ça ensuite dans leur garage sur le net ; c’était déplorable, et ça donnait donc une mauvaise image du spectacle et du festival. Ce n’est pas une position monopolistique mais c’est une position de contrôle, en fin de compte.
Jean-Marc Adolphe – Dans le cas du site internet de Mouvement : la revue est payante, vendue en kiosques et sur abonnements, mais l’accès au site internet est gratuit. Est-ce que si on vous demande un extrait de 3 minutes du spectacle de Pippo Delbono pour mettre en contenu multimédia sur liste internet de Mouvement, est-ce considéré comme usage commercial ou non-commercial ?
Gildas Le Roux – Si c’est un site non-payant, ce n’est pas commercial, effectivement.
Jean-Marc Adolphe – Autre cas de figure. Dans le documentaire que prépare Sonia Léontieff, il y a une production derrière, elle est en pourparlers avec l’Office National du Film au Canada, c’est un film qui va être distribué, qui va être éventuellement vendu à une chaîne de télévision ; on est là dans le cadre d’une exploitation commerciale.
Gildas Le Roux – Absolument.
Jean-Marc Adolphe – Comment ça se passe si les Editions du Mouvement, qui sont coproductrices du documentaire de Sonia Léontieff, vous demandent 5 à 10 minutes du documentaire d’Edgar Morin, vous avez un barème ?
Gildas Le Roux – Tout à fait, il y a un responsable chez moi qui s’appelle Julien Croce qui s’occupe de ça. C’est en fonction de la durée des extraits, de la géographie de diffusion, et de la durée dans le temps des contrats. Il y a déjà pas mal de documentaires qui ont été faits à partir de nos archives ; nous-mêmes en avons fait.
5.000 euros d’aide du Festival
pour faire travailler
127 personnes pendant un mois !Jean-Marc Adolphe – Vous parliez des années où vous avez commencé, voici 13 ans. C’était donc sous le mandat de Bernard Faivre d’Arcier ?
Gildas Le Roux – Absolument. Quand Jérôme Deschamps était dans la Cour d’Honneur avec « Les pieds dans l’eau ».
Jean-Marc Adolphe – Et là, vous dites que depuis deux ou trois ans ça a changé.
Gildas Le Roux – Non, ça n’a pas changé. C’est-à-dire que je reçois 5.000 euros du Festival d’Avignon sur des opérations qui m’en coûtent 30.000. Ça me permet d’avoir un peu d’air, mais ça leur permet d’avoir la jouissance de leurs archives ainsi que la Maison Jean Vilar ainsi que la Bibliothèque Nationale. Je m’inscris dans un acte citoyen …
Jean-Marc Adolphe – Et pour ça, le Festival d’Avignon vous paie 5.000 euros ?
Gildas Le Roux – C’est comme ça. Moi, je me rattrape avec mes productions, avec « Casimir et Caroline », avec « Angelo, tyran de Padoue », avec tous les magazines France 2… c’est avec cet argent-là que je paie mes mémoires, mais pour autant je donne de l’argent au festival.
Jean-Marc Adolphe – A Avignon vous avez une équipe de cameramen, de chargés de production.
Gildas Le Roux – Oui, il y a 127 personnes sur la production.
Je fais très en amont avec Vincent Baudriller et Hortense Archambault de ce que va être le programme ; et je dis « ça on pourrait peut-être le proposer à France 2 ; ça à France 3 », et pour être encore plus précis, sur « Angelo, tyran de Padoue », le festival n’avait pas assez d’argent pour monter le spectacle, et je leur ai trouvé de l’argent (100.000 euros) pour qu’ils puissent monter le spectacle.
15 à 20 % de droit de suite reversés
au Festival d’Avignon
pour l’exploitation audiovisuelle
d’un spectacleJean-Marc Adolphe – Est-ce que le Festival d’Avignon a un droit de suite sur ces œuvres audiovisuelles, un pourcentage sur les ventes ultérieures ?
Gildas Le Roux – Oui, parce que le Festival d’Avignon est coproducteur des spectacles. C’est le cas d’ « Angelo tyran de Padoue ».
Jean-Marc Adolphe - Donc le Festival d’Avignon est producteur du spectacle et il y a un avenant au contrat qui fait que sur le film, ils récupèrent une partie de la production.
Gildas Le Roux – Exact.
Jean-Marc Adolphe - C’est étrange. Quand un théâtre est producteur délégué d’un spectacle, et qu’il en organise la tournée, il demande parfois un droit de suite.
Gildas Le Roux – C’est quelque chose auquel je suis très attaché. Je considère que si le spectacle existe, c’est parce que des gens ont investi dans ce spectacle et par conséquent je ne veux jamais que les compagnies perdent le contrôle des productions que je fais. Donc ils ont toujours un droit de regard sur les productions. Moi, je suis là pour rendre via la télévision ou via internet ou via la téléphonie mobile ou via des salles de cinéma… ; je fais partager à un grand nombre ce qu’un petit nombre voit dans le spectacle, et il est donc normal que les créateurs de ces spectacles aient une part de coproduction dans mes films.
Jean-Marc Adolphe – Ce n’est pas la question que je vous posais. Dans le cas de « Angelo tyran de Padoue », le Festival d’Avignon a certes produit le spectacle. Il y a donc un « produit » qui s’appelle « le spectacle ». Et ensuite il y a un autre « produit » qui s’appelle un « film » réalisé à partir du spectacle. Ce qui est étonnant, c’est que le Festival d’Avignon vous donne 5.000 euros en tout et pour tout, c’est vous qui trouvez le reste ; vous leur amenez même une part de coproduction sur le spectacle ; et cependant, le Festival d’Avignon demande un droit de suite sur un « produit » audiovisuel dont il n’a pas été coproducteur. Le Festival d’Avignon a coproduit le spectacle, mais pas le film.
Gildas Le Roux – Euh…. Oui, mais c’est toujours le même propos… Le Festival d’Avignon a été à l’origine producteur du spectacle ; après ça, je leur ai amené France Télévisions Distribution pour 100.000 euros, qui devient coproducteur du spectacle. Après ça, j’interviens pour être producteur d’un film et dans ce film, je laisse au Festival d’Avignon et à France Télévisions Distribution des pourcentages sur les ventes de ces films dans l’avenir.
Jean-Marc Adolphe – Mais ce n’est pas normal ?
Gildas Le Roux – Si, c’est normal, de la même manière que les comédiens, le metteur en scène, touchent de l’argent à chaque fois que je vends ces films.
Jean-Marc Adolphe – Ça, c’est normal, mais… Le spectacle « Angelo, tyran de padoue » a été produit par le Festival d’Avignon qui en est le producteur délégué –et qui pour cela, outre les subventions que reçoit le Festival d’Avignon en tant que tel, a bénéficié pour ce projet précis d’aides publiques de la Région Ile-de-France et de la Ville de Paris (via le 104), d’un soutien de l’Adami, et de la participation artistique du Jeune Théâtre National. Admettons, si le spectacle est repris un mois dans un « théâtre national » et si c’est prévu dans le contrat, que sur l’exploitation du spectacle, le Festival d’Avignon souhaite récupérer une partie de sa mise initiale. Mais le film, c’est un autre « produit ». Certes, c’est un « produit dérivé » du spectacle, mais selon ce que vous m’avez dit précédemment, le Festival d’Avignon n’a pas coproduit spécifiquement le film.
Gildas Le Roux – Si, parce que dans mes contrats, je fais en sorte que les producteurs du spectacle soient coproducteurs de films, à chaque fois.
Jean-Marc Adolphe – Oui mais là, concrètement, le Festival d’Avignon n’a pas mis d’argent.
Gildas Le Roux – Non, le Festival d’Avignon n’a pas mis d’argent ; il fait l’apport du spectacle. C’est comme ça que je travaille avec le CNC, avec l’ADAMI, la SACD, etc., de manière à ce que les producteurs ou les ayant-droits ou les interprètes ne soient pas lésés. Ce n’est pas vrai sur un documentaire, ce n’est pas vrai sur un magazine, mais c’est vrai sur la captation ou la recréation ou le film d’un spectacle.
Jean-Marc Adolphe – Et concrètement, sur l’exploitation du film que vous produisez sur « Angelo, tyran de Padoue », combien reversez-vous au Festival d’Avignon ?
Gildas Le Roux – De toute façon, ils n’auront jamais d’argent, puisque « Angelo, tyran de Padoue » a été diffusé une fois sur France 2, je ne le vendrai ni en Belgique, ni en Suisse, ni au Canada, j’en ferai cadeau à l’Afrique qui n’a pas le moyen de se le payer, et c’est tout. Donc le Festival d’Avignon et France Télévisions Distribution ne retrouveront jamais leur mise.
Jean-Marc Adolphe – Et de quel ordre est le pourcentage qui reviendrait au Festival d’Avignon et France Télévisions Distribution sur l’éventuelle exploitation ultérieure du film ? 5 % ? 10 % ?
Gildas Le Roux – Non, c’est plutôt de l’ordre de 15 à 20 %.
Jean-Marc Adolphe - 15 à 20 % pour le Festival d’Avignon, et 15 à 20 % pour France Télévisions ?
Gildas Le Roux – Oui, c’est ça.
Jean-Marc Adolphe – Bien… Autant je trouve cela normal en ce qui concerne France Télévisions qui n’est pas habituellement producteur de spectacles, parce qu’il y a à l’arrivée un film qui peut éventuellement être vendu ; je trouve cela quelque peu bizarre de la part du Festival d’Avignon qui n’est pas un festival de cinéma.
Gildas Le Roux – En tout cas, cela fait vingt ans que je pratique comme cela.
Jean-Marc Adolphe – Par ailleurs, Rémi Fort, du service de presse du Festival d’Avignon, m’a dit que vous aviez demandé à renégocier avec la direction du festival les accords de cession des images que vous tournez sur le Festival d’Avignon ?
Gildas Le Roux – Je ne suis pas au courant de ça. Non…
Entretien réalisé par téléphone le 25 juillet 2009.(Mention obligatoire pour toute citation de cet entretien : « entretien réalisé par Jean-Marc Adolphe, directeur de la revue
Mouvement)
Date de publication : 28/07/2009
Mots-clés : Avignon, procès, quasi monopole, diffusion, vidéo, compagnie des Indes
Inséré le : 28/07/2009 11:29
http://www.compagniedesindes.tv