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Violoncelle Acrylique

Vincent Segal

Chapeau : Moitié de l'ébouriffant duo Bumcello, le violoncelliste Vincent Segal multiplie les collaborations, explorant tous les styles musicaux et tous les domaines artistiques. Un personnage aussi incontournable qu'insaisissable, capté par le bruit du monde.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre Ressource : portrait

Genre Agenda : musique

Rubrique : 51

Anne-Laure Lemancel rédacteur
Vincent SEGAL violoncelliste

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Texte : Biographie / Né en 1967 à Reims, le violoncelliste Vincent Segal tisse ses premières gammes dans les classes musique de l’école primaire, sous l’égide de Pierre Penassou, puis intègre le CNSM de Lyon. En 1986, il part étudier à la Banff School of Fine Arts au Canada, qui conforte son goût pour l’éclectisme. Homme de culture, curieux de tous les arts, ouvert à tous les sons, il frotte son archet à la littérature (François Bon, Marian-ne Faithfull), la danse (Alain Buffard, Stép hanie Aubin), au cinéma (Alexandre Desplat). La liste de ses collaborations s’étend à l'infini : M, Jeanne Cherhal, Moustaki, Glenn Ferris, Carlinhos Brown, Nana Vasconcelos, Chuck Brown, Elvis Costello, Blackalicious, Cesaria Evora… Avec Cyril Atef, il trouve un partenaire à sa démesure pour créer en 1999 cet OMNI (Objet Musical Non Identifié) nommé Bumcello.


Un soleil printanier darde ses doux rayons dans une cour du Marais, havre d’oiseaux matinaux. Sur ses pierres envahies de végétation anarchique, sous ses pavés, des notes ricochent, un archet pleure, s’enroule aux feuilles… C’est ici, dans ce brin de campagne à Paris, que le violoncelliste Vincent Segal, moitié du duo anti-formatage et 100 % explosif Bumcello, a établi résidence et studio de répétition. Un moment de répit – squatté par une journaliste – avant de reprendre le fil d’un agenda que l’on qualifiera de « bien rempli ». Un euphémisme. Depuis une semaine, Vincent a successivement : accompagné en studio Agnès Jaoui, dont il réalise le nouveau disque ; fait guincher les foules ch’tites, lors d’un bal solo ; sublimé la « comédie musicale » (Not) A Love Song du chorégraphe Alain Buffard en terres lilloises ; électrisé la centrale pénitentiaire de Saint-Maur, dans l’Indre, avec son compère Cyril Atef… Et ça n’est pas fini : dans deux heures précises, son violoncelle et lui s’embarquent pour le Luxembourg, pour une lecture musicale des sonnets de Shakespeare par Marianne Faithfull, qui le qualifie au passage de « meilleur violoncelliste du monde ».
Dans ce vertige du temps, celui que les mamans des sorties d’école pensent « chômeur » (la souplesse horaire des musiciens…) ménage des plages pour ses enfants, 11 et 13 ans. L’homme dort quatre heures par nuit ; Vincent Segal est partout. Sous les feux de la rampe avec M ou Bumcello, son nom à la réalisation se dissimule dans les pages des livrets de Franck Monnet, Jeanne Cherhal, Dupain, Georges Moustaki, dans celles de Vanessa Paradis, Brigitte Fontaine, Zenzile, Dick Annegarn, René Lacaille ou Tryo… On le croise en terres africaines aux côtés de Doudou N’Diaye Rose Jr, Lokua Kanza, Ray Lema, Pierre Akendengue, Papa Wemba, Cesaria Evora, Cheick Tidiane Seck, brésiliennes avec Carlinhos Brown et Nana Vasconcelos, anglo-saxonnes lorsqu’il accompagne Chuck Brown, les P-Funk All Stars de George Clinton, Elvis Costello ou le hip-hop californien de Blackalicious, jazz autour de Julien Lourau ou François Merville… Avec toujours cette impression, lorsqu’on le présente, de passer en revue le gotha musical mondial ! Qu’il prête son archet virtuose à l’Ensemble Intercontemporain (pour le Professor Bad Trip de Fausto Romitelli) ou le frotte à l’art de chorégraphes (Brigitte Farges, Stéphanie Aubin…), qu’il travaille avec le compositeur de musiques de films Alexandre Desplat ou vagabonde sur des mots d’écrivains (François Bon, Eric Meunié…), Vincent Segal serait, selon son ami graffeur Skki, « comme l’acrylique : un médium pour tous les mélanges ».
S’il butine les meilleurs pollens, on ne pourrait pour autant qu’il papillonne. Il capte l’essence et le c½ur, s’inscrit dans l’intensité du présent, sans tout à fait se laisser surprendre. Insaisissable, Vincent Segal ? Il esquive les questions, esquisse des réponses, parle des autres pour éviter de parler de lui, témoigne d’une pudeur manifeste pour toute tentative de portrait ou d’appropriation psychologique, se retranche derrière d’éloquents silences, ou des notes de musique : ces « magiciennes » qui délivrent leurs beaux secrets. T-Bone Guarnerius(1) sur la platine, Vincent rit, commente ce miroir en clair-obscur et diffracté, qui capte la lumière sonore de lieux chers, selon le concept de Gilles Deleuze, une « musique de territoire », ou renvoie l’image tendre des aimés, des pères/pairs : la leçon de musique de Mama Ohandja, le trombone de Glenn Ferris, la résonance d’une imprimerie désaffectée avec le guitariste Gilles Coronado, les mélopées du flûtiste Malik dans l’église d’un bout d’île, le ressac des marées, l’aube du périph’ sous les doigts du guitariste Seb Martel. Et ce seau d’eau qui tombe sur une valse de la place des Vosges, par l’accordéoniste Pascal Palisco, ponctuée de cette injonction : « Vous arrêtez la musique, ou j’appelle la police ! » Mais la musique ne s’arrête pas, elle fait sienne l’injure, se renouvelle au souffle vital du violoncelle, qui toujours convoque le lieu et le temps. Un rapport quasi « proustien », selon Olivier Roubert, publicitaire, photographe, graphiste des albums de Bumcello, et meilleur ami de Vincent depuis sa naissance. Dans le foisonnement organisé du studio segalien, les « madeleines » prennent l’allure de livres de graff ou d’albums de photos soigneusement mis à jour, qu’il feuillette et explique en vrac : tags, foule massive au concert de M, Nana Vasconcelos… La mémoire surgit, puzzle reconstruit par des amis qui livrent ce qui les touche.

Date de publication : 03/09/2009


Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : Vincent Segal, violoncelles, musique
Inséré le : 03/09/2009 14:14
Thèmes : musique,