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Vincennes (qu'on ne connaîtra jamais)
Les 40 ans de Paris-VIII
Chapeau : Centre Universitaire Expérimental de Vincennes (Paris-VIII) fête, en 2009, le 40e anniversaire de sa création, au lendemain des événements de Mai 68. Vincennes promettait une autre université, vraiment libre, inter-trans-extradisciplinaire, inventive, critique, absolument, et avant-gardiste, véritablement tous les jours.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : texte d'artiste (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'artiste
Genre Agenda : divers
Apparence :
Rubrique : 51
Hélène CIXOUS artiste
Arnaud SAINT-MARTIN rédacteur
Olivier SECARDIN rédacteur
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Texte : Rêve, je te dis.
Tu sais bien que ce qui se dit la nuit ne voit jamais le jour.
Peut-être mais
ça promet. Ça promet, dit-elle – elle, c’est Hélène Cixous –,
ça promet, c’est tellement intraduisible, c’est tellement français,
ça n’appartient pas aux rêves. Je lui réponds, non,
ça ne se peut pas. Non, enfin oui parce que
ça fait longtemps que
ça ne promet plus rien, que
ça n’engage plus à rien, en rêve comme sur les campus. Si
ça promet, ça ne promet rien de bon.
Ça fait longtemps qu’on ne rêve plus. D’ailleurs,
ça fait long feu, l’expérience poétique et l’expérimentation philosophique, toutes ces sortes de rêves. Comme
ça, à mes nuits et à la fac, j’y vais toujours les poings serrés.
Elle – Il suffisait d’avoir entendu une phrase d’un certain prédateur présidentiel pour savoir ce qui nous attendait. Il suffisait d’avoir entendu que
Tout est possible pour savoir immédiatement ce qui nous attendait.
Ça s’entendait, les bottes.
Ça s’entendait de loin. A nos portes et sous nos fenêtres, dans le sillage de nos oreilles crédules. C’était là, le
ça s’entendait exactement depuis le lieu de celui qui écoute.
Ça donne le
la. Ça en faisait des tonnes, de promesses, promettait de dire la vérité, comme toujours avec la vérité.
On se disait en frissonnant « ça promet ».
Ça promet, on savait qu’il n’y avait rien à attendre ; comme toujours, ceux qui entendaient le mieux savaient qu’il y avait tout à perdre, avant la chose arrivant.
Ça promet et
ça prend le pouvoir. On voit les rats et on ne voit pas la peste.
Ça promet, c’est tellement intraduisible, tellement français.
Das fängt ja gut an ! Ça commence bien.
Ça promet et
ça démantèle. On croit que c’est présidentiel alors que c’est strictement démentiel.
Ça promet, et pas qu’un peu, « l’autonomie » des universités (ils lui ont trouvé un nom). Immédiatement, « l’autonomie, c’est la règle. Et je souhaite que nous allions plus vite, plus loin dans l’autonomie ». Pour un peu au-delà,
ça se donne comme un rêve
uni-vers-cythère. Alors que
ça promet une descente aux Enfers. On voit où tout
ça mène.
Uni-vers-Cythère
Univers-sectaire,
Uni-vers / se taire.
Les mensonges d’Etat,
ça promet l’autonomie pour en finir avec la liberté. Comme si
ça n’allait pas assez mal comme
ça. C’est tellement grotesque, c’est vrai qu’il y a de quoi rire, c’est-à-dire déconstruire. Pour un peu, on croirait rêver. Mais quand
ça promet et quand
ça promet justement de tout détruire, il n’y a plus vraiment de quoi rire. Il y a de quoi devenir fou. Et un fou, je ne parle plus de l’homme du ressentiment ou de la vengeance, du pasolinien dénigreur, hargneux, rageur – celui qui a la rage de vivre, quand tout cède à la violence de la passion – mais de l’homme de rage, fou de rage, du fou et de l’homme en miettes,
ça ne rêve plus à rien.
Date de publication : 03/09/2009
Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : Vincennes, Hélène Cixous, Centre universitaire expérimental
Inséré le : 03/09/2009 16:18
Thèmes : institutions, littérature,